loin des fantasmes et des clichés, une exposition raconte l'amérique du milieu

De William Eggleston à Stephen Shore, une exposition explore la culture américaine à travers l’œil des photographes les plus emblématiques du 20ème siècle.

par Felix Petty
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24 Octobre 2017, 8:26am

Si l'exposition States of America raconte les États-Unis de la guerre du Vietnam à la présidence de Ronald Reagan, le musée Nottingham Contemporary abrite pourtant peu d'œuvres explicitement politiques. En apparence en tous cas. Elle regorge surtout d'images qui ont fait de l'Americana une part viscérale de notre imaginaire collectif.

On y retrouve les clichés de William Eggleston à Los Alamos et Las Vegas, Bruce Davidson dans le métro new-yorkais, Dawoud Bey à Harlem, Mary Ellen Mark à Seattle et Stephen Shore à la découverte de ses Uncommon Places. Ce parcours aborde forcément les problématiques liées à la couleur de peau, au pouvoir et à la classe. Mais il se rapproche plus de l'exploration que de la démonstration didactique, du document que de la thèse.

Mark Cohen, Kid looking over a camera, 1972 © Mark Cohen, avec l'aimable autorisation du Wilson Centre for Photography.

Mais comment réaliser une exposition sur les temps forts de l'histoire nord-américaine sans faire de pont avec celui que le pays traverse actuellement ? À première vue, il peut y avoir des raisons de penser qu'il s'agit d'une énième exposition des pionniers de la photographie américaine. Mais en travaillant conjointement avec le centre Wilson, le musée Contemporary a trouvé un argument solide pour revisiter cette période et mettre un visage sur ses témoins, sans pour autant se détourner de l'arrivée au pouvoir de Trump. « La période couverte par l'exposition est cruciale pour comprendre le courant politique et le contexte social actuel des États-Unis, explique la commissaire d'exposition Irene Aristizabal. Ce parallèle était au cœur du développement de l'exposition. »

Lee Friedlander, Newark, NJ, 1962 © Lee Friedlander, avec l'aimable autorisation de la Fraenkel Gallery, des Centres for Photography de San Francisco et Wilson

La question centrale devient donc rapidement : qu'est ce qui a changé ?Qu'est ce que l'Amérique raconte de vraiment neuf ? Évidemment, pas grand chose. Les gamins qui récupèrent des clopes dans le caniveau existent toujours, tout comme les gens qui vivent dans des situations de pauvreté et les immigrés qui luttent pour survivre dans les ghettos des grandes villes. Des outsiders à la marge d'une vie américaine fantasmée, au cœur du pays et à l'intérieur des villes.

Au-delà des horizons politiques esquissés par ce travail, ce sont aussi des images qui élargissent et explosent les possibles de la photographie. Elles révèlent les couleurs de William Eggleston, la mise en scène frontale de Mark Cohen et les compositions théâtrales de Lee Friedlander. « L'exposition offre un aperçu de l'expérimentation documentaire, à un moment crucial du 20 ème siècle, suggère Irene Aristizabal. C'est une opportunité exceptionnelle de voir rassemblés différents travaux, dont certains n'ont jamais été exposés au Royaume-Uni avant. »

Dawoud Bey, A Boy in Front of the Loew's 125th Street Movie Theater, 1976 © Dawoud Bey, avec l'aimable autorisation de la Stephen Daiter Gallery.A Boy in Front of the Loew's 125th Street Movie Theater
William Eggleston, Memphis, série Los Alamos, 1965–68 © Eggleston Artistic Trust. Avec l'aimable autorisation de David Zwirner, New York/Londres et du Wilson Centre for Photography.
Mark Cohen, Karate Stance, 1977 © Mark Cohen, avec l'aimable autorisation du Wilson Centre for Photography.
Bill Owens, « Je voulais responsabiliser Christina dans le rangement de sa chambre, mais j'ai échoué », 1973, © Bill Owens, avec l'aimable autorisation du Wilson Centre for Photography.

L'exposition States of America se tient au Nottingham Contemporary jusqu'au 26 novembre 2017

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