Remi Besse et sa clique n’ont rien à signaler

Mercredi, tous les kids de Paris se sont donnés rendez-vous au vernissage de R.A.S, la nouvelle série photo de Remi Besse inspirée par le chaos climatique. L’artiste s’est confié en exclusivité à i-D sur ce projet.

par Julie Le Minor
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10 Décembre 2021, 5:06pm

Mercredi soir, dans le XIXe arrondissement de Paris, des groupes de kids passent un portail et avancent dans une allée sombre éclairée par des spots à même le sol. L’adresse de cette friche industrielle a été tenue secrète jusqu’au dernier moment. “RAS”, l’exposition du photographe et réalisateur Remi Besse se trouve au bout du chemin. Membre de l’écurie Iconoclast, réputé pour ses films et ses clips avec Ibeyi, Sopico ou encore Oboy, Remi fait partie de cette nouvelle génération de créatifs tout terrain pour qui l’image ne semble plus avoir de secret. Adoubé par la scène indé tout autant que par les grandes publications et maisons de luxe, le jeune artiste navigue habilement entre les disciplines et poursuit ses expérimentations visuelles et collaboratives, toujours entouré de sa fidèle clique.

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Courtesy of Remi Besse

RAS pour “rien à signaler”. Le nom de la nouvelle série photographique de Remi Besse résume à lui seul l’intention de ce projet sur un sujet aussi brûlant que dérangeant : le climat. Pour le décrire, Remi écrit sur son compte Instagram : “A photo serie about how we fucked up planet earth”. Au moins, c’est clair. “Cette série est née de l’envie de créer des images autour de l'urgence climatique et du chaos que ça engendre, mais en sortant d'un carcan un peu ringard, lisse visuellement, ou bien donneur de leçon”, nous confie l’artiste. “Par la mise en scène, le stylisme, les couleurs, le casting, je voulais m'éloigner de l'iconographie qu'on associe habituellement à ce sujet. Faire poser un rappeur pour le climat, j'aimais bien l’idée.”

Le soir du vernissage, dans le vaste hangar de l’exposition, des invités souriants et lookés déambulent entre les tirages XXL posés entre des dalles de béton. Surpeuplement, gaspillage, aberrations de la fast fashion, tout y passe. Dans chaque œuvre, Remi dénonce les paradoxes et vicissitudes du monde moderne pour qui le déni face à la crise climatique semble encore être la meilleure solution. “On est schizophrène avec ce sujet, on sait qu'on va dans le mur, l'humanité porte des œillères. Je m'inclus totalement dans le truc. Je continue à m'acheter des paires de Nike en sachant que ça va pas. En gros l'idée, c'était rien à signaler, circulez il n'y a rien à voir, on continue comme si de rien n’était.”

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Courtesy of Remi Besse

Dans ces tableaux grandeur nature, on reconnaît des visages familiers. La clique de Remi s’expose : la mannequin Regina Anikiy, le comédien Panayotis Pascot, le rappeur Rad Cartier ou le tiktokeur Sullivan Gwed ont accepté de poser pour cette cause qui leur tient à cœur. “Après le shoot j'ai passé pas mal de temps dans mon atelier à bosser sur les photos. Ce sont des tirages collés, superposés, déchirés, du coup ça amène de la texture”, explique Remi. Menée de mains de maîtres par le collectif SCALD, soutenue par le Consulat, l’exposition pluridisciplinaire convoque différents crews, sensibilités et disciplines, beaucoup issus de la scène créative émergente.

Au milieu d’une scénographie léchée, éclairée par des néons bleus et blancs qui rappellent les teintes des images exposées, trônent aussi des installations textiles. “Ce sont mes potes de Wwwesh studio qui les ont créés, précise Remi. Snowbunny a fait une construction en textiles de récup, la galerie Ground Effect est venu coller aux murs des illustrations d'un ami artiste qui s'appelle Jakman. Durant le vernissage, Andy 4000, Broodoo et Urumi sont venus passer du son. C'est une scène artistique qui se donne de la force entre elle.” Dans ce hangar de 300m2 où se mêlent des parisiens de tous horizons, Remi Besse témoigne une fois de plus de son goût pour le dialogue et la collaboration. L’art devient ici un interface, un médium d'échange et de discussion.

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Courtesy of Remi Besse

“L'initiative a été soutenue par Le Consulat, un lieu qui accueille des résidences d'artistes et essaye de créer des ponts entre la fête et l'engagement, notamment par un dialogue permanent avec des associations. J'aime bien l'idée que le sujet soit traité de manière festive et juvénile, à l'image de ce qu'ils font avec les énormes raves pour le climat de Give A Fuck”, poursuit Remi. Ce week-end, il tiendra aussi un atelier avec des enfants d’une école du quartier pour peindre et pour aborder le sujet avec eux. L’expérience se poursuit donc. Commissionnée par Nowness, les tirages du projet R.A.S sont désormais en vente sur le site du Consulat et l’intégralité des bénéfices sera reversés aux associations Rainforest Concern et Secondhand solidarity fund. “Les œuvres sont à vendre, l'idée est de lever des thunes pour des associations, j'espère que ça va marcher’, conclut Remi.

L'exposition se tient jusqu'à dimanche 12 décembre au 100 Rue Curial, 75019, de 10h à 19h. L'entrée se fait par la petite ceinture.

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