Courtesy of Bryan Liston - Vie Chidiac

Grands espaces et femmes libérées : l’échappatoire selon Bryan Liston

A 28 ans, le photographe américain a fait des femmes et de leur corps un sujet d’étude tout en douceur, sensibilité et liberté.

par Patrick Thévenin
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01 Avril 2021, 9:33am

Courtesy of Bryan Liston - Vie Chidiac

Il y a quelque chose de fascinant, de l’ordre du vertige, quand on tombe sur le compte Instagram de Bryan Liston et ses centaines de filles, le plus souvent shootées en noir et blanc, quasiment nues, sans maquillage, ni artifices, et dans des coins de nature semblant isolés de tout. Comme si toutes ces femmes avaient été surprises presque par hasard, saisies dans un bref instant d’intimité partagé, et donc d’éternité.

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​Courtesy of Bryan Liston - Alyssa Brown

Bryan Liston est né il y a 28 ans dans une petite ville du fond du Texas, un des états les plus conservateurs des États-Unis, il grandit dans une famille middle-class typiquement américaine, son père est un passionné de photographie qui va plus tard se diriger vers la sculpture, sa mère travaille dans le secteur de la banque. « Je ne dirais pas que c’est mon père qui m’a enseigné les bases pratiques de la photo, explique Bryan, il a surtout guidé mon goût et mes inspirations. Il y avait chez nous, quand j’étais enfant, un peu partout dans la maison, beaucoup de livres d’art et de photographies, des peintures et des posters au mur, et notamment beaucoup de photos de nus exposées. Ça me terrifiait un peu, j’étais un garçon très timide, et j’avais peur de faire venir des amis à la maison et qu’ils tombent dessus. Le Texas est très conservateur, ce n’est pas quelque chose de courant là-bas. » Suivant l’exemple de son père, mais sans penser une minute qu’il en fera un jour carrière, Bryan prend l’habitude de trimballer avec lui son appareil photo argentique lors de ses road trips avec ses proches. « Je n’étais pas un garçon très assidu au collège, j’avais l’impression d’avoir fait le tour de ce que je devais apprendre. Je préférais partir en virée avec mes potes et m’éclater, je prenais des photos sans but précis, juste pour immortaliser un instant précis de bonheur et de rigolade partagé, je ne leur disais pas “On va aller jusqu’à ce lac et on fera des photos“. Mon appareil photo ne me quittait pas, mais c’était un objet secondaire. »

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​Courtesy of Bryan Liston - Rose Smith

A 24 ans, à l’exemple de sa bande d’amis qui a quitté le Texas pour aller travailler à New York, Bryan suit le mouvement, accumule les petits jobs et poursuit plus précisément son travail de photographe, forgeant petit à petit un style qui lui est propre, à la fois intime et distant, sensible et puissant, naturel et sophistiqué, et qu’il semble bien incapable de décrire : « Je ne réfléchis pas vraiment à mon travail en termes de mots que je pourrais poser dessus, je préfère les gens se laisser aller à leurs émotions et ressentis quand ils regardent mes photos. Pour moi, ce sont juste des portraits de personnes que je connais bien et avec qui je passe du temps, en fait j’ai plus de choses à raconter sur le temps qu’il faisait ce jour-là lors de la prise de vue. Est-ce qu’il pleuvait ou neigeait, faisait-il chaud ou froid, combien de temps ça nous a pris pour aller sur place ? »

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​Courtesy of Bryan Liston - Rose Smith

Bryan opère en effet toujours de la même manière, très tôt dans la journée, sur les coups de 4 ou 5 heures du matin, il quitte New York pour s’enfoncer dans la campagne, shoote rapidement, entre 30 minutes et 1 heure maximum, pour capturer au mieux la lumière opalescente et la fragilité troublante de l’aube, le moment qu’il préfère dans une journée. Il opère avec peu de gens, ni stylisme ni maquillage et, éternel timide, parle peu. « Je ne travaille qu’avec des gens avec qui j’ai un lien personnel fort, ça ne m’intéresse pas de photographier une inconnue et de ne plus jamais la voir ensuite. Je suis content quand le modèle comprend ce que j’essaie de traduire en photo et ce que j’attends d’elle en termes de pose, de posture ou de mouvement. J’aime quand il suffit d’un regard pour qu’on se comprenne, je ne suis pas quelqu’un de très directif ou qui donne beaucoup de consignes, je suis pour laisser les filles s’exprimer naturellement et être elles-mêmes. Et puis on est en pleine nature, souvent très tôt le matin, dans des endroits déserts et ce ne sont pas des lieux où on parle fort ! »

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​Courtesy of Bryan Liston - Rebecca Shugart

Fille plongée dans un lac à la surface laiteuse situé au milieu de nulle part, chevauchant nue un cheval sous les bourrasques de neige, prises comme sur le vif se lavant les cheveux, tombée de skate les quatre fers en l’air au milieu de la nuit sans rien sur le corps, émergeant de l’eau tel un dauphin, enfilant sa jupe au milieu des champs : Bryan a fait des femmes et de leurs corps, le plus souvent dénudés, sa marque de fabrique. Le tout doublé d’un respect pour ses modèles qui évite toute complaisance érotique, tout regard trouble ou male gaze, comme s’il offrait à toutes ces filles une liberté et une joie retrouvées avec leur corps et leur féminité. Un choix qu’il justifie en ces termes : « Je ne photographie quasiment que des femmes parce qu’elles sont plus fortes et intelligentes que nous les hommes. Il m’est arrivé de shooter des garçons auparavant mais ils sont beaucoup plus sur la défensive, ils hésitent beaucoup à se lâcher, prennent des attitudes stéréotypées. Avec les filles les choses sont plus fluides, elles bougent naturellement devant l’objectif, se sentent en confiance et donc se livrent plus. J’essaie de capturer une forme de naturel, quelque chose d’inhérent au corps humain, c’est pour ça que mes modèles sont le plus souvent dénudées, mais d’une manière simple, jamais vulgaire. J’ai grandi au Texas qui est un état très prude et qui considère la nudité comme un péché alors que pour moi c’est surtout une célébration du corps et de la nature. »

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​Courtesy of Bryan Liston - Rose Smith

Repéré par le photographe iconique, Glen Luchford, Bryan qui n’ose pas encore se déclarer photographe professionnel, a su tout doucement se faire un nom qui commence à raisonner dans le monde feutré de la photographie, mais aussi dans la mode. Le jeune artiste refuse de vendre ses photos, malgré les propositions qu’il reçoit constamment sur son Instagram, il réfléchit plutôt à publier un livre, cultive la prudence comme la distance, et ne cherche surtout pas à dévier de sa ligne de conduite et de sa manière d’opérer quasi artisanale : « Shooter pour une marque ce n’est pas exactement la même chose que quand je travaille pour moi. Déjà il y a beaucoup de monde présent alors que j’ai tendance à préférer les équipes réduites au maximum, le mieux étant mon modèle et moi. Et puis surtout ça parle beaucoup, on doit souvent expliquer ce qu’on fait, alors que j’aime quand les shootings sont silencieux. Pour faire simple, déclare-t-il en riant, dans mon travail personnel je bosse beaucoup et je parle peu alors que c’est le contraire dans la mode ! »

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​Courtesy of Bryan Liston - Nour Lwasi
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​Courtesy of Bryan Liston - Logan Avidan
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​Courtesy of Bryan Liston - Logan Avidan
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​Courtesy of Bryan Liston - Lily Vogt
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​Courtesy of Bryan Liston - Gracie Hartzel
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​Courtesy of Bryan Liston - Aylah Peterson
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​Courtesy of Bryan Liston - Aylah Peterson
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​Courtesy of Bryan Liston - Anna De RIjk
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