Photographie Nancy Musinguz

de tokyo à kampala : à la rencontre des kids en grève pour la planète

Contre la suffisance des dirigeants, des étudiants des quatre coins du monde s’unissent pour essayer de sauver leur planète.

|
29 Avril 2019, 10:18am

Photographie Nancy Musinguz

Cet article a initialement été publié dans i-D The Voice of a Generation Issue, no. 356, Summer 2019, puis édité online.

1556018617215-00006736-R1-18-18A
Photographie Ivan Ruberto

Anna Taylor, 18 ans, Londres, Royaume-Uni

« Cette grève des étudiants a beaucoup de pouvoir parce que personne n’a l’habitude d’entendre des jeunes exprimer dans des termes simples l'idée que notre système économique et nos politiques nous ont mené en bateau. Quand des enfants se mettent à dire à des adultes qu’ils n’ont pas de futur, c’est forcément puissant. »

Pourquoi es-tu en grève pour le climat ? Il faut se dépêcher d’agir. Nous n’avons plus le temps de réfléchir à cette crise, la jeunesse des quatre coins du monde se soulève pour faire en sorte que des décisions soient prises par ceux qui occupent des positions de pouvoir. Peux-tu nous parler de UK Student Climate Network, l’association à laquelle tu appartiens ? La UKSCN est composée de milliers de personnes qui se battent pour le climat à travers le Royaume-Uni. Nous sommes jeunes, différents et nous ne comptons pas nous arrêter tant que ceux qui détiennent le pouvoir prennent leurs responsabilités et endossent leurs rôles de leaders. Pourquoi le changement climatique est-il le problème le plus important auquel nous devons faire face ? Le réchauffement climatique englobe énormément d’autres problèmes, c’est un combat qui est intriséquement lié à l’économie, à la justice sociale et à toutes les oppressions structurelles de la société. Les effets du désastre climatique se font déjà sentir à travers le monde entier. La situation est partie pour ne faire qu’empirer, c’est pourquoi nous devons agir immédiatement. Comment se passe la grève pour le climat au Royaume-Uni ? Sa cote de popularité a explosé : en février, elle est devenue un mouvement national fédérant plus de 20 000 jeunes à travers le pays alors qu’au départ, il ne s’agissait que d’évènements isolés. En mars, il y avait 50 000 personnes rassemblées dans plus de 150 villes, et 20 000 étudiants à Londres ! Les politiques veulent nous rencontrer pour recevoir nos doléances, les adultes prennent conscience de ce qui se passe. Nous sommes en train de changer le visage du mouvement pour le climat. Comment vois-tu la suite ? Nous allons commencer à faire campagne pour des mesures concrètes, mettre en place un Green New Deal au Royaume-Uni. Nous voulons nous inspirer du Sunrise Mouvement qui est né aux Etats-Unis et faire de la justice climatique une priorité !

youth strike for climate
Photographie Davey Adesida

Nadia Nazar, 16 ans, Baltimore, Etats-Unis

« Chaque fois que je vais à un rassemblement pour le climat, j’éprouve un sentiment de cohésion absolument surréaliste. Beaucoup d’espoir, d’énergie et de force se mettent à circuler à travers mon corps. »

Quand as-tu commencé à t’engager pour l’environnement ? J’avais 12 ans quand j’ai commencé à m’engager pour la cause animale. Je me suis intéressée à l’environnement deux ans plus tard quand j’ai appris ce que les humains étaient en train de faire au climat. J’ai co-fondé l’association Zero Hour avec des amis des quatre coins du pays que j’avais rencontrés sur internet et nous avons organisé la première Marche pour le climat de la jeunesse le 21 juin 2018 ! Que signifie l’idée de justice climatique ? C’est une manière de dire que les gens sont différemment touchés par le changement climatique à cause des systèmes d’oppression dans lesquels ils évoluent – le racisme, le patriarcat, le colonialisme par exemple. La justice climatique est essentielle : nous devons nous assurer que chacun puisse se tourner vers des solutions climatiques, nous ne pouvons pas laisser des gens sur le carreau, tout particulièrement sur un sujet qui mérite l’attention d’autant de monde. Comment le changement climatique affecte-t-il les Etats-Unis ? L’impact est différent selon les régions. Nous avons été témoins d’incendies en Californie, d’un vortex polaire, de nombreux ouragans. La jeunesse du monde entier ressent les effets du changement climatique depuis un petit moment. Et malheureusement, ce sont ceux dont les émissions sont le plus faibles qui sont touchés en premier. Comment expliques-tu le succès de cette grève pour le climat ? Cette grève a permis de montrer l’implication de la jeunesse dans cette crise. Il y a quelque chose de très puissant dans le fait de voir notre génération se battre – nous sommes la première à être affectée par le changement climatique mais aussi la dernière à pouvoir y faire quelque chose.

youth climate strike Tokyo
Photographie Fumi Homma

Minori Watabe, 21 ans, Tokyo, Japon

Parle nous de ton engagement pour l’environnement. Je fais ce que je peux au quotidien, éviter les sacs en plastique, ne pas acheter de boissons dans des bouteilles en plastique, des choses comme ça. Je me sentais un peu anxieuse sans raison particulière mais après avoir découvert l’existence de cette action globale, je réalise que le problème va affecter nos vies de manière si dramatique qu’il faut que de vraies mesures soient prises, nous devons nous lever et faire entendre nos voix. Deux manifestations ont eu lieu au Japon en février et mars dernier, mais nos actions n’ont pas encore assez d’écho. Ici, un mot comme « grève » ou « manifestation » a une connotation négative, je vis dans un pays où il est difficile d’agir. J’aimerais qu’on trouve un moyen de se mobiliser qui puisse avoir du sens dans un pays comme le Japon. Comment expliques-tu le succès de cette grève pour le climat ? Honnêtement, je ne sais pas. Mais tout de suite après l’intervention de Greta, le mouvement s’est diffusé dans d’autres pays, ce qui prouve que de nombreux jeunes sont préoccupés par la situation. Dans notre société, les étudiants qui participent aux grèves et s’expriment sincèrement peuvent avoir un impact. C’est difficile pour des jeunes de se faire entendre mais je crois que nous y sommes.

1556532804908-1550570090867-0022_22A
Photo Roddy Bow

Marguerite, 15 ans, Paris, France

« Je suis juste une élève de seconde, je ne vais pas changer le monde. »

Parle-nous de ton engagement pour l'environnement. Je participe un peu aux blocus de mon lycée. Je n’en suis pas l’organisatrice, mais je fais partie des gens de ma classe qui sont assez impliqués. J'ai su qu'il y avait une manif aujourd’hui et je me suis dit « pourquoi pas ? » Ta famille est sensible aux enjeux environnementaux ? C'est ma mère qui m'a parlé de la manif. Elle est très portée sur l'écologie et elle m'a conseillé d'y aller. C’est important l’écologie, mais on ne fait rien. Mes parents insistent sur notre importance à nous, la prochaine génération. Mais j’ai l’impression que les choses n'avancent pas, je ne sais pas vraiment comment participer à tout ça. À quel niveau penses-tu que les choses peuvent changer ? Je pense que ça peut prendre énormément de temps à changer. Les gens ne font rien et comptent trop sur les autres pour faire bouger les choses. Tu trouves ça normal que l’on mise sur ta génération pour changer le monde ? La génération d'avant n'a rien fait, je me demande souvent pourquoi c'est à notre génération de payer les conséquences d'un passé qui ne lui appartient pas. Mais nous n'avons plus le temps de nous poser ce genre de questions. Tu es plutôt pessimiste sur la suite ? On se dit qu'en venant ici, on pourra peut-être faire bouger les choses au niveau de l’État, mais voilà... personnellement je ne peux rien faire. Je suis juste une élève de seconde, je ne vais pas changer le monde.

climate strike Tokyo
Photographie Fumi Homma

Aina Koide, 21 ans, Tokyo, Japon

« Pourquoi ne pas coopérer pour protéger la nature du changement climatique ? Ce serait le premier rassemblement humain à l’échelle planétaire. »

Qu’as-tu appris en participant aux grèves ? J’ai réalisé combien les grèves et les manifestations ont mauvaise réputation au Japon. Mais j’ai aussi vu à quel point les jeunes étaient nombreux et déterminés à s’engager pour sauver la Terre. Comment expliquerais-tu l’idée de justice climatique ? C'est l'idée que nous devons tenir compte des pays en voie de développement, des générations futures et des créatures non humaines au lieu de nous concentrer uniquement sur le sort des pays développés. Un pays comme le Japon doit prendre ses responsabilités. Comment le mouvement évolue-t-il au Japon ? 20 personnes ont participé à la première action, 130 dès la deuxième. Cela reste peu par rapport à d’autres pays mais le mouvement prend de plus en plus d’ampleur : on se rassemble à Tokyo mais aussi à Kyoto. Quels sont les effets du changement climatique au Japon ? En 2018, une vague de chaleur a envahi le pays de juillet à septembre : plus de 80 000 personnes ont du être hospitalisées et beaucoup d’entre elles sont mortes. À l’ouest du Japon, des pluies torrentielles ont tué au moins 100 personnes. Ces événements m’ont fait prendre conscience du poids du changement climatique sur mon pays.

climate strike Isra Hirsi
Photographie Nancy Musinguzi

Isra Hirsi, 16 ans, Minneapolis, Etats-Unis

« Si on ne se bat pas pour le climat, on ne pourra plus jamais se battre pour autre chose. »

Pourquoi es-tu en grève pour le climat ? Je me bats parce que mes communautés, mon futur et les futures générations sont en danger. Comment as tu commencé à te mobiliser ? Je me suis engagée via Haven Coleman. Avant qu’elle ne vienne vers moi, je n’étais pas au courant des grèves. Je fais aussi partie d’un groupe d’action qui s’appelle MN Can’t Wait. Dans quelle mesure le changement climatique affecte les Etats-Unis ? Le changement climatique va engloutir les cotes, geler le milieu et faire surchauffer le sud. On en parle beaucoup là où je vis à cause du vortex polaire et de l’oléoduc. Ta génération et celle qui arrive sera la plus affectée par le changement climatique. Qu’as-tu à dire aux gouvernants en charge de notre futur ? Etre égoïste ne protègera pas votre position ! La jeunesse votera contre vous lors des prochaines élections. On ne joue pas comme ça avec la vie des gens. Comment vis-tu le fait d’appartenir à un mouvement qui rassemble des jeunes des quatre coins du monde ? J’adore me dire que ce que que je fais ici se diffuse partout dans le monde. J’ai l’impression d’appartenir à une grande famille. Jusqu’à présent, quel a été le moment le plus joyeux de ton engagement ? Tous les moments où je rencontre des gamins plus jeunes que moi déterminés à rejoindre le mouvement.

Roddy Bow

Dimitri, 24 ans, Paris, France

« J'ai l'impression qu'on a sacrifié ma vie sans que j'ai pu y faire quoi que ce soit, que ça ne me laisse plus aucun choix quant à ce que je veux faire. Ma vision du futur, elle est brouillée par ce sentiment d'impuissance et de gâchis. »

Quand as-tu pris conscience de l'urgence écologique ? Je viens d'un milieu assez bourgeois qui ne répond pas à une tradition militante. La bourgeoisie partage tout de même des idées progressistes, une croyance en un système bénéfique mais c'est une illusion. Aujourd'hui, on parle de « gestes citoyens », certes nécessaires, mais peu de gens défendent un ralentissement de la croissance, l'idée d'une transition systémique sans lesquelles rien ne peut vraiment changer. Tu parles de milieu social, as-tu l'impression que c'est un luxe de se soucier de ces questions-là ? Même si le militantisme n'est pas un « luxe », il est toujours plus facile de se mobiliser quand tu n'as pas de problème pour boucler tes fins de mois. Ce qui est paradoxal d'ailleurs, parce que les premiers à payer seront les plus précaires. Dans la transition écologique, il faut prendre en compte des thématiques sociales. C'est l'idée de la convergence avec les Gilets Jaunes. Aujourd'hui, les mobilisations étudiantes se multiplient partout dans le monde. Qu'est-ce que ça t'inspire ? Le combat écologique précède notre génération mais il touche de plus en plus de monde étant donné l'urgence de la situation. Il est peut-être plus simple de se mobiliser en 2019, on ne parle plus de conséquences pour demain mais pour aujourd'hui. Parfois, dans les manifs, tu trouves des papys, des mamies, qui ont parfois 70 ans, qui veulent préparer l'avenir pour les générations à venir et ça fait du bien. Mais je pense que la mobilisation doit dépasser le cadre du militantisme. On peut tous participer à une révolution systémique. C'est le libéralisme sous sa forme actuelle qui nous mène droit au mur.

Jamie Margolin climate strike protester
Photographie Jesse Gouveia

Jamie Margolin, 17 ans, Seattle, Etats-Unis

« Je me bats pour le nord-ouest du Pacifique dans lequel je vis, pour les saumons, les arbres, les orques, l’eau, les montagnes. Je me bats pour protéger la Colombie, le pays d’origine de ma famille, qui est en train d’être détruit. »

Parle-nous de ton engagement et de l’association Zero Hour. J’ai cofondé Zero Hour à l’été 2017 aux côté d’autres jeunes américains issus de l’immigration. Zero Hour est un mouvement qui vise à remettre la jeunesse au cœur du débat sur le climat et la justice environnementale. Nous cherchons à mettre en place des points d’entrée, des formations et des ressources à destination de tous les jeunes activistes (et des adultes qui soutiennent notre action). Nous organisons des rassemblements, des évènements et des campagnes dans le but de changer la rhétorique nationale qui entoure le changement climatique, faire en sorte que le monde et nos dirigeants tiennent compte de la parole de la jeunesse. Nous avons choisi de nous appeler Zero Hour à cause de l’expression #ThisIsZeroHour, qui signifie qu’il n’y a pas de temps à perdre pour agir sur le climat. Nous ne sommes pas une bande jeunes joyeux et insouciants qui s'amusent à brandir des pancartes, nous sommes une jeunesse qui sonne l’alarme sur l’urgence climatique. Pourquoi la justice climatique est-elle si importante ? Sans justice climatique, il est impossible de vaincre la crise climatique. Il faut aller à la racine du problème, et donc prendre en compte les systèmes d’oppression qui nous ont ont menés à cette destruction d’ordre planétaire : le colonialisme, le patriarcat, le racisme et le capitalisme. Penses-tu que le système éducatif devrait sensibiliser à ce sujet ? OUI. Il faut éduquer sur le changement climatique : ses conséquences, ses solutions et les problématiques sociales et la menace des droits humains qu’il représente. Une justice climatique compréhensive, intersectionnelle doit être enseignée dans nos écoles. L’explication scientifique du gaz à effet de serre n’est pas suffisante. Zero Hour a lancé une campagne de justice climatique sous le hashtag #GetToTheRoots : on y parle des systèmes d’oppression qui ont mené à cette catastrophe climatique. Si vous souhaitez vous engager dans cette campagne, vous pouvez vous inscrire ici. Comment vis-tu le fait d’appartenir à un mouvement qui s’étend aujourd’hui aux quatre coins du globe ? C’est dingue. Avant, je me sentais très seul. Même si personne n’a jamais été seul dans sa volonté de protéger le monde : les peuples indigènes ont toujours défendu la Terre. Il y a énormément d’actions, d’efforts et d’initiatives communautaires qui n’ont bénéficié d’aucune couverture médiatique et qui ont pourtant été essentielles pour la survie de la planète. Je n’ai donc jamais été vraiment seul, mais le fait de créer Zero Hour m’a permis de le ressentir vraiment. C’était bien avant que Greta Thunberg ne lance la première grève. Je n’étais qu’un gamin de 15 ans, nous n’avions ni argent, ni notoriété et pourtant, le mouvement que nous avons lancé en tant que jeunes femmes de couleur a eu un effet domino sur le sursaut global de la jeunesse.

Jonas Sack climate strike activist
Photographie Britta Burger

Jonas Sack, 16 ans, Berlin, Allemagne

Comment t'es-tu engagé pour le climat ? En octobre dernier, j’ai entendu le discours de Greta Thunberg à la COP24. Quelques mois plus tard, un ami m’a parlé du mouvement « Fridays for Future ». Le 21 décembre, j’ai rejoint une grève à Postdam pour la première fois. Ça m’a tellement motivé que j’ai décidé de m’engager dans l’organisation des grèves à Berlin. D’après toi, pourquoi le changement climatique est-il la plus grande crise à laquelle nous devons faire face ? Le changement climatique nous touche tous, mais personne n’en prend la responsabilité. Le changement climatique est une crise. Il ne s’agit pas de la première, mais le changement climatique causé par des humains arrive tellement vite qu’aucune forme de vie ne parvient à s’y adapter. Quand et comment as-tu pris conscience de l’urgence climatique ? Il y a à peu près trois ans, j’ai commencé à me poser des questions sur le contexte global et sur mes propres décisions en tant que consommateur. J’ai regardé énormément de documentaires, de films et lu d’articles consacrés aux problèmes environnementaux. J’ai fait tout ça de ma propre initiative puisqu’à l’école, personne ne parle de ces sujets. Plus j’ai appris, plus j’ai eu envie de changer mon propre mode de vie et d’en parler avec mes amis et ma famille – ce qui a d’ailleurs très bien fonctionné. Comment vis-tu le fait d’appartenir à un mouvement qui s’étend aujourd’hui aux quatre coins du globe ? C’est génial, j’ai l’impression que le moment est enfin venu pour nous de se lever et donner de faire entendre notre voix. Nous sommes un mouvement citoyen qui a commencé en décembre 2018, on se connecte sur WhatsApp et on arrive à s’organiser avec très peu de moyens. Quand Greta Thunberg a commencé à faire la grève, elle ne pensait pas que le mouvement prendrait autant d’ampleur aussi vite. Nous sommes en train de marquer l’histoire par notre capacité à nous mobiliser pour avoir droit au futur. Greta, c’est un peu l’étincelle qui a déclenché l’incendie. Nous voir aussi nombreux à manifester tous les vendredis me donne énormément d’espoir.

1556036705908-YOUNA_STIGDEBLOCK_iD_06
Photographie Stig De Block

Youna Marette, 17 ans, Bruxelles, Belgique

Pourquoi es-tu en grève pour le climat ? Je suis en grève parce que j’ai peur pour mon futur et pour celui du monde que je connais. Je me suis impliquée dans l’organisation depuis le tout début du mouvement. Avec plusieurs de mes amis, on a eu le sentiment qu’il fallait qu’on s’engage et qu’on essaie de mobiliser le maximum de monde. Quelle est ta plus grande préoccupation concernant le changement climatique ? Si on ne fait rien, ou qu’on n’agit pas de manière assez radicale, nous ne pourrons bientôt plus habiter sur cette planète. Comment vis-tu le fait d’appartenir à un mouvement qui s’étend aujourd’hui aux quatre coins du globe ? J’aime l’idée d’appartenir à quelque chose de grand, qui ne me concerne plus seulement moi-même, mais qui rassemble la jeunesse des quatre coins du monde. C’est un soulagement. J’ai envie de dire aux politiciens qu’il est impossible de continuer à penser le monde en termes de croissance, comme si tout allait bien. Ils volent ce qui ne leur appartient pas : notre avenir commun – et ils manquent l’opportunité de faire changer le cours de l’histoire. Nous resterons en grève tant que la Terre en aura besoin, aussi longtemps que mon futur et celui des générations à venir sera menacé.

1556037192844-camila-9
Photographie Andrés Navarro

Camila Gonzalez, 15 ans, Mexico City, Mexique

« Nous ne serons pas complices des entreprises qui continuent de faire du profit sans se soucier de leur impact sur l’environnement. »

Quelle est ta plus grande préoccupation concernant le changement climatique ? Nous vivons chaque jour les effets du changement climatique – il arrive qu’on les, remarque à peine tandis qu’à d’autres moments, il apparaît évident que nous vivons dans un écosystème extrêmement abîmé. Certaines personnes sont plus affectées par ces changements que d’autres et cela devient le déclencheur de nombreux conflits internationaux. J’ai peur qu’en tant que société, nous soyons incapables de gérer nos problèmes dans la paix . Comment le changement climatique se manifeste-t-il au Mexique aujourd’hui ? Les températures battent des records, il a récemment fait jusqu’à 30°c, ce qui est très inhabituel pour cette période de l’année. La pollution est un désastre : il arrive que nous ne sortions pas dehors pendant les récréations à cause de la pollution de l’air. Ta génération et celles à venir seront les plus affectées par le changement climatique. Qu’as-tu envie de dire à ceux qui nous dirigent ? Je voudrais que les gouvernements, les adultes et les autorités cessent de nous ignorer. Il est inacceptable que nous ayons à prendre nos responsabilités à cause des générations précédentes qui n’ont rien fait pour protéger notre planète. Aujourd’hui, nous avons de dire que nous avons la rage, que nous sommes furieux. Nous ne serons pas complices des entreprises qui continuent de faire du profit sans se soucier de leur impact sur l’environnement, et forcent des gens comme moi à subir les conséquences de leurs actions. Nous n’abandonnerons pas, nous continuerons la grève parce que cette cause mérite qu’on se batte pour elle, et que si nous abandonnons, nous aurons à vivre en sachant qu’on a eu la possibilité d’agir, mais qu’on ne l’a pas fait.

1556037381846-MP-022-003
Photographie Ashish Shah

Kayoz Dadyburjor, 16 ans, Mumbai, Inde

Pourquoi es-tu en grève pour le climat ? Le changement climatique n’est plus une menace potentielle, il se déroule sous nos yeux et nous ne faisons absolument rien pour le contrer. Je suis en grève pour le climat parce que je ne peux pas dormir en pensant que mes enfants me demanderont pourquoi je n’ai rien fait pour leur futur. Je veux être capable de leur montrer que j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour leur garantir un avenir. J’ai commencé à m’engager en pensant aux générations futures mais aujourd’hui, je me rends compte que je serai moi aussi affecté. Comment le mouvement prend il position en Inde ? La conscience du changement climatique n’a jamais été aussi forte parmi les jeunes mais ce n’est pas suffisant : l’idée de sauver la planète n’est pas un combat vraiment populaire. Ce qui est sûr, c’est que tout le monde sait ce qu’est la pollution puisqu’à peu près toutes les villes et les villages indiens voient leur air et leur eau pollués. Le mouvement prend de l’ampleur mais la plupart des gens ne sont pas intéressés par la grève ou les manifestations. Quel est ton meilleur souvenir depuis que tu as rejoint le mouvement ? Je suis toujours heureux quand quelqu’un me pose des questions, alors qu’il ne semblait pas intéressé par le sujet. Le sentiment le plus agréable pendant les grèves, c’est d’être pris au sérieux. Et le fait d’être rejoint par ses amis !

1556037611959-000002
Photographie Andile Buka

Yola Mgogowana, 11 ans, Khayelitsha, Afrique du Sud

Why are you striking for the climate? I see the effects of climate change in my community — Khayelitsha, one of the impoverished townships of Cape Town — every single day. Cape Town has recently experienced one of the most hectic droughts ever. We need to change our ways and stand up for nature because our government wants to profit from it instead of protecting it. Tell us about your environmental activism. This year I volunteered with Earthchild Project Eco Warriors. There we learn about environmental issues affecting our school, community and the entire world. Our mission is to put environmental policies in our school code of conduct and also take action by creating solutions for local issues. When Fridays For Future Africa approached our club to get involved, it was an immediate yes! I knew I needed to represent the voices of black youth from under-resourced communities in Cape Town. I was happy when I got chosen as one of the main speakers at an event. My speech was the collective voice of youth who don’t have resources to be heard. Qu’est-ce qui te fait penser que ce mouvement peut avoir un impact ? Parce que nous sommes des jeunes de différentes origines, classes sociales et milieux culturels rassemblés pour une seule et même cause, pour dire que nous en avons assez d’attendre les adultes. Nous sommes le futur, nous avons une voix et le pouvoir de changer les choses. Ça commence avec nous.

1556037681448-190304-LR-026
Photographie Ellius Grace

Saoi O’Connor, 16 ans, Cork, Irlande

Comment as-tu commencé à t’engager dans les grèves ? J’ai vu les grèves pour le climat émerger un peu partout dans le monde et je me suis dit « C’est génial. On pourrait faire ça. » Comme il n’y en avait pas dans ma ville, j’ai décidé d’en lancer une. Qu’as-tu appris en participant à ce mouvement ? J’ai réalisé à quel point les gens à nier la crise climatique sont encore nombreux. Des gens sont venus nous voir en nous disant que le changement climatique n’existait pas, que nous étions manipulés et que nous appartenions à un complot international. Je ne compte pas le nombre de fois où je me suis fait traiter de « pion de gauche » ! Comment le changement climatique affecte t-il l’Irlande ? Le changement climatique affecte l’Irlande de nombreuses manières : notre météo est beaucoup plus extrême, et les tempêtes sont de plus en plus fréquentes. Mon village est touché par des inondations quasiment tous les ans depuis une dizaine d’années. Il y a un an, nous avons assisté à un ouragan ici en Irlande : quand j’étais plus jeune, on me disait que c’était impossible, que ça n’arriverait jamais - et c’est arrivé. Ma famille a été privée d’électricité pendant une semaine. Ça veut dire quoi, la justice climatique ? Ça signifie qu’il faut équitablement penser notre transition vers un monde neutre en carbone et la construction des infrastructures qui vont avec. La justice climatique, ça veut dire que les pays les plus polluants devront réduire drastiquement leurs émissions dans les années à venir pour permettre aux pays en voie de développement (dont les émissions sont bien moindres) de développer certaines des infrastructures que nous possédons déjà. La justice climatique, c’est aussi se désintéresser de l’opinion du petit nombre qui ne pense qu’à faire fructifier son argent. Dans les prises de décisions globales, ces voix-là ne devraient jamais peser plus que celles de ceux qui vont tout perdre, et qui perdent déjà tout, à cause du changement climatique. La justice climatique, c’est aussi démanteler les structures corrompues et les biais politiques. Ce sont eux qui nous ont mis dans cette situation.

1556038011199-DSCF1627
Photographie Esther Ruth Mbabazi

Nakabuye Hilda Flavia, 20 ans, Kampala, Ouganda

Comment as-tu commencé à t’engager dans les grèves ? En grandissant dans un pays d’agriculture comme l’Ouganda, j’ai vu les dangers du changement climatique. La grève est un moyen de militer pour un meilleur environnement. Penses-tu que l’on devrait enseigner le changement climatique à l’école ? Oui, c’est l’une des requêtes adressées à notre président et aux personnes en charge des programmes scolaires – se recentrer sur des gestes concrets et des solutions durables pour s’adapter au changement climatique. Comment le mouvement prend-il en Ouganda ? Il prend de l’ampleur, le réseau de jeunes en grève rassemble désormais les élèves de l’université, du lycée et de l’école primaire. Mais nous devons faire face à des obstacles : les autorités nous interdisent de nous rassembler dans des lieux symboliques comme le parlement. Ta génération et celles à venir seront les plus affectées par le changement climatique. Qu’as-tu envie de dire à ceux qui nous dirigent ? Nous sommes la première génération à savoir ce que nous faisons et la dernière à être en mesure de sauver l’environnement. Le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat indique qu’il n’y a plus une minute à perdre, qu’il faut agir maintenant. Nos dirigeants sont en train de tuer notre futur, la Terre se meurt. Nous sommes le futur et nous exigeons que l’on passe à l’action pour le climat.

1556038396389-Csmith_Jean_iD_006-1
Photographie Claudia Smith

Jean Hinchliffe, 15 ans, Sydney, Australie

Selon toi, le changement climatique est le problème majeur de notre époque ? Oui, parce que c’est la cause première d’une immensité d’autres problèmes. Les colonies d’abeilles qui meurent, le niveau de la mer qui s’élève, les enjeux alimentaires, les catastrophes naturelles que ça peut engendrer… Tout le monde sera touché d’une manière ou d’une autre, sans exception. Et c’est l’un des seuls enjeux actuels qui a une deadline claire et irréversible, ce qui en fait un problème à résoudre rapidement. Immédiatement, même. Dans quelle mesure le changement climatique affecte-t-il l’Australie en ce moment ? On sent déjà les impacts ici, c’est clair. Nos étés sont de plus en plus anormalement chauds, et la sécheresse atteint des régions du pays de plus en plus grandes. Les aborigènes sont au premier rang ; leurs communautés ont été les plus touchées. Comment s’annonce ton futur d’activiste ? Je vais continuer à faire la grève, mais je pense qu’il faut considérer l’activisme de façon multiple. En ce moment, les grévistes Australiens prévoient une action le 3 mai pour faire bouger nos députés. Plusieurs petits événements visant à faire en sorte que nos politiques s’engagent avant l’élection. Nous explorons divers moyens d’action, même si le cœur de notre mouvement restera la même : braver les règles. À quoi ressemble le mouvement de grève en Australie ? J’ai l’impression qu’il grossit de manière exponentielle. Pour notre première grève, en novembre, 15 000 étudiants ont séché les cours pour rejoindre des manifestations à travers tout le pays, ignorant le Premier Ministre, qui nous conseillait d’être « un peu moins activistes ». La grève la plus récente, le 15 mars dernier, a rassemblé 150 000 personnes… Chaque jour, des jeunes nous contactent, nous demandent comment aider et participer. J’ai hâte de voir quel chemin va prendre ce mouvement.

Retrouvez i-D sur Facebook, Instagram et Twitter.