Susan Kandel a passé dix ans à photographier les maisons des autres

Ses photos ouvrent une étrange fenêtre sur les vies d’inconnus.

par Zoe Whitfield
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12 Avril 2021, 12:15pm

Susan Kandel n’est pas catholique, mais lorsque le Pape Jean Paul II s’est rendu aux États-Unis en octobre 1979, elle a pris son appareil pour rejoindre les foules qui s’étaient réunies à Boston. « Je n’ai pris aucune bonne photo ce jour là, mais j’ai rencontré deux familles absolument incroyables » se souvient-elle. Après avoir discuté ensemble, les deux familles ont invité Susan à les prendre en photo chez eux. Cette relation a continué pendant dix ans, et la photographe a constitué une oeuvre unique qui témoigne des scènes de tendresse qui ont lieu au quotidien. Quatre décennies plus tard, la série est publiée sous forme de livre, publié par Stanley/Barker, et simplement titré, At Home.

Quand elle était jeune, Susan n’était pas particulièrement intéressée par la photographie. Ses parents lui ont donné un appareil photo lorsqu’elle a terminé l’université, « cela ne m’avait pas traversé l’esprit que je voulais devenir photographe », tout ce qui lui importait au début, c’était de ne pas le casser. Mais en partant pour un road trip cet été là, elle a commencé à prendre des photos de paysage, et ce faisant, « je me suis rendue compte que lorsqu’on a un appareil photo en main, on se rend compte de choses que l’on aurait jamais remarquées auparavant. Je suis devenue observatrice, et ça m’a plu ». Quelques années plus tard, elle a commencé à se pencher plus sérieusement sur le medium et a suivi un workshop dans l’État du Idaho. En rentrant à Boston, elle a pu suivre des cours au Massachusetts Institue of Technology en échange de son aide dans le labo photo. « C’était un bon endroit où débuter. Je croyais que le MIT était un lieu rigide, un lieu qui n’aurai pas de sens pour moi, mais le labo était incroyable, j’ai beaucoup travaillé là-bas ».

a young girl has her chin in her hands, lying across a chair with a man's legs crossed to her right and a tv screen behind her

Avant l’épisode de Boston Common, Susan avait photographié des familles à Revere Beach. Mais à partir de là, la maison est devenu son lieu de prédilection. « Quand on photographie des gens à l’extérieur, le background des situations est laissé au hasard, parfois cela fait sens et parfois non. J’ai grandi dans une maison où on ne pouvait pas laisser trainer nos affaires, tout devait être constamment bien rangé, tout devait revenir à sa place une fois qu’on avait terminé de l’utiliser. J’avais l’impression de ne faire qu’effacer les traces de mon passage ». Les espaces dans At Home sont tout l’inverse. Chaque cadre est chargé, avec des personnages pleins de vie au premier plan et des papiers peints élaborés à l’arrière.

Dans l’introduction du livre, Susan revient sur la manière dont les choses, les objets qui construisent l’espace domestique, sont capables de créer de véritables mondes. Elle décrit chaque maison comme « un monde à part ». « J’adore regarder un espace et avoir une notion de la manière dont les gens vivent, ce qu’ils ont fait de leurs journées, des choses comme ça. Certaines familles avaient des images religieuses ou des objets de ce type, ce qui m’a complètement fasciné. Je ne suis pas catholique, mais mon mari l’était et il m’expliquait ce qu’était telle ou telle chose. J’en avais personnellement aucune idée. Mais les choses de la maison, les choses qui entouraient les personnages, j’adorais voir ça, voir ce que les enfants avaient dans leurs chambres ou sur les murs ».

a man holds a duck, and an elderly woman besides him has a baby on her lap

Si les photographies sont principalement documentaires, il y a quelques images où les enfants prennent la pose, clairement intéressés par l’appareil de Susan. C’était l’un des risques du métier selon elle. « Ils commençaient à sourire, ou bien faisaient le signe de la paix, ou rigolaient simplement. Je prenais quelques photos comme ça, pour leur donner, mais les enfants qui ignoraient ma présence étaient indéniablement mes sujets favoris ». À travers la série, entre portraits et photographies documentaires, le fil rouge est l’intimité entre la photographe et les familles, étrangers quelque temps auparavant.

« J’entends d’autres photographes expliquer comment ils préfèrent apprendre à connaitre leurs sujets avant de les photographier. Je comprends ce qu’ils disent, mais j’ai sauté cette étape et je préfère apprendre à connaitre les gens en les photographiant » explique Susan. D’abord en restant quelques heures, puis en revenant, parfois pour le diner, elle pouvait ainsi capturer tout ce qui fait la vie du quotidien : les moments de jeu, les moments du coucher, les baptêmes et les anniversaires. « J’adore l’intimité de ces photos et de ces situations. Ces gens se sont vraiment ouverts à moi, avec tellement de générosité. Parfois ça ne se passait pas vraiment, mais quand cela se passait, c’était incroyable et j’en suis tellement reconnaissante ».

At Home est disponible ici.

Cet article a été initialement publié par i-D UK.   

a child holds an american flag in his mouth, with a poster of a tiger behind him
a girl wearing a formal white dress stands closely in front of a tv screen
a young boy in a formal white outfit stares into the camera, and an older man and woman face the other way
a young girl sits on a bed with her eyes closed, another girl's legs can be seen climbing on a desk in the background
a young girl in a white shirt stares into the camera, behind her a pile of barbie dolls lie on a window sill
a young girl sat on the floor hugs teddy bears, while other children's legs appear but their top halfs are out of shot
a young girl holds a balloon outside a faded old wooden front door

Credits


All images courtesy of Susan Kandel

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Culture