Vintage mais contemporaines : les pièces rares descendent dans la rue

Des vêtements anciens aussi modernes que la mode actuelle, c’est le crédo de Byronesque, qui descend des pièces vintage rares de leur piédestal pour les rendre à la rue. Ses fondateurs nous parlent de leur collection, shootée dans les rues de Paris.

par Claire Beghin
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28 Mai 2021, 2:57pm

Regardez-bien toutes les pièces de ce shooting. Chacune ou presque aurait pu être extraite d’une collection d’aujourd’hui, elles ont pourtant 20 ans en moyenne. C’est le travail que s’efforcent de faire Gill Linton et Justin Westover, fondateurs de la plateforme Byronesque : ancrer la mode de la fin des années 90 et du début des années 2000 dans un traitement contemporain, à la manière d’une marque d’aujourd’hui, avec une sélection triée sur le volet d’archives Margiela, Comme des Garçons, Helmut Lang, Alexander McQueen ou encore Jeremy Scott. Leur crédo : vieux ne veut pas dire mieux. Alors que le marché de la seconde main se chiffre aujourd’hui en milliards de dollars, ils tiennent à maintenir un cap de qualité, de rareté et d’une culture de mode pointue, mais pas élitiste pour autant, pour palier la frénésie resell de la fast fashion. Et prouver que oui, consommer vintage, c’est mieux, mais qu’on peut aussi le faire correctement. Pour continuer de faire vivre une mode qui, si elle a sa place dans un musée, mérite tout autant de continuer de vivre dans la rue. 

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Courtesy of Fabien Montique. Holster Top. Helmut Lang, F/W 2003. Tee-shirt, Petit Bateau. Escarpins, Prada. Boucles d’oreilles, Dary’s.

Parlez-nous de votre collection, pourquoi vous être concentrés sur ces créateurs et cette période ? 

Justin : Nous vivions entre Londres et New York dans les années 90, où on sentait cette explosion de créativité, qui a fait émerger des créateurs exceptionnels les décennies suivantes. On avait envie de retrouver cette énergie là et de la ramener dans le monde d’aujourd’hui, plutôt que de  se contenter de regarder en arrière. 

Gill : On a réalisé qu’il y avait un réel besoin, ces pièces étaient introuvables ! Pour acheter du Comme des Garçons de 1994, du Margiela de 1988 ou du Balenciaga par Nicolas Ghesquière, il fallait vraiment le vouloir, faire toutes les friperies du monde et espérer avoir de la chance. Alors on a créé un grand réseau de vendeurs, d’acheteurs et de collectionneurs du monde entier, tous spécialisés dans notre vision du vintage contemporain.

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Courtesy of Fabien Montique. Alaïa Leopard Print Catsuit, 1991, from Byronesque representing Kelly Miller. Sandales, Gianvito Rossi. Boucle d’oreille, Repossi.

Quelles sont vos pièces les plus rares, ou celles dont vous êtes les plus fier.e.s ? 

Gill : D’un côté il y a les pièces « commerciales », les archives Margiela et Balenciaga que tout le monde partage sur Instagram, les harnais Helmut Lang… De l’autre, il y a les pièces moins évidentes, celles pour lesquelles il n’y a pas nécessairement de demande mais qui relèvent de notre intuition. Les collections Chloé du début des années 2000 par exemple, pour l’instant personne ne s’en occupe mais ça reviendra, exactement comme il s’est passé avec Margiela. Ou ce trench Jeremy Scott, qui date de ses premières collections parisiennes, en 1999 ou 2000, quand il travaillait avec Devon Aoki. C’était une époque géniale pour la mode, la dernière avant que le vêtement ne devienne plus qu’un produit industrialisé. Et elle est en train de revenir.

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Courtesy of Fabien Montique. Lace Ruffle Top, Alexander McQueen, ‘No 13’ S/S 1999. Worn over Sheer Lace Dress, Helmut Lang, S/S 1996. Collants, Falke. Sandales, Gianvito Rossi. Boucles d’oreilles, Dary’s.

Comment anticipez-vous le type de vêtements ou marques dont les gens vont avoir envie ?

Gill : Nous avons aussi un service de sourcing, c’est à dire que les gens font appel à nous pour trouver des pièces qu’ils recherchent spécifiquement. Ca nous permet de sentir lorsqu’une demande devient importante. 

Justin : On essaye aussi de faire reémerger des choses auxquelles les gens n’auraient pas encore pensé, mais qui sont dans la continuité de ce qu’ils recherchent en ce moment. Ca passe aussi par un gros travail éditorial pour mettre les pièces en avant, les remettre au gout du jour. On essaye de descendre le vintage contemporain de son piédestal. Ca fait du bien de voir cette combinaison léopard portée au coin d’une rue, plutôt que figée dans un musée ! L’idée, c’est de prouver qu’on peut traiter cette mode la de la même façon qu’une marque de créateur d’aujourd’hui. 

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Courtesy of Fabien Montique. Slash Knit Dress, Helmut Lang, F/W 1996. Gold Thigh High Boots, A.F Vandevorst, F/W 2003, Reissued 2018.

Justement, parlez-nous un peu des pièces que vous avez utilisées pour ce shoot

Gill : Beaucoup de McQueen des premières années, comme cette robe noire que porte la fille sur la trottinette, ou le top et la jupe en cuir gris. McQueen est connu pour des collections mémorables comme Atlantis, mais on essaye de faire émerger des pièces plus confidentielles encore. Celles-là sot très simples, mais quand on réalise de quelle époque elles viennent, elles prennent un tout autre degré émotionnel. Ou ce soutien-gorge noir Gucci, qui avait défilé sur Kate Moss à l’époque. Quand on la regardait marcher, elle incarnait cette attitude un peu ‘You can’t sit with us’, qui n’est plus très à a mode aujourd’hui. Mais à l’époque, on aurait tous voulu être elle.

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Courtesy of Fabien Montique. Jeremy Scott Paris Logo Trench Coat, Jeremy Scott, ‘Duty Free Glamour’ S/S 2000. Débardeur, Petit Bateau. Escarpins, Prada. Boucles d’oreilles, Dary’s.

Quelle relation a-t-on à la mode quand on n’est pas simplement consommateur, mais collectionneur ? 

Justin : On achète moins, on achète mieux et on porte tout ce qu’on possède. Les vêtements sont tellement importants, ils sont à la fois des armures et des projections de soi, c’est à travers eux qu’on construit l’image qu’on renvoie. Notre collection est immense mais elle est concentrée sur ce qui nous représente. 

Gill : Collectionner n’est pas la même chose qu’accumuler. Il faut être sélectif et faire bon usage de ce qu’on achète. Le problème de l’industrie de la revente telle qu’elle est aujourd’hui, c’est qu’elle perpétue cette idée de mode jetable, qu’on peut acheter et revendre aussitôt. En théorie c’est plus écologique, mais en réalité, entre les nettoyages et les expéditions, ça ne tient pas la route écologiquement. 

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Courtesy of Fabien Montique. Backless ‘G’ Logo Hardware Mini Dress, Gucci, S/S 1998. Gants, Causse. Collants, Falke. Sandales, Gianvito Rossi.

Pensez-vous que l’upcycling soit réellement l’avenir de la mode ? 

Gill : Je suis cynique, mais je pense que pour l’instant c’est un peu…

Justin : … Anecdotique ? Le potentiel est grand, mais la bonne formule n’a pas encore été trouvée. 

Gill : On y réfléchit souvent, quand on a des pièces de créateurs un peu trop basiques, ou un peu trop abimées, on se dit qu’il faudrait en faire quelque chose. Mais la seule façon pour que ça marche serait de s’accompagner d’un créateur extrêmement talentueux, pour éviter ce côté « home made » qu’on voit beaucoup pour l’instant. 

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Courtesy of Fabien Montique. Cone Bra, Gucci by Tom Ford, Runway Prototype, S/S 2001.

Y a-t-il des pièces ou des marques qui manquent à votre collection et que vous cherchez encore désespérément ? 

Gill : J’aimerais trouver beaucoup plus de Miguel Androver. Ses pièces ont été produites en très petites quantités, elles sont si rares aujourd’hui. 

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Courtesy of Fabien Montique. Fitted Leather Tank Top and Leather Mini Skirt, Alexander McQueen, ‘Untitled’ S/S 1998.
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Courtesy of Fabien Montique. Asymmetrical Lace Ruffle Dress, Alexander McQueen, ‘No13’ S/S 1999. Collants, Falke. Sandales, Gianvito Rossi.

Crédits

Photographe Fabien Montique @ Home, Directrice artistique et styliste Claire Thomson-Jonville, Mannequins Tomiwa @ Elite et Laiza @ Viva, Directeur de casting Nicolas Bianciotto @ Ikkicasting, Cheveux Olivier Noraz @ Home, Maquillage Camille Lutz @ Call My Agent, Production @ Kitten Production, Assistantes stylistes Tiffany Pehaut et Karina Harb, Assistant photographe Pierre Podevyn, Assistante lumière Marianne Deroudilhe, Digital tech Jérémy Konko.

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