on a rencontré la rappeuse héroïque du film patti cake$

Révélée par sa formidable interprétation dans Patti Cake$, le nouveau film d’apprentissage de Geremy Jasper, Danielle Macdonalds raconte à i-D ses débuts au cinéma et sa résistance au diktat de l’image.

par Tish Weinstock; photos Zachary Chick
|
04 Septembre 2017, 10:24am

Cet article a été initialement publié dans i-D The Acting Up Issue, n°349, Automne 2017.

« Quand on est adolescent, on cherche à savoir qui on est, réfléchit Danielle Macdonald du haut de ses 25 ans. On apprend à être adulte, on essaie d'être accepté par ses amis, par la société et je crois que c'est un long parcours avant d'arriver à l'acceptation de soi. » Danielle y est parvenue : elle a une confiance en elle que beaucoup cherchent à atteindre tout au long de leur vie. Une fille à l'aise, bien dans sa peau, dont les qualités lui ont permis de livrer dans le film Patti Cake$ une performance absolument incroyable.

Tourné dans le comté désolé de Bergen, dans le New Jersey, Patti Cake$ raconte l'histoire d'un succès auquel personne ne s'attend, celui de Patricie Dombrowski, AKA Killa P, AKA Patti Cake$, AKA (mais très rarement) Dumbo, une anti-héroïne qui rêve de devenir rappeuse. À travers ce parcours d'outsider, Patti Cake$ aborde le sujet de l'appropriation culturelle mais aussi celui de l'image de soi, s'aventurant sur ce terrain glissant avec une grande délicatesse. Patti n'est pas la superstar de hip-hop habituelle, mais le film ne martèle pas ses différences avec insistance. Les rondeurs de Patti ne sont qu'une seule fois le sujet de la discussion, quand elles sont utilisées contre elles lors d'un clash improvisé avec un autre rappeur, qui l'agresse physiquement et la traite de moche. Même face à tant d'adversité, Patti reste sans peur. Et il n'y a pas le moindre apitoiement ici.

Le stoïcisme de Patti est bien réel : il en dit autant sur Danielle que sur le personnage qu'elle incarne à l'écran. « Je considère Patti comme une personne bien réelle, explique Danielle. J'ai vraiment pu m'identifier à sa passion, à la façon qu'elle a de se battre pour se faire accepter par une industrie qui la rejette. » À l'instar de son personnage, Danielle existe dans une industrie qui se détourne de tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule. Mais comme Patti, Danielle est le genre de personne bien décidée à ne laisser personne l'empêcher de réaliser ses rêves.

« Je ne me suis jamais laissée abattre, admet-elle. Même si je n'ai pas toujours confiance en moi et que je doute, je crois que c'est quelque chose de naturel. J'aime vivre et me lancer des défis. » Quand on en vient à l'image qu'elle a d'elle-même, Danielle est plus directe. « Je suis certaine que tout le monde fait cette expérience à un moment de sa vie. Quand j'étais adolescente, aucun de mes amis ne se ressemblait. Nous traversons tous des moments de doute, mais je crois qu'en grandissant on finit par apprendre à mieux s'accepter. »

Née dans la banlieue nord de Sydney, Danielle grandit en se demandant à quoi ressemble la vie de l'autre côté du globe. « J'aime voyager et découvrir de nouvelles cultures. Grandir en Australie a fait naître en moi l'envie d'explorer le monde une fois mes études terminées. » Après son passage à l'Australian Institute for Performing Arts, elle s'intéresse à Los Angeles et passe à ça de s'y installer après avoir obtenu un rôle dans la série Huge diffusée par ABC, au sujet d'un groupe d'ados envoyés dans un camp de vacances pour perdre du poids. Son visa n'est pas fait à temps, elle est forcée d'abandonner, mais cela ne l'empêche pas de faire le voyage et de décrocher de petits rôles dans des séries comme Pretty Little Liars, Two Broke Girls ou American Horror Story.

« Ce qu'il y a de bien dans le fait de représenter un « type » de personnage, c'est que tout tourne autour de son incarnation physique, affirme Danielle avec candeur qui pourrait être celle de la jeune fille ronde qu'elle a pris l'habitude d'incarner à l'écran. Mes personnages sont assez différents et j'ai souvent pris beaucoup de plaisir à les interpréter. Mais je suis habituée aux rôles secondaires, donc c'était assez exceptionnel pour moi d'avoir un rôle comme celui de Patti Cake$ où mon personnage occupe chaque plan. »

Bientôt, Danielle sera à l'écran aux côtés de Jennifer Aniston dans l'adaptation du roman de Julie Murphy sorti en 2015, Dumplin'. Un autre récit d'apprentissage, d'une fille qui ne correspond pas aux canons de beauté traditionnels. Tourné au Texas, Danielle y jouera le rôle de Willowdean Dickinson, une jeune fille en surpoids qui rêve de devenir la reine de beauté d'une petite ville, comme l'était sa mère.

« Je pense que tout le monde se souvient de cet âge où l'on découvre les choses pour la première fois et où l'on apprend petit à petit qui l'on est vraiment. Je n'ai pas commencé le tournage mais c'est un projet dont je suis immédiatement tombée amoureuse, adapté d'un livre vraiment captivant. »

Danielle a d'autres gros projets en cours, dont un rôle dans le nouveau film de Greta Gerwig aux côtés de Saoirse Ronanet et le rôle principal du drame Skin, basé sur la vie du suprémaciste Byron « Pitbull » Widner, célèbre pour avoir déserté le mouvement néo nazi au profit d'une nouvelle vie avec une femme déjà mère de trois enfants.

Credits


Texte Tish Weinstock
Photographie Zachary Chick
Stylisme Mark Jen Hsu

Coiffure Takisha Sturdivant-Drew, pour Exclusive Artists, avec TSD Hair. Maquillage Natasha Smee pour Exclusive Artists, avec IT Cosmetics. Set design Shelley Burgon, Magnet. Assistance photographie Colin Caufields.