Kaia Gerber: “J’ai dû faire changer d’avis beaucoup de gens avant de pouvoir faire mes preuves.”

Kaia Gerber, la nouvelle sensation du monde de la mode se pose avec le dramaturge Jeremy O. Harris afin discuter de son enfance sous les projecteurs, de virées au théâtre avec sa mère Cindy Crawford, et de son talent pour briller en dîner mondain.

par Felix Petty
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04 Mars 2020, 4:02pm

Cet article sur Kaia Gerber a initialement été publié dans le Numéro Icônes et Idoles, no. 359, Printemps 2020. Commandez votre copie ici.

Un samedi après-midi à Los Angeles. Kaia Gerber et Jeremy O. Harris se retrouvent dans un café. Ils sont amis depuis peu de temps, et se sont rencontrés lors d’un dîner à New York, où ils habitent tous les deux. Jeremy est à Los Angeles à l’occasion du Sundance Film Festival, tandis que Kaia est rentrée chez elle afin de rendre visite à ses parents.

Fille du top model Cindy Crawford, Kaia est l’héritière d’une lignée aussi légendaire que remarquable dans l’univers de la mode. Son histoire explique sans doute ses débuts dans l’industrie, empreints de tranquillité et d’une certaine pondération. Jusqu'ici, Kaia a donné très peu d’interviews dans la presse, bien qu’elle puisse en faire les gros titres rien qu’en sortant de chez elle. Jeremy pour sa part, diplômé de Yale et auteur dramatique reconnu, a tout à fait l’habitude d’interviewer des personnalités, ce qui constitue l’une des nombreuses cordes à son arc. Au cours de cette conversation ils sondent plus en profondeur les raisons de cet intérêt médiatique, et apportent ainsi un nouvel éclairage sur ce qu’est être célèbre en 2020. Une célébrité qui prend un tout autre sens chez une fille de 18 ans qui a depuis toujours observé sa propre mère se débattre avec la gloire.

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KAIA PORTE UN DÉBARDEUR ET UNE CHEMISE MAISON MARGIELA. PANTALONG (PORTÉ DURANT TOUT LE PHOTOSHOOT) BALENCIAGA. BOUCLE D’OREILLES DU MANNEQUIN (PORTÉES DURANT TOUT LE PHOTOSHOOT).

Jeremy: C’est vraiment sympa que tu m’aies demandé de réaliser cet entretien.
Kaia: Je ne pensais vraiment pas que tu dirais oui ! Tu as quand même interviewé Rihanna récemment...

Je n’ai pas pensé à te demander, tu ne donnes pas d’interviews d’habitude, non ? Pourquoi donc ? Par souci d’auto-protection ?
Je ne voulais pas que mon début de carrière dans le mannequinat soit éclipsé par cette notion de célébrité, par le fait d’être plus ou moins connue. Et puis, que peut-on peut bien demander à une fille de 16 ans? Je n’avais rien à dire il y a deux ans, je n’avais aucune expérience. Il n’y a pas trente-six façons de parler de ma “routine beauté”, ou des conseils que ma mère m’a donnés vis-à-vis du mannequinat. Quel ennui. J’ai envie de me concentrer sur ce que les mannequins font le mieux : être mannequin.

Et du coup, quelle est ta “routine beauté” ? Je plaisante évidemment. Tu es en train de devenir une célébrité, et c’est en partie dû au fait que tu es au summum de ta carrière de mannequin. Je me suis plongée dans ton historique pour préparer cet interview...
Oh non.

Le monde de la mode m’intéresse, mais je ne suis pas vraiment au courant de tout ce qu’il s’y passe. Je ne m’en étais guère rendu compte lors de notre première rencontre, mais tu es vraiment super connue dans l’industrie!
La mode est vraiment un microcosme à part. C’est un peu comme une pièce de théâtre, en fait. On se laisse facilement à croire que tout le monde te connaît, alors que ce n’est pas du tout le cas.

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VESTE BALENCIAGA. CHEMISE MAISON MARGIELA.

Mais, désormais, on peut tout savoir de toi.
Des photos de moi commençaient à circuler et je voulais prendre les choses en mains. C’est une des raisons pour laquelle j’ai décidé de devenir mannequin.

Tu as beaucoup de recul sur toi même, tu as de la chance d’avoir cette force si jeune. D’où cela te vient-il ? J’hallucine que tu viennes tout juste de terminer le lycée.
J’étais l’une de ces élèves qui détestait le côté social de l’école, mais qui adorait faire ses devoirs. J’adorais apprendre. Je ne vais plus à l’école, mais je n’ai pas cessé de m’instruire. En grandissant, mes parents ne nous excluaient jamais des conversations; s’ils invitaient des amis à dîner, il n’y avait pas de table spéciale pour enfants. On s’asseyait avec eux et on se joignait à la conversation. Si tu veux vraiment savoir ce que ma mère m’a transmis, c’est comment être une parfaite convive à table.

Un des meilleurs conseils que j’ai jamais reçus est que le secret d’une longue carrière c’est d’être impeccable convive à table.
Je suis fière de pouvoir dire que je suis la meilleure invitée qui soit.

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JUMPER AND SHIRT RAF SIMONS

Quelle est la personne la plus intéressante que tu aies rencontrée récemment ? Pas forcément connue.
Honnêtement, c’est toi ! C’était génial de te rencontrer, tu m’as semblé avoir un point de vue si différent sur le monde. Tu m’as vraiment inspirée.

J’en suis très flatté ! Ton côté “pieds sur terre”, ta gentillesse et ta générosité m’ont vraiment étonné. Qu’est-ce qui t’a protégée des mauvais aspects d’une enfance passée sous le feu des projecteurs ?
Mes parents, sans aucun doute. Je leur dois vraiment tout. Ils m’ont montré l’exemple. Ils m’ont appris à considérer chaque personne en tant que personne, et de ne pas les juger à travers leur statut.

Est-ce que tu te rendais compte que ta mère était une top model ?
Je savais qu’elle défilait, mais je ne me rendais pas vraiment compte que c’était son travail ! Si tes parents sont docteurs ou avocats, c’est différent. Je ne me disait pas que “Cindy Crawford” était ma mère, c’était juste ma mère qui se révélait aussi être un mannequin. C’est seulement lorsque j’ai commencé à bosser dans l’industrie que j’ai vraiment pris l’ampleur de l’impact et de l’influence qu’elle a pu avoir.

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VESTE ET CHEMISE COMME DES GARÇONS.

Te souviens-tu du moment où tu as réalisé que tu voulais devenir mannequin ?
Je n’ai jamais eu envie d’être mannequin. Quand j’étais plus jeune, je ne pensais pas que je ressemblerais un jour à ma mère, ce n’était pas vraiment une carrière que je m’imaginais pouvoir réaliser. Ma mère ne m’a jamais poussé dans cette direction. Puis il y a quelques années, on a commencé à m’aborder et me parler de mannequinat. Au début j’étais très dubitative. C’est déjà assez difficile pour une jeune fille de grandir, de subir tous ces changements de l’adolescence... alors traverser cette période sous les yeux publics, cela peut être vraiment angoissant. Il faut avoir beaucoup de confiance en soi pour cela.

Qu’est-ce que tu voulais faire avant de commencer le mannequinat ?
Je ne voulais surtout pas être connue. L’idée-même de la célébrité me faisait flipper.

Donc ton anxiété autour de cette idée de célébrité existe bien. On va sortir d’ici après cette interview, et tu vas sûrement te faire photographier...
Cela m’affecte vraiment, c’est très difficile parfois. Mais faut-il s’y habituer ? Cela me semble triste. Les gens ne devraient pas s’habituer à la célébrité, ce n’est pas une façon saine de vivre sa vie.

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HAUT PRADA.

J’ai grandi dans un univers totalement opposé au tien, et tout ce dont je rêvais c’est être connu, être quelqu’un qu’on voit à la télévision.
Je pense que c’est tout à fait normal que les gens rêvent de ça, en revanche.

Mais quand j’ai commencé à écrire, l’idée que ma carrière me propulserait dans cet univers ne me traversait pas l’esprit. Une fois que j’ai commencé à être connu, les choses sont devenues assez confuses.
Ton profil est typique de la période dans laquelle nous vivons. Peut être qu’autrefois un dramaturge comme toi n'aurait pas été célébré de la même manière. Tu es vraiment une anomalie géniale.

Je me suis toujours dit que c’était vraiment absurde, ces histoires de personnes connues qui s’en prennent à des internautes parce qu’eux-mêmes s’en prennent à eux. Et ensuite Internet s’en est pris à moi, et cela m’a blessé.
K: On essaie en vain de se protéger, de ne pas se sentir touché, mais parfois les choses dérapent et certaines personnes réussissent vraiment à te faire du mal, et là ça peut te nuire sérieusement.

Et au niveau de tes relations ? Comment est-ce que tu gères cela ?
La seule chose à faire c’est essayer de faire abstraction du bruit. Les seules personnes qui savent réellement quelque chose sont les personnes concernées. L’opinion publique peut être difficile à ignorer, donc il faut faire en sorte que tes sentiments prennent le dessus.

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CHEMISIER HILLIER BARTLEY. COLLIER KWAIDAN EDITIONS.

J’ai même lu quelque part que tu étais enceinte!
Il faut essayer de garder un certain sens de l’humour à l’égard de qu’on peut lire ou entendre sur soi-même...

Tu sais, tu ressembles beaucoup à Audrey Hepburn en train de boire ce café, là maintenant.
Je voulais tellement être Audrey Hepburn quand j’étais plus jeune. Elle m’obsédait complètement. Je me suis même coupée la frange moi-même une fois, quelle mauvaise idée ce fut !

Tu ressembles tellement à ta mère, mais tu as un autre truc, un je ne sais quoi. As-tu déjà pensé à faire du cinéma ?
C’est une forme d’art que j’admire énormément. C’est pour cela que j’hésite beaucoup à commencer.

Quand as-tu pleuré pour la dernière fois ?
Il y a une semaine je crois, dans ma voiture. Je pleure quand je suis seule, mais je ne suis pas du genre à appeler une amie en pleurant et en lui demandant conseil. Ce n’est vraiment pas mon truc.

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BODY BOTTEGA VENETA. CHAUSSURES STYLIST’S STUDIO.

Qu’est-ce qui t’a donné ce côté si réservé ? Est-ce qu’il s’est passé quelque chose dans de ta vie, ou cela fait-il partie de ton éducation ?
Quoi donc, le fait que je ne sois pas du genre à appeler des amis en pleurant? J’ai vu à quel point mes parents ont travaillé, et je les admirais tellement, peut-être ai-je essayé de me détacher au plus possible des aspects de ma personnalité les plus mélancoliques ? Difficile à dire. Mais l’an dernier, je me suis énormément rapprochée de ma mère. Nous sommes devenues les meilleures amies, plus que nous ne l’avions jamais été. Je me suis vraiment autorisée à baisser la garde, et c’est même agréable de craquer en sa présence. Maintenant je me dis qu’elle peut ne pas toujours jouer le rôle de ‘Maman’ - elle peut aussi juste être mon amie.

Donc tu es en train de me dire que ta mère et toi êtes meilleures amies maintenant, mais vous étiez en petit break avant ?
Tout va bien maintenant. On s'entend parfaitement. On vient juste de faire une retraite de yoga ensemble!

Une vraie expérience mère-fille fusionnelle.
La totale fille à Maman Cindy ! Tu sais au départ je pense que je rejetais vraiment l’idée d’être similaire avec ma mère, parce que c’était ce que tout le monde me disait. Et maintenant, dès je réalise que j’ai quelque chose en commun avec elle, je suis fière, parce que je l’admire énormément.

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VESTE MAISON MARGIELA. DÉBARDEUR DU MANNEQUIN. COLLIER KWAIDAN EDITIONS.

J’étais très flattée que vous veniez voir ma pièce ensemble.
Je lui ai dit, “Jeremy l’a écrite, donc ça va être très controversé, et il va sûrement y avoir beaucoup de nudité sur scène, ce genre de truc”. Mais c’était vraiment la première personne avec qui j’avais envie de voir la pièce, la seule personne en fait, parce que je savais qu’elle apprécierait. Elle l’a adorée. On a dîné ensuite et on en a parlé pendant des heures. Cette pièce nous a beaucoup touchées.

Vous faites quoi comme autres virées culturelles ?
On vient juste de terminer Euphoria ensemble !

Quoi, vraiment ? Tu rigoles ?
Oui. On a vraiment eu des réactions différentes, c’était assez incroyable. Elle a trouvé que la série était horrible; en même temps elle doit l’être en tant que parent. Mais elle a bien aimé également. Elle me disait, “est-ce cela ressemble vraiment à ça, l’industrie du porn en ligne ?, ou bien “Mais est-ce que tu peux vraiment y accéder aussi facilement ?” Cette série nous a aidées à avoir de vraies conversations.

J’adore cette idée de grands échanges intergénérationnels entre vous.
Ma mère est vraiment ouverte à tout, elle veut apprendre, elle pose pleins de questions, et surtout elle ne juge jamais. C’est vraiment facile de s’identifier à elle. J’ai mis du temps à m’ouvrir à elle, mais quand je l’ai fait, je me suis rendue compte qu’on avait traversé des passages similaires.

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HAUT WALES BONNER. COLLIER KWAIDAN EDITIONS.

Où te vois-tu dans dix ans? Penses-tu que tu feras toujours la même chose ?
J’espère que j’aurai contribué à quelque chose de positif dans ce monde. J’espère avoir le sentiment d’avoir utilisé ma relative renommée à bon escient. J’ai récemment effectué une collaboration avec Jimmy Choo par exemple, et nous avons reversé toutes les recettes à l'Hôpital pour enfants St. Jude, qui soigne des jeunes atteints du cancer. Cela peut être aussi simple que ça. Et j’ai passé Noël dernier avec des patients de l'hôpital pour enfants de NYU Langone. Je crois qu’il est possible de s’épanouir à travers des actes de bienveillance quotidiens. Être capable de pouvoir aider quelqu’un grâce à mon travail c’est déjà très satisfaisant.

Ah, j’oublie que tu es New Yorkaise maintenant!
Ah bon ? Je ne sais pas si je peux vraiment me qualifier de New Yorkaise... cela fait combien de temps que tu y vis ?

Cela ne fait même pas six mois et je me qualifie déjà de New Yorkais.
Être à Los Angeles me donne le sentiment d’être en vacances en revanche, même si j’y ai grandi. Donc peut-être ceci fait-il de moi une New Yorkaise ?

Est-ce que tu penses que cette nouvelle identité New Yorkaise t’aide à te séparer du cocon familial en quelque sorte ?
Pas seulement du point de vue de ma famille. La culture de LA c’est la culture de l’entre-soi. Tu restes dans ta petite bulle. J’ai beaucoup appris à New York, j’y ai rencontré tellement de nouvelle personnes. Des gens qui ont des modes de vies différents, qui viennent d’autres milieux. Je me suis fait des amis que je n’aurais jamais pu rencontrer à LA.

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DÉBARDEUR SAINT LAURENT POUR ANTHONY VACCERELLO.

L’an passé, j’ai rencontré tellement de mannequins incroyables que les magazines présentaient comme des déesses inaccessibles, mais je n’avais jamais réalisé qu’il s’agissait juste de jeunes de 18 ans. Je ne m’étais vraiment pas rendu compte de leur âge !
Oui, parce qu’il ya des filles de 20 ans qui ont l’air d’avoir 40 ans, et des femmes de 40 ans qui ont l’air d’en avoir 20. C’est vraiment incroyable toutes les illusions que cet art peut créer. Mais ce que j’ai beaucoup aimé avec i-D, c’est cette impression de jouer un rôle. Je suis vraiment rentrée dans le jeu avec ce photoshoot. J’ai essayé de canaliser une énergie un peu similaire à celle de Winona Ryder dans Une vie volée. J’aime tellement ce film. Mais j’ai l’impression que les images de mode ne capturent jamais parfaitement la véritable personnalité des mannequins.

Est-ce que cela a un impact sur ta psyché ?
J’ai appris à aimer ce rôle que l’on nous donne, qui est celui d’aider d’autres personnes que toi-même à créer. C’est ainsi que je le perçois. On a de la chance de faire partie de ces processus créatifs. Même si ce n’est pas toujours ta propre vision que tu réalises, ce n’est pas grave, parce qu’on peut aussi trouver sa voie autrement.

Est-ce que tu te demandes parfois si tu n’es pas en train de perdre une partie de ta jeunesse en étant considérée comme une adulte ?
Je me suis toujours sentie adulte, et, quand finalement j’ai grandi, je me suis rendue compte que je ne l’étais pas. Je n’avais jamais vraiment reçu de claque, et un jour cela m’est tombé dessus. Je ne suis pas sortie de cette période en me disant, “wow, je suis tellement adulte maintenant”, mais plutôt en me disant “j’ai encore tellement à apprendre”. Je suis prête à apprendre plus.

Est-ce que cela te laisse un goût amer, un sentiment d'anxiété ?
Qui ne sait rien ne doute de rien, c’est clair.

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T-shirt Raf Simons.

Qu’est ce qui t’apaise ?
Je lis beaucoup. La lecture est la seule chose qui me force à me poser. Pas de musique, pas de téléphone, pas de distractions. Je me plonge dans la lecture et cela me calme beaucoup. Même backstage, il pourrait y avoir un million de personnes autour de moi en train de faire ma coiffure et mon maquillage, tant que j’ai un livre dans les mains, je peux rester concentrée dessus. Et tout le reste disparaît.

Quels sont les derniers livres que tu as lus ?
Je viens juste de terminer La Ballade de L’Impossible de Murakami et c’était formidablement bien. Et puis Normal People de Sally Rooney !

Mon mec va faire l’adaptation de Normal People !
Alors, ça c’est super excitant ! Ce livre a vraiment quelque chose... j’ai adoré, adoré, adoré ce bouquin.

Est-ce que tu penses que l’industrie dans laquelle tu grandis est moins atroce que celle dans laquelle ta mère a évolué ? Ce que j’ai lu à propos du mannequinat des années 80 et 90 me laisse songer que l’industrie montait vraiment les jeunes femmes les unes contre les autres.
Je n’ai jamais eu un esprit de compétition, et au moins il y a davantage d’espace pour différents types de beauté désormais. Les réseaux sociaux nous ont humanisées également. Tu nous vois aller à l’épicerie en jogging. On avait pas accès à ce genres d’images des topmodels des années 90, et je pense que c’est néfaste de voir quelqu’un seulement en couverture de Vogue. Des jeunes filles vont se dire, “Mais pourquoi je ne ressemble pas à ça ?.” Et bien non, on ne ressemble pas à ça ! Il y a un million de personnes dont le travail est de nous aider à ressembler à ça.

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CHEMISE ET COLLIER KWAIDAN EDITIONS..

Quand tu as débuté, avais-tu l’impression que certains mannequins avaient des a priori du fait que tu es la fille de Cindy Crawford ?
Je me rendais bien compte du fait que j’avais eu une longueur d’avance en commençant dans le métier. J’ai énormément de respect pour les jeunes filles qui arrivent dans le secteur et qui sont issues de milieux moins privilégiés: certaines ne parlent pas anglais, d’autres envoient de l’argent à leur famille. Elles portent sur leurs épaules un poids des responsabilités que je ne pourrais jamais connaître. Il y a des filles avec qui j’ai commencé, que j’ai vu évoluer et devenir de plus en plus fortes, et je les admire toutes beaucoup.

J’étais à l’école de théâtre avec la fille de Meryl Streep et j’avais un peu de peine pour elle, car il n’y avait aucun moyen qu’elle aille à l’école et que tout le monde ne sache qui elle était.
J’ai dû faire changer beaucoup de gens d’avis avant de pouvoir faire mes preuves en quelque sorte. Tu dois faire en sorte que les gens effacent la première idée qu’ils ont de toi pour qu’ils te voient comme une véritable personne, parce que les gens ont une idée profondément préconçue de la personne que tu es.

Est-ce que tu as surcompensé du coup ?
J’arrivais toujours, mais vraiment toujours, à l’heure. J’apprenais le nom de tout le monde. Je faisais des efforts pour aider les gens. Je refusais tout traitement de faveur, et si on me proposait quelque chose qui pouvait s’y apparenter, je le refusais immédiatement.

Tout le monde veut t’imaginer comme un monstre à l’égo surdimensionné.
En effet, j’ai vraiment dû faire des efforts pour prouver que je n’étais pas ce genre de personne, même dans mes mauvais jours. Si tu n’es pas de bonne humeur tout le temps, les gens ne te comprennent pas. Tout le monde pense te connaître, mais ils n’en savent rien.

Je pense qu’il s’agit de la conclusion parfaite à cette conversation.
Réellement ? Cette conversation était vraiment spéciale. Merci beaucoup.

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Chemise Balenciaga. Collier Kwaidan Editions.
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Top Miu Miu.
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Veste Maison Margiela. Colier Kwaidan Editions.
kaia gerber on cover of i-D

Credits


Photography Willy Vanderperre
Styling Alastair McKimm

Hair Anthony Turner at Streeters.
Make-up Lynsey Alexander at Streeters.
Nail technician Chisato Yamamoto at David Artists using NARS.
Set design Emma Roach at Streeters.
Digital technician Henri Coutant.
Photography assistance Romain Dubus, Harry Hawkes and Louis Headlam.
Styling assistance Madison Matusich and Giulia Bandioli.
Hair assistance Claire Grech.
Make-up assistance Phoebe Brown and Zahra Hassani.
Set design assistance Nia Samuel-Johnson, Louis Simonon, Joseph Burke and Lizzy Gilbert.
Production Ragi Dholakia Productions.
Casting Samuel Ellis Scheinman for DMCASTING.

This article originally appeared on i-D UK.

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