Image du film The Breakfast Club

la trucker jacket de levi's est toujours le plus bel uniforme de la jeunesse

Cette année, Levi's fêtait les 50 ans de son iconique veste en jean en appelant des créatifs du monde entier à la customiser. Un rappel à toutes les contre-cultures pour qui elle a servi de page blanche sur laquelle écrire une histoire.

par Antoine Mbemba
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30 Novembre 2017, 10:13am

Image du film The Breakfast Club

Il y a des pièces qu’il faut compter dans son vestiaire. Pas parce que la mode les adore, mais justement parce qu’elles la transcendent. Pas non plus pour répondre à une tendance provisoire, mais parce qu’elles ont survécu à toutes. Et pas pour se plier au diktat d’un style, d’une case et d’une dégaine détourée, mais parce qu’elles peuvent être apprivoisées au gré des goûts et des envies. Elles sont transversales, se portent partout, par tous et de toutes les manières. C’est là que se cache la Trucker Jacket de Levi’s : sur un cintre de cette armoire des must have. Entité à elle seule, cette veste en jean aux multiples itérations est reconnaissable à son nom, identifiable à l’œil en un instant. Elle trotte dans un coin de notre tête même si on ne la porte pas régulièrement. C’est ce pote qu’on connaît depuis toujours, que l’on voit peu mais dont l’amitié ne saurait s’étioler. Une capsule temporelle, aussi, qui charrie un tas de souvenirs et un imaginaire collectif gonflé par une image pop, par la musique, le cinéma, la mode.

L’histoire de la Trucker Jacket parle d’elle-même. Cette année, la veste fêtait ses 50 ans, mais son ancêtre, sa première ébauche date en réalité de 1880. La Triple Pleat Jacket est à l’époque la première veste en denim jamais fabriquée. Un premier pas, le premier patron auquel viennent s’agrémenter au début 20ème siècle tous les éléments qui expliquent encore son endurance. Les poches s’y posent petit à petit, les traits s’affirment et s’affinent et les ornements discrets s’ajoutent pour en arriver à la version de 1967, quittant lentement la niche initiale du workwear, le cadre de l’habit de travail dans lequel la veste en jean Levi’s s’épanouissait jusque-là. La veste 70505 Type III Trucker 1967 (soyons précis) devient rapidement à l’époque le principal symbole de la culture et de la musique populaire, grâce à un musicien ici presque aussi influent dans le style qu'il l'aura été dans la musique : George Harrison, qui en porte une lors du Summer of Love à San Francisco. La même année, le légendaire promoteur de concert Bill Graham produit une série de pubs radiophoniques pour Levi’s, enregistrées par un groupe encore à la veille de son grand succès : Jefferson Airplane. Le timing de la marque est parfait. La Trucker emboîte le pas à la fusion d’un nouveau mouvement de la jeunesse, de l’explosion du rock’n’roll et de la mode comme outil de rébellion et devient un symbole de la révolution culturelle.

Et aujourd’hui, la Trucker Jacket, c’est un demi-siècle de vie trépidante, d’une histoire qui a recouvert les épaules de la jeunesse des contre-cultures les plus créatives, puissantes, sauvages et qui a transfiguré leur(s) récit(s). Avec sa simplicité esthétique ne rivalisant que d’efficacité et d’épure, la veste en jean de Levi’s s’est rapidement imposée comme une toile vierge sur laquelle les porteurs ont pu écrire leur vie, raconter leur style et exprimer leur culture propre. Souvent, cette culture aura été jeune, fougueuse, musicale, mais surtout libre et rebelle. En plus de monsieur et madame tout-le-monde, de nos parents, nos oncles, nos voisins, la Trucker aura été le canevas des enfants spirituels des poètes de la Beat Generation, des mods, des punks, des bikers, des hippies, des rockeurs, des rappeurs… Tous s’y retrouvant, parce que de cette simplicité esthétique découlait un élément qui fait le succès et la résilience de la veste en jean : la customisation. Pour afficher son allégeance à tel ou tel mouvement ou à l’inverse pour affirmer son individualité au monde, les gens se sont de tout temps amusés transformer la Trucker. À la faire à leur image et transformer la simplicité des lignes en un roman d’une vie, l’instantané d’une humeur, d’une époque, d’une énergie. Les motards en déchirent les manches, les mods la redécoupent, les rockeurs ou les hippies la patchent ou la recouvrent de pin’s à n’en plus voir le denim. Et chacun y joue son identité.

C’est en ça que résident tout l’intérêt et la puissance de la Trucker Jacket : ce fameux DIY. Et c’est exactement ce qu’a fêté Levi’s en octobre dernier en même temps que les fameux 50 ans de sa veste. À Los Angeles, d’abord, la marque a organisé une soirée customisation où 50 personnalités et icônes étaient invitées à revisiter la Trucker Jacket à leur manière, sans entrave, que le DIY. Ainsi, Chance the Rapper, Solange, Snoop, Diplo, CL, Justice, Karlie Kloss, Romee Strijd, Virgil Abloh, Clayton Kershaw, Karla Welch, Taylor Kitsch, Justin Timberlake et bien d’autres ont pu donner libre cours à leur imagination en réinterprétant le vêtement. Leurs vestes, exposées ce soir-là, étaient tour à tour bouffantes, découpées, recoupées, patchées, retournées, rallongées, percées… Quelques jours plus tard, Levi’s remettait ça à Berlin et graciait l’Europe d’une soirée du même thème, invitant la jeunesse influente et créative à malmener à son tour son totem en jean. Dans les étages fournis d’un bâtiment du quartier de Mitte, on lisait le passé, le présent et le futur de Levi’s et de ceux qui aiment la marque, désireux ce jour d’en écrire une partie de l’histoire ; d'y verser leur culture et leur(s) talent(s). De les graver dans le denim. Entre les visages et les tenues de cette jeunesse puissante d’Instagram, ces profils suivis et regardés, on voyait transparaître une passation, une continuation et surtout le couronnement de 50 ans d’une hégémonie discrète. Et on s’assurait sans peine que la Trucker Jacket continuera de faire vibrer la jeunesse en 2067.

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