"Underwater" by Kate Bellm.

Les photos saisissantes de Kate Bellm capturent l’esprit de Majorque et d’un été sans fin

Son dernier album, AMOR, est une lettre d’amour à l’île de Majorque, aux road trips spontanés et à la nudité absolue.

par Emma Russell
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11 Avril 2020, 7:15am

"Underwater" by Kate Bellm.

Après avoir passé la plus large part de sa vie sous des ciels gris, ayant grandi en Angleterre et vécu à Berlin pendant 8 ans, il n'est pas surprenant que la photographe Kate Bellm soit tombée folle amoureuse de la lumière dorée de Majorque. Bellm a jeté son dévolu sur l’île la plus vaste des Baléares Espagnoles, entourée par toute une bande dynamique de créatifs venant du monde entier, mais plus encore de de jardins de cactus, d’oliviers, d’amandiers et d’eucalyptus. Elle vit maintenant dans la Serra de Tramuntana, à quelques minutes de marche d’une plage, dans une maison qu’elle a construit de toute pièce avec son mari Edgar. "Cette demeure est le fruit d'un véritable travail d’amour" souligne Kate, alors que l'on entendrait presque "Là où je t'emmènerai" se jouer en arrière-plan. "On a bâti cette maison de nos mains... donc c’est un endroit vraiment spécial pour nous."

Avant d’arriver dans la tranquillité idyllique du village majorquin de Deia, la photographe a énormément voyagé. Elle a vécu à Londres, Paris et Berlin, et a passé du temps à Bali et sur les plages du Mexique. Chacun de ces endroits a été pour elle une profonde source d’inspiration. “Paris, c’était le glamour; Berlin le grunge; et j’ai trouvé un moyen de marier ces deux éléments,” explique-t-elle. "Puis, j’ai eu envie de vivre en pleine nature." Son dernier livre de photo, AMOR, est une collection des meilleurs moments de ses voyages réalisé au cours des dix dernières années. L’influence de chacun de ces endroits se voit clairement dans toutes ces images "d'amis et d’amants qui rêvent, s’échappent, s’embrassent et font du skate," résume son éditeur Hatje Cantz. Son travail illustre “un paradis psychédélique hors du commun, d’étranges paysages colorés, des cactus délirants, des vues chaudes et floues, des palmiers vacillants, et des formes rocheuses colossales.”

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"AMOR, c’est mon coeur, c’est mon âme," dit Kate Bellm. "C’est une dédicace à toutes les personnes que j’aime.” Ses photos capturent un esprit de jeunesse, dans toute son insouciance et sa spontanéité. "Chacun de mes amis se retrouve dans ce projet d’une manière ou d’une autre," dit elle. “Toutes les filles qu’on voit sous l’eau sont des amies de Majorque, qui assez merveilleuses pour avoir accepté de passer toute une journée sous l’eau pour que je puisse prendre ces clichés.”

Le livre inclut aussi des photos d’un récent road trip de deux semaines au Portugal, prises au beau milieu d’un cyclone avec quelques-uns de ses mannequins préférées, une série de photographie de mode qu’elle a réalisée entre Paris et Londres, ainsi que des images de la nuit Berlinoise, et pleins de photos de skaters tatoués. "Pour moi, les skaters sont vraiment le genre de mecs que j’aime photographier. Ils ont toujours une personnalité super sauvage et libre. Ce sont des personnages différents, uniques, toujours drôles," dit-elle.

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Bellm s’est mise à la photo vers 12 ans, en s’entrainant sur l’un des vieux appareils photos de son père, inspirée par le travail du photographe Américain Dave LaChapelle. Bien qu’elle admette aujourd’hui que le résultat n’avait rien à voir avec la photographie dramatique de ce chroniqueur controversé de la culture pop, elle s’est inspirée des sets, costumes et couleurs flamboyantes de LaChapelle pour ses premières photos, où elle habillait ses voisins de tenues insensées, en les maquillant de manière vraiment folle. Elle se souvient d’avoir organisé des séances photos bizarres avec "des centaines de balles de tennis dans mon jardin. C’était drôle et coloré."

En parcourant AMOR, on remarque que son attrait pour les couleurs psychédéliques est toujours d’actualité. Bellm utilise des feuilles Perspex teintées et des pellicules périmées pour créer un effet acide sur ses images, qui dégagent un impression similaire aux posters du Summer of Love de 1967, et rappellent des road trips infusés de LSD, ainsi que l’esprit de contre-culture propre à la jeunesse de l’époque. Bien que Bellm dise qu’elle a plutôt été inspirée par Warhol et son puissant usage de couleur: "J’ai l’impression qu’il s’est faufilé dans ma tête lorsque j’ai réalisé ce genre de travail."

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Ce type d'expérimentation a toujours été au coeur du travail de Kate Bellm. Lorsqu’elle a commencé à travailler dans une chambre noire à l’école, elle est vite devenue obsédée par tout le processus de création lié à la photographie, de l’inventivité des séances photos à l’aspect technique de leur développement. Et quand Bellm a débuté sa carrière, elle a rencontré un ami de sa famille, David Montgomery, qui lui-même a photographié tout le gratin, de Bill Clinton à Mick Jagger en passant par Andy Warhol. Il lui a donné un conseil qu’elle n’a jamais oublié: “Ne dis jamais à personne que tu veux être photographe; dis leur simplement que tu es une photographe.” Et depuis, c’est exactement ce qu’elle a fait.

Depuis, Bellm a publié des séries éditoriales pour des magazines comme British Vogue, GQ, L’Officiel, Wonderland et Interview parmi tant d’autres. Elle a aussi réalisé des projets commerciaux pour Gucci, Alexa Chung et Adidas. Ce qui démarque son imagerie, c’est la manière dont elle met en valeur la sexualité féminine et la confiance en soi des femmes, inspirée par les pages du Vogue France sous la direction de Carine Roitfeld de 2001 à 2011. Ses photos exposent ainsi une bonne louche de nudité, de courbes et de cigarettes pendantes aux moues de mannequins.

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Bellm célèbre avec joie la forme féminine, débarrassée des contraintes du vêtement; mais au service de ses modèles, non pas pour le regard masculin. C’est un sujet auquel elle n’a jamais beaucoup pensé avant de travailler pour Playboy. "Je veux prendre des photos de femmes pour leur donner du pouvoir, pour qu’elles se sentent fortes et bien," explique-t-elle. Mais quand on utilise des glaçons pour faire durcir leurs tétons, ou qu’on leur demande de faire l’amour à la caméra, le "sentiment est moins libéré, plus artificiel."

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La nudité est quelque chose de très naturel pour Bellm, et fait partie intégrante de sa vie. Ce n’est pas nécessairement un état connoté sexuellement à ses yeux. "La où je vis, les gens sont très ouverts, et dans notre communauté on se sent assez libres pour être nus. Tous mes amis se sentent beaucoup plus à l'aise nus,” dit-elle. "Je pense que les corps sont bien plus beaux sans vêtements. C’est notre habitat naturel."

Les photographies présentes dans AMOR constitue un hommage coloré aux endroits qui ont marqué Bellm, et aux personnes qui lui ont permis de s’y sentir à la maison. C’est une célébration de la vie, de l'amour, de la féminité, de la sexualité et, plus largement, de l’émancipation.

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