après l'école, avant la gloire : le jeune créateur marvin desroc met la barre très haut

Juste avant de quitter l'école, pour son projet de fin d'études, le jeune créateur Marvin Desroc a pensé une ligne totalement unique.

par Ryan White
|
12 Juillet 2019, 2:08pm

« Même si ce n'est pas le premier adjectif qui vient à l'esprit, l'esthétique est en fait très masculine » affirme Marvin Desroc à propos de sa collection. « Le genre a toujours été une question au coeur de mon travail

Né en Martinique et élevé à Paris, Marvin étudie à l'École Duperré avant d'aller faire son master à la Central Saint Martins. À seulement 23 ans, il a déjà de nombreux fans dans l'industrie de la mode et sur internet, grâce à son interprétation singulière du vestiaire masculin. « C'est tellement facile d'être inspiré quand on est entouré de personnes qui n'ont pas peur de revendiquer leur vérité à chaque instant,» affirme t-il à propos de son entourage à Londres. Et pourtant, quand il était adolescent, la mode lui semblait être un milieu totalement hors de portée, seulement accessible à un très petit groupe de personnes. « Quand j'étais petit, tous les défilés à la télé me fascinaient. À l'époque, je ne savais pas que je pouvais vraiment y avoir accès, » ajoute-t-il. « Quand j'ai commencé à pratiquer ma passion, je m'identifiais à des créateurs comme Alaïa, McQueen ou Gaultier. Pas juste seulement pour les vêtements qu'ils dessinaient, mais aussi à cause de leurs histoires. Ils n'ont pas eu une vile facile. Je me reconnais un peu là dedans.»

marvin desroc

Pour ses vêtements, Marvin établit des concepts inspirés de tous ses créateurs favoris, tout en n'oubliant pas de faire valoir son individualité. Le « corset noir ajouré avec un boxer de soie porté sous un pantalon de costume coupé baggy » - pièce portée par Olly Alexander de Years and Years sur un tapis rouge plus tôt cette année - structure la silhouette de celui qui le porte, lui donnant une allure puissante. Ses coupes, les matières qu'il emploie et les superpositions qu'il créé composent des ensembles plein de poésie.

«Mes créations sont bien plus matures maintenant, affirme Marvin à propos de sa progression. Toujours extravagantes mais bine plus élégantes et plus fines que dans le passé.» Il trouve de l'inspiration partout, de ses amis - « Ils assument pleinement ce qu'ils sont, sans réserve et sans remords », à internet - « je suis un très grand fan de memes et de podcast, affirme t-il. Ces deux choses me donnent parfois des idées clairement folles. Et plus c'est fou, plus j'aime. En témoignent ces noeuds géants. Je trouve ça très intéressant de confronter des mondes qui n'ont rien à voir entre eux pour créer une histoire qui fait le lien. Ça reflète mon éducation, mes désirs, mes peurs.» Après tout, le personnage principal de cette histoire reste Marvin lui-même. « Aussi superficiel que cela puisse paraître, je suis au coeur de tous mes projets : mon enfance et la façon dont j'ai grandi se manifestent dans mes créations.La mode m'a permis de me libérer et de renouer avec l'enfant que j'ai été. J'ai ainsi pu franchir un seuil et entrer dans une nouvelle phase de ma vie

marvin desroc

Étudier à Londres n'était pas vraiment simple pour le jeune français – une difficulté que beaucoup de créateurs et de diplômés peuvent facilement comprendre. « Étudier à la Central Saint Martin, c'est suivre parcours rythmé par les montagnes russes émotionnelles. J'ai beaucoup douté pendant toute la durée de mes études, et je pense que j'ai commencé à y voir plus clair seulement quelques semaines avant les défilés de fin de diplôme.» Son plus grand défi a été de naviguer entre les différents thèmes de sa collection : « le genre et l'identité noire » - il ne voulait pas que son travail en donne une mauvaise représentation. « J'ai l'impression que maintenant, beaucoup voient ces sujets comme « populaires » ou faisant partie d'une « nouvelle vague ». Donc le vrai défi, c'est d'offrir un point de vue sincère, qui représente vraiment qui je suis, sans que ce soit perçu comme le travaille d'un « énième créateur noir à la mode » je suppose ».

Avec les images de cette série, c'est ce que Marvin a voulu prouver. « J'ai choisi cette perruque gigantesque et barrée pour rappeler que même si on fait porter aux noirs des perruques depuis longtemps, les cheveux sont une partie constituante de notre identité. J'ai commencé à aborder ces sujets au début de mes études, il y a presque 5 ans, mais maintenant que j'ai plus de visibilité, je dois vraiment penser au sens de mes créations

marvin desroc
marvin desroc
marvin desroc
marvin desroc
marvin desroc

Crédits


Photographie François Quillacq
Direction de casting Remi Felipe
Coiffure Yumiko Hikage
Maquillage Louisa Trapier

Modèles : Cedric, Elite et Kandioura, Rockmen

Cet article a initiallement été publié sur i-D UK.