Yarol Poupaud : de FFF à Johnny, une vie sur la route du rock

Guitariste, producteur, membre de FFF, directeur musical de Johnny Hallyday.. Yarol Poupaud a vécu de l’intérieur l’évolution du rock des années 70 à aujourd’hui. Un parcours qui donne le tournis et qu’il raconte dans son livre "Électrique". Rencontre.

par Claire Beghin
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09 Décembre 2020, 5:04pm

Au fil des pages qui composent l’autobiographie de Yarol Poupaud on croise, en vrac, Vince Taylor en peignoir, Joe Strummer évanoui au pied d’une scène, George Clinton sur les marches du sacré coeur, Bob Dylan au hasard d’un concert à Monterey… mais aussi une nounou nommée Isabelle Adjani, le quintet dynamité de la Fédération Française de Fonck, dont il est l’un des membres fondateurs et, bien sur, Caroline de Maigret, avec qui il partage sa vie. On croise aussi et surtout une bonne partie des noms qui ont fait l’histoire du rock ces quatre dernières décennies, sur scène mais aussi en coulisses. Une bible pour qui serait curieux de savoir qui a produit qui, qui a joué avec qui, et quelles rencontres fortuites ont fait naitre quelques légendes. 

On voyage aussi pas mal, du Pigalle des années 80 jusqu’à la dernière tournée de Johnny Hallyday, dont il fut le guitariste et le directeur musical. On passe de la scène de l’Olympia à un bar de Yogyakarta, en Indonésie, où il a joué avec FFF dans une ville survoltée au bord de la guerre civile. On fait un saut dans une prison de Harlem, où il a passé une nuit pour possession de drogue, qui a bien failli faire capoter un concert de Johnny. Puis un détour par un studio de Burbank, où le voisin s’appelle Dr Dre, par la cave du Gibus, où il fut l’un des producteurs et parrains bienveillants des baby rockers dans les années 2000, puis par celle du Lautrec, ce bar de Pigalle où il s’est longtemps produit avec son groupe Black Minou, avec autant d’énergie qu’il l’a fait sur scène avec Johnny devant 80 000 personnes. 

C’est ce parcours d’une richesse hallucinante qu’il raconte dans son livre Électrique, une vie bercée par sa passion indéfectible pour le rock, ses riffs de guitare et ses mythes fondateurs, par des influences musicales qui nous emmènent de Memphis à Kingston et par une curiosité et un enthousiasme restés intactes, comme un gamin passionné qui aurait, presque par hasard, contribué à écrire quelques chapitres décisifs de l’histoire de la musique. Pour i-D France, il en détaille quelques anecdotes. 

La mort d’Elvis 

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« Je suis né à huit ans et demi, le jour de la mort d’Elvis Presley. » raconte Yarol Poupaud en ouverture de son livre. Une découverte décisive qui le propulse dès l’enfance sur le chemin de la musique.

« Petit, il y avait toujours un peu de musique à la maison, notamment des trucs assez rock, comme Dr. Feelgood. Quand j'écoutais, il se passait quelque chose en moi qui me donnait envie de bouger, de me rouler par terre, comme une décharge d’énergie incontrôlable. Mais je n’avais pas identifié ce que c’était. En voyant Elvis à la télé, le jour de sa mort, je me suis dit ‘Mais c’est ça le truc, c’est ça la vérité’. Deux minutes plus tôt j’étais encore en train de jouer avec des Lego, et tout à coup cette chose que je n’avais pas identifié a pris forme. Et c’est resté. Pas plus tard qu’il y a un mois j’ai vu le documentaire The Searcher qui retrace la carrière d’Elvis. Il y a un truc tellement magnétique dans la façon dont il donne corps au rock’n’roll, c’est fascinant. J’imagine ce qu’il a du se passer dans les foyers de l’Amérique bien pensante à l’époque, en 1954 ou 1955, ça a du être une révolution pour les gamins ! Je reconnais ça chez d’autres artistes comme Bob Marley ou James Brown. C’est le rythme, l’attitude, la dégaine, l’ironie aussi, cet espèce de petit regard qui montre qu’en fait, ils déconnent, tout en prenant un pied énorme. »

Pigalle

Yarol Poupaud a grandi à Pigalle. C’est dans ce quartier qu’il s’est initié à la guitare, qu’il a préparé le premier album de FFF dans un hôpital désaffecté reconverti en pépinière d’artistes et que Mathieu Chedid l’a mis, presque par hasard, sur la route de Johnny. Il y vit encore aujourd’hui. 

« C’est un quartier que j’ai toujours adoré. Quand j’avais 13 ans et que j’ai commencé à faire de la musique, je prenais le bus 67 le mercredi après-midi, qui faisait Jussieu-Pigalle, seul ou avec un pote. On se baladait dans le quartier et on bavait comme des gamins devant les magasins de guitares inaccessibles. À l’époque il y avait encore pas mal de prostituées dans les rues, donc on pouvait aussi loucher sur des nanas plus ou moins à poil à travers une vitrine. Dans le bus de retour on était dans tous nos états, on avait vu des instruments et des filles, c’était magique ! Quand on rentrait chez nous c’était un peu comme dans Pinocchio, des oreilles avaient poussé (rires). Le quartier est devenu un peu plus clean, pas mal de magasins de musique ont fermé, les bars à pute sont pour beaucoup devenus des bars à cocktail, mais ça reste un vrai village qui sera toujours lié à la musique et aux artistes. Il se métamorphose, mais il n’a pas dit son dernier mot. »

Un coup de fil de Johnny

En mai 2011, il assure la guitare pour un concert promotionnel de Johnny sur RTL. Quelques heures plus tard, du fond de son lit, il reçoit « la Palme d’or des coups de fil » : Johnny l’invite à le rejoindre sur sa prochaine tournée. Démarre alors une longue aventure auprès du rocker mythique.

« Je m’étais retrouvé à faire des promos avec lui, notamment ce concert d’un soir dans un petit studio d’RTL. En général, en promo, on jouait le single de l’album qu’il défendait mais là, avec -M- [qui avait fait appel à lui pour renouveler le répertoire de Johnny, NDLR], on avait répété un répertoire avec des morceaux assez rock : Gabrielle, Que je t’aime, Ma jolie Sarah… Avec les musiciens on a fait le show devant 150 ou 200 personnes, comme on le faisait au Lautrec. On a tout donné, je m’éclatais et je voyais que Johnny prenait son pied aussi, il se marrait, c’était génial ! À ce moment là il devait repartir aux USA pour préparer sa tournée, je ne pensais pas que ça irait plus loin. Et là, à 2h du mat, il m’appelle pour me proposer de partir avec lui. Je me pince un peu, je me dis qu’il changera d’avis, qu’il va me planter… et puis non ! 

Je me suis retrouvé dans la position de directeur musical de la tournée, avec une grosse responsabilité parce que son retour sur scène était forcément très attendu et qu’il voulait prendre un virage un peu plus rock, dont j’étais un peu à l’origine. Pour un musicien, jouer dans une cave ou dans un stade, c’est la même chose en fait, mais l’enjeu est différent quand tu te retrouves dans une machine aussi énorme. J’ai eu la chance d’avoir carte-blanche. Je me suis éclaté; j’ai pu me faire remonter les bretelles aussi, comme la fois où on m’a engueulé parce que j’étais passé devant lui sur scène. Lui il était content au contraire, que ses musiciens prennent de la place et qu’ils s’éclatent. J’ai pris mon pied comme si je jouais avec des potes… ce qui était finalement le cas. »

Caroline de Maigret

En 2003, Yarol Poupaud fonde le Yarol Rock’n’Roll Trio avec Adan Jodorowsky et Ghani El Hindy, tous trois anciens des Hellboys, le premier groupe enregistré sur son label Bonus Tracks Records. Lors d’un concert au Chesterfield Café, il rencontre Caroline de Maigret.

« J’ai vu sa tête qui dépassait du public et je me suis dit ‘C’est qui cette nana ?’ Après, ça a été une évidence. Voilà, c’était elle quoi ! C’était un peu compliqué parce que j’étais maqué à l’époque, et qu’elle était impressionnante (rires), mais petit à petit on a commencé à se voir, à parler musique, ciné, à discuter de l’éventualité de bosser ensemble… Il a très vite été évident que j’avais envie de vivre avec elle et de lui faire un enfant. C’est un luxe inouï, de ne plus avoir à se préoccuper de rencontrer l’âme soeur. De savoir qu’on est avec quelqu’un qu’on aime, qui nous aime et avec qui, j’espère, on va finir nos jours. Moi j’ai eu cette chance. Bien sûr, c’est jamais gagné, mais c’est une sensation hyper rassurante. »

Une nuit en prison à Harlem

Par le biais de la musique, il a sillonné New York, Jérusalem, Kinshasa ou Buenos Aires. En octobre 2012, il est attendu à Épernay, première date d’une nouvelle tournée de Johnny. La veille, il est embarqué à la sortie d’un club new-yorkais, après avoir tenté de balancer discrètement un sachet de cocaïne. 

« La connerie surtout, c’est que je me suis comporté comme un apprenti rocker, j’ai balancé le truc par terre et j’aurais jamais du, ce serait passé tout seul (rires) ! J’aurais même pas du sortir ce soir là, mais je suis d’un naturel curieux, j’ai une vraie liberté de mouvement. J’ai tout le temps envie de profiter, de faire tout ce qu’il est possible de faire. Si je me retrouve à Jakarta pour un concert et qu’on me propose d’aller à l’autre bout de la ville parce qu’il s’y passe un truc de dingue ou qu’un musicien de fou est en train de se produire, je vais pas rester à l’hôtel, je vais y aller ! S’il y a une possibilité de vivre des aventures je fonce, quitte à ce qu’elles soient nulles ou qu’elles me mettent dans la merde, d’ailleurs. »

Une date sur scène

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Au fil de sa carrière, Yarol Poupaud s’est produit sur scène avec, entre autres, Niagara, Winston McAnuff ses groupes FFF, MUD et Black Minou, puis assuré plus de 200 dates avec Johnny. 

« Des dates marquantes, il y en a eu beaucoup, notamment celles avec Johnny dans des lieux mythiques comme le Royal Albert Hall ou le Beacon Theater. Mais si je ne devais en garder qu’une ce serait la première fois que j’ai joué à l’Olympia avec FFF [en 1996], avant que la salle ne soit reconstruite. À ce moment là j’ai eu un flash de Chuck Berry, que j’avais vu sur cette même scène quand j’étais môme. C’était comme un accomplissement. J’en rêvais tellement, de me retrouver là haut, que si ma carrière s’était arrêtée là, j’aurais réussi mon rêve de gosse : jouer de la guitare avec mes potes dans cet endroit où les plus grands étaient passés. »

Un album

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Depuis 2018, Yarol Poupaud se produit en solo. Son premier album Yarol est paru en février 2019.

« Si je dois choisir un album ce sera mon prochain, qui devrait sortir fin mars ou début avril. J’en suis vraiment très fier. On a commencé à bosser dessus il y a un an et demi, pendant la tournée du premier album. J’ai tout écrit avec mon pote Victor Mechanick, un jeune musicien de 28 ans, très talentueux. Il me sort un peu de mes habitudes de composition, il m’ouvre à de nouveaux horizons mélodiques, à de nouvelles façon de faire de la musique. On a mixé l’album à Motorbass, le fantastique studio de Philippe Zdar. Je suis toujours content à l’idée de sortir un nouveau disque. J’ai du mal à revenir en arrière. À la fin d’un projet, la seule question que je me pose c’est ‘Alors, qu’est-ce qu’il se passe ensuite ?’ »

Électrique de Yarol Poupaud avec la collaboration de Frédéric Béghin, éditions Plon.

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