jazzboy va vous faire préférer l'enfer au paradis

L'artiste sort aujourd'hui deux versions live, clipées, de son morceau « 4ever » : une en enfer, l'autre au paradis. Le résultat est à l'image de Jazzboy : un peu fou, toujours plus libre.

par Antoine Mbemba
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16 Mai 2019, 10:01am

Il y a deux ans, nos oreilles tombaient, presque par hasard, sur la carte de visite de Jazzboy : une chanson éponyme, qu’accompagnait le clip d’un faux talk-show où la présentatrice présentait « un jeune homme venu de Jazz City, en France ! » Il ne fallait pas s’arrêter au nom, qui est davantage l’expression d’une énergie. La musique de Jules Cassignol est quasi impossible à strictement décrire. Son Ep, Jesus Jazz, sorti en novembre dernier, en était la confirmation. Il y était question de mort, de comment l’on choisit de vivre une fois que l’on sait qu’on y va, inéluctablement. Mais jamais la musique de Jazzboy ne sombre dans le funeste. Elle préfère l’exploration, l’expérimentation où se croisent pop, funk, synth-pop et plein d’autres choses.

Chaque fois qu’on l’a interrogé, on a bien compris que Jules ne calcule pas grand-chose, il suit le gré de ses envies et c’est sûrement pour ça que son art en ressort si libre. En début d’année, il nous disait ne pas encore savoir où emmener Jazzboy en 2019, dans la musique, la vidéo ou la scène. Il semblerait qu’il ait choisi de faire (au moins) les trois à la fois. Avec encore la mort en toile de fond, et le morceau « 4ever » (extrait de Jesus Jazz) en bande-son. Il en a enregistré, et filmé, deux sessions live. Un dyptique : une version « paradis », une version « enfer », projetées lundi dernier au milieu d’une installation artistique.

« J’avais envie de faire une vraie performance live, dans un espace divisé en deux expériences bien distinctes, explique Jazzboy. J’ai directement pensé à l’enfer et au paradis. Le morceau parle de ce moment où l’on s’endort, où tout s’évanouit, où l’on meurt. Cet entre-deux qui traverse tout mon EP. Ça m’a permis de jouer avec le bien et le mal, de considérer qu’on peut voir le bien dans le mal et le mal dans le bien. » La session paradisiaque est enveloppée d’un blanc immaculé, d’un ange (joué par Lucie Garrigues), d’une harpe soigneusement pincée (par Camille Delvecchio) et d’un Jazzboy au clavier. Dans l’itération infernale, la joueuse de harpe gît, en sang. Le même qui recouvre le même ange et le même Jazzboy, ici à la guitare électrique. Des décors reproduits en deux pièces, lundi dernier, où les deux versions tournaient en boucle. « Une femme m’a dit qu’elle se sentait beaucoup moins à l’aise au paradis qu’en enfer. C’est ce que je cherchais à provoquer : l’ambiguïté du vice. »

De son côté, Jazzboy s’est peut-être senti mieux « dans l’espace de l’enfer. Il y a quelque chose de plus franc. Quand on voit le paradis avant l’enfer, on est étrangement angoissé par le premier. L’enfer paraît presque plus apaisé. » On vous laisse vous faire une idée. Jules a été invité à l’ouverture de l’exposition Dubuffet au Mucem, dans quelques jours, pour reproduire cette dichotomie en live. Et puis la suite sera comme d’habitude, au gré des envies, qui semblent se tourner « vers la vidéo ». Et toujours aux prises avec un sujet infini. « La mort me permet d’explorer des sujets différents, comme le paradis et l’enfer, les codes de la spiritualité, le bien et le mal. J’ai envie d’interroger la manière dont nous, les humains, avons traité ces questions depuis la nuit des temps. Plus je fouille, plus je comprends des choses qui me donnent envie de vivre. » À vous de voir si vous suivez Jazzboy jusqu’en enfer. Nous, oui.

Le 29 juin, Jazzboy jouera au Macki Music Festival, dont i-D est partenaire.

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