Muddy Monk Longue Ride 

la pop de muddy monk est une « longue ride » tranquille

Après quelques années de gestation qui ont vu naître deux EP, le suisse Muddy Monk sortait la semaine dernière son premier album, « Longue Ride » - la bande-son qui manquait à nos virées romantico-nostalgiques.

|
nov. 12 2018, 12:18pm

Muddy Monk Longue Ride 

Sur le refrain de « Boy », le morceau qui ouvre le premier album de Muddy Monk, le chanteur suisse évoque entre deux nappes synthétiques et d’une voix toujours merveilleusement perchée « les rêves de vitesse et les doux instants ». Et ce n’est pas un hasard si l’air, aussi court qu’il est épique, introduit Longue Ride : c’est justement dans ses propres rêves de vitesse que Muddy Monk a commencé à construire ses douces mélodies. Tout a commencé par une envie de roues – deux roues pour être exact. Un fantasme motorisé qui s’est transformé en métaphore du risque artistique. « La moto a été un élément très important dans l'arrivée du projet Première Ride [son deuxième EP - 2016, ndr], à un moment où j'étais beaucoup dans la peur, les angoisses. Je subissais tout ça. À un moment j'ai été attiré par la moto, le fait d'en avoir une. Et un dilemme s'est posé à moi. D'un côté les gens qui me disaient : la moto c'est très dangereux, et de l'autre ceux qui parlaient d'épanouissement, prônaient le risque calculé. »

Si aujourd’hui Muddy Monk utilise quasi essentiellement sa moto Africa Twin achetée d'occas' pour « aller d’un point A à un point B, », la bécane reste symbolique. Elle est un point de départ de son son, qui trouve une nouvelle destination dans un album longtemps mûri. « La Première Ride c'était le début de la prise de risque, le début d'une aventure. La Longue Ride ça raconte une histoire, plus que juste un départ. »

Une histoire qui prend la route en respectant les limites de vitesse, voire en traînant un peu le pas pour profiter de la vue. À l'heure où l'industrie musicale pousse certains artistes à sortir un album très - trop ? - vite (à compter d'un certain pallier de vues YouTube ou de followers Instagram) Muddy Monk a savouré le temps long. Pas pour faire languir sa base de fans grossissante : « je ne me pose même pas la question, je peux pas faire autrement. Si je m'enfermais dans un studio et que je produisais toute la journée pour essayer de trouver un truc, je serais malheureux et j'arrêterais la musique très vite, je pense. » Résultat, si Longue Ride ne manque pas de morceaux délicieusement inédits pour les aguerris, il renoue aussi avec d'autres, « vieux » de parfois plusieurs années : « L’aventura », « Si l’on ride », « En Lea »... Une manière de rappeler le chemin parcouru, sa cohérence finale.

« Je suis vraiment amoureux du format album, explique Muddy Monk quand on lui demande pourquoi il a fait le choix d'inclure ses perles d’avant dans ce nouvel opus. L'intention c'était le support album. Et ça prend le temps que ça prend, parce qu'à côté je vis, jusqu'à il y a peu je travaillais aussi. C'est le rythme qui me plaît. C'est sporadique. Et ça avait du sens de reprendre Première Ride, c'est dans la continuité. C'est l'œuvre complète de cette thématique que j'aborde. »

Ce ride, Muddy Monk la fait lui aussi en solitaire. Ne cherchez aucun featuring sur Longue Ride. Le suisse fait partie d'une large scène peuplée de jeunes gens qui chantent l'amour en français mais dont il ne veut jamais forcer les interactions. « Je ne suis pas amoureux des collaborations, je suis amoureux des échanges sur la musique, sur un thème. Avec Syzer, Ichon, Jimmy Whoo, Bonnie Banane, j'ai eu des échanges musicaux très riches, mais je n'ai pas encore trouvé la bonne façon de collaborer, où je me sens aussi plein que lorsque je suis seul. » Quand on lui demande si chanter la nostalgie, y foncer seul la tête la première, est une manière de la soigner Muddy Monk répond en riant que, « ça apaise, mais sans mener au bonheur complet. Mais en même temps si on cherche la nostalgie c'est qu'on l'aime bien aussi. »

Se plonger dans ses propres méandres mélancoliques est une véritable aventure. Si l'Helvète assure « ne pas du tout être aventureux, de base, » il « progresse » et n'en est pas moins admiratif de ceux qui l'ont été. Son morceau « Yunko Tabei » fait référence – à une lettre près – à Junko Tabei, alpiniste japonaise, première femme à avoir atteint le sommet de l’Everest, pour raconter l'histoire « d'une femme très aventureuse, indépendante, en quête de quelque chose. Ça raconte la perte de cette femme aimée, qui s'en va sans arrêt. » Pour l'instant, lui, son « Everest artistique » ce serait « un prochain projet, qui racontera de nouvelles choses. Et plus d'orchestration : un domaine dans lequel je ne suis pas très fort et que j'aimerais expérimenter. » Si Muddy Monk veut encore prendre quelques années pour affiner la suite, pas de souci : les sublimes mélodies de Longue Ride nous feront tenir au moins deux hivers.

Muddy Monk Hugo Compte

L'album Longe Ride est disponible depuis le 9 novembre.

Retrouvez i-D sur Facebook, Instagram, Twitter et Flipboard.