Avec « Pour Nous Par Nous », Converse se fait le porte-parole d’une jeunesse créative racisée qui a fini d’attendre

Lancé en décembre par la marque à l’étoile, le podcast mensuel créé un espace de discussions stimulantes et riches en enseignements à des jeunes créati.f.ve.s afro-descendant.e.s issus de la musique, la mode, l’art et la cuisine.

par Lenny Sorbé
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06 Mai 2021, 9:00am

2 juin 2020, #BlackOutTuesday. Tout est noir sur Instagram, mais le parfum d’hypocrisie ambiant fait doucement rire la première communauté concernée. C’est vrai qu’il y a de quoi se marrer à voir toutes ces maisons de mode ou de disques célébrer soudainement ces modèles et artistes afro-descendants à qui ils mènent pourtant la vie dure au quotidien. Mais soit, admettons : maintenant que le problème a été publiquement reconnu, plus moyen pour quiconque de se cacher. Il est temps pour toutes ces entités de prouver la véracité de leur engagement à la cause à travers des actions concrètes. Ou de se taire à jamais.

C’est dans ce contexte que Converse et Rinse France lançaient en décembre le podcast Pour Nous Par Nous. Un podcast qui s’inscrit dans le cadre du programme de mentoring « All Stars », annoncé à l’automne par la marque, avec pour objectif de mettre en contact des jeunes qui changent la donne avec les géants de l’industrie. Hosté par la DJette Andy 4000 au sein du restaurant Jah Jah - black business par excellence –, Pour Nous Par Nous se présente comme une série de quatre discussions autour des problématiques d’inclusivité, qui entend « donner la parole à des invité.e.s racisé.e.s, issu.e.s de communautés créatives en France et habité.e.s par un fort désir de faire changer les choses ». Et ce, à l’heure même où la tenue de réunions en non-mixité fait criser la classe politique.

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Car la France demeure ce pays qui s’auto-persuade d’être « colorblind » : pas question de parler de race ici, encore moins de statistiques ethniques. Être racisé.e aux Pays des droits de l’Homme, c’est s’entendre dire qu’on n’est pas différent tout en subissant systématiquement un traitement à part. Et ce n’est pas un hasard si, au moment de se chercher des modèles, la jeunesse créative qui s’exprime à travers Pour Nous Par Nous n’a eu d’autre choix que de se tourner vers les pays anglo-saxons, où la question raciale s’exprime plus librement. Noah Davis, Lauryn Hill, Virgil Abloh : autant de figures qui éveillent des vocations, qui galvanisent… jusqu’au jour où on réalise que leur réalité n’est pas réellement transposable au contexte français. D’où l’intérêt pour la nouvelle génération d’afro-descendants de parfaire sa construction identitaire en tenant compte de ses propres spécificités. « Je ne divinise pas les États-Unis car il y a une histoire à écrire ici », lâche ainsi la peintre Inès Di Folco. Se comprendre pour mieux s’affirmer.

À entendre le créateur Daquisiline Gomis dire qu’il « n’attend pas le sauveur », on pourrait s’imaginer que ces jeunes créati.f.ve.s racisé.e.s ont fini par se résigner. À tort. La nouvelle génération n’attend plus le changement, elle l’incarne. Si les mentalités de certains finissent effectivement évoluer dans le bon sens, alors elle se tiendra prête à saisir les opportunités qui en découleront. Mais elle ne compte plus là-dessus pour faire bouger les choses. Que ce soit dans la mode, la musique, l’art, ou la cuisine, on prône l’auto-détermination. Les œuvres de Mariama Conteh ne seront politiques que si elle veut qu’elles le soient, tout comme Mory Sacko ne revendiquera son héritage culinaire africain que s’il se sent de le faire.

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Matraqué par le touche-à-tout Warren Mendes, l’entrepreneuriat revient régulièrement comme un levier d’action pour la communauté. Être son propre patron pour ne plus se faire exploiter, se réapproprier le stylo avec lequel s’écrit son histoire et ainsi briser les barrières dont les générations précédentes avaient fini par s’accommoder. On le voit notamment chez la chanteuse Crystal Murray, très alerte du haut de ses 19 ans, qui a créé son propre label pour mettre en avant des talents afro-descendants et leur éviter les « compromis » qu’elle a été amenée à faire dans sa jeune carrière. Plus apaisée, la conversation sur l’inclusivité dans le milieu de la food ne pourrait faire meilleure publicité à l’entrepreneuriat puisqu’elle réunit une tablée de véritables chef.fe.s, dans tous les sens du terme, épanoui.e.s et œuvrant chacun à leur compte.

Pour Nous Par Nous prouve – s’il le fallait encore – la pertinence de ces espaces d’échanges entre membres d’une même communauté. Les sujets sont aussi profonds que le ton peut parfois être léger, laissant percevoir une complicité évidente entre les interlocuteurs. Ce qui trahit peut-être le principal reproche que l’on pourrait adresser au programme : celui de porter presque trop bien son nom. Le cercle est toujours un peu trop clos, et bon nombre de ces créati.f.ve.s sont déjà habitué.e.s à se côtoyer dans les circuits d’un certain microcosme parisien. Quelques-unes de ces conversations auraient très bien pu être amorcées au détour d’une soirée, d’un évènement, d’un repas chez Jah Jah ou depuis le studio de Rinse. Mais paradoxalement, cette critique ne fait que révéler un peu plus le problème de fond : si tout ce beau monde se connait, c’est aussi parce qu’ils sont encore trop peu de racisé.e.s à pouvoir se faire une place dans ces sphères. Espérons donc que cette première série de discussions participe à éveiller des vocations, et contribue à renouveler un casting malheureusement encore restreint.

Cet article est l'expression du point de vue de son auteur, et n'a pas été éditorialement conduit par Converse.

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