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les disques qui ont changé la vie de dj shadow

À l'occasion de la sortie de son dernier LP, i-D s'est plongé dans la bibliothèque musicale de l'artiste pour en exhumer les plus belles perles. Voilà les titres, samples et singles qui inspirent DJ Shadow, encore et toujours.

par Francesca Dunn
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18 Août 2016, 1:20pm

Josh Davis aka DJ Shadow a rythmé et façonné le paysage musical de ces 25 dernières années. L'homme a joué un rôle (immense) dans l'univers du hip hop expérimental. C'est son tout premier LP, Endtroducing….. qui lui a valu d'être reconnu avant que son single In/Flux marque l'apogée de sa carrière de mélomane capable de créer des ponts de très grande qualité entre les genres musicaux, à grand renfort de samples bien choisis. Toujours dans l'expérimentation, DJ Shadow vient de sortir son dernier LP, The Mountain Will Fall. Un travail à mille mains en collaboration avec Run the Jewels et Nils Frahm. Histoire de rendre à Shadow ce qui est à shadow, i-D s'est plongé dans sa bibliothèque musicale pour en exhumer les plus belles perles. Voilà les disques, les titres et les singles qui ont changé la vie de DJ Shadow. 

Quel est le premier disque que tu as acheté ? 
"L'album Freedom of Choice de Devo en 1980. J'étais dans un centre commercial avec mes parents et ils m'ont dit entre les rayons 'prend ce que tu veux pour ton anniversaire'. J'aimais la musique genre futuriste. J'avais entendu Whip It à la radio et j'avais décidé de kiffer ce son. J'avais 8 ans à l'époque et je n'avais qu'un lecteur de cassettes à la maison. Donc j'ai acheté la cassette."

Le premier concert auquel tu t'es rendu ?
"Def Jam 88, au Oakland Coliseum. C'était une tournée rassemblant Rush (Russell Simmons) et des artistes comme Run D.M.C., Jazzy Jeff et Fresh Prince, EPMD, et surtout mes héros de toujours, Public Enemy. J'avais 15 ans et j'étais accompagné d'un de mes mentors, un Dj du nom de Oras Washington. Il m'avait promis un accès backstage, qu'on nous a refusé. Mais j'ai quand même réussi à obtenir des autographes de tout le monde."

Le titre qui te rappelle ton enfance ?
"J'ai grandi aux States dans les années 70. À la télé, le truc à pas manquer c'était Sesame Street. La plupart des sons les plus connus étaient écrits par un auteur/compositeur qui s'appelait Joe Raposo, dont le talent n'est pas reconnu à sa juste valeur, ce qui est vraiment dommage. Lui et John Williams à l'image, font partie de mon enfance."

Le son qui t'a fait comprendre à quel point la musique était puissante ?
"Le tout premier son que je me suis vraiment approprié, au point de le chanter tout le temps, c'était Funkytown de Lipps, Inc. J'imagine que c'est à cause des voix robotiques passées au vocodeur qui me rappelaient mes films fantastiques préférés comme Battlestar Galactica. Y'avait plein d'autres sons avant celui-là dans ma vie mais c'était plus du genre 'mon papa adore cette chanson, et elle est pas si mal.' Là, c'était différent, c'était mon truc."

Celui qui t'a donné envie de devenir DJ ?
"J'ai commencé à écouter du rap et du hip hop en 1982. The Adventures Of Grandmaster Flash On The Wheels Of Steel a probablement changé ma vie. Et c'est avec Roxanne, Roxanne, de UTFO, que j'ai réellement compris qu'un DJ pouvait être un grand musicien. Au même titre qu'un bassiste ou un qu'un batteur. Les DJs comme Jam-Master Jay de Run D.M.C. avaient l'air tellement cool. Il forçait le respect. "

Originaire de Californie, quel son te rappelle chez toi ?
"Soit Let Me Ride by Dr. Dre soit I Got 5 On It de The Luniz. Les deux sont mes inconditionnels. Let Me Ride est plus L.A. 5 est exclusivement un titre de Bay Area, d'où je suis né. De retour d'une tournée hyper prenante, une fois, j'ai vraiment eu le mal du pays. Le dernier concert se tenait en Bulgarie, et pour rentrer chez moi, j'ai pris l'avion. À l'aéroport, j'ai entendu ce titre, comme une évidence. Il me murmurait "rentre à la maison". 

Tu écoutais quoi au moment de la sortie d'In/Flux?
"Un peu de tout à vrai dire. Avec du recul, c'est le moment où j'ai commencé à me calmer sur le rap, à moins sauter sur chaque nouvelle sortie de chaque single de chaque nouveau rappeur. J'avais l'impression que l'âge d'or touchait à sa fin. Je me suis mis à réécouter de la soul, du rock et du jazz pour trouver de nouveaux samples."

La sortie Mo'Wax que tu préfères ?
"Probablement un truc entre 2000 par R.P.M. et The Plot de The Prunes. J'ai jamais été fan de tout ce James faisait mais je dois dire que ces deux-là dérogent à la règle. Ça collait parfaitement à la vision et au potentiel de Mo'Wax."

Quel titre aurais-tu aimé écrire ?
"Tellement. J'en écoute tous les jours. Si je suis devenu DJ c'est parce que j'ai toujours été un inconditionnel fan de musique. La liste serait trop longue."

Quel est le dernier titre, album, disque, que tu as acheté ?
"Vu que la musique est essentiellement gratuite et disponible aujourd'hui, ça devait être un son que je voulais inclure dans mon Essential Mix pour BBC1. Impossible de me souvenir de ce que c'était. C'était un truc "donne ce que tu veux" sur Bandcamp. Je donne toujours quelques dollars quand c'est possible. Le dernier album digital que j'ai acheté, sinon, c'est le dernier Kendrick Lamar, Untitled, Unmastered."

Qu'est-ce qui t'a amené à collaborer avec Nils Frahm sur TMWF ? Quel est ton titre préféré de lui ?
"Je voulais pas que l'album soit fait en feat avec des chanteurs. Je voulais au contraire faire intervenir d'autres musiciens, issus d'autres genres et milieux que moi. Hammers est le titre qui m'a conduit tout droit à Nils."

Le titre que tu adores sans trop savoir pourquoi ?
"Je suis un fan secret de la pop bien écrite. Je pourrais citer le titre Lotta Love de Nicolette Larson, par exemple. J'ai compris très tard que c'était une reprise de Neil Young. Un autre classique, I'll Be Around de The Spinners. La décennie 70 reste un vivier intarissable de musique bien écrite et bien pensée."

Qui sera la prochaine star du hip hop ?
"Celui qui saura mêler originalité, créativité et talent. Les noms changent, les règles demeurent les mêmes."

Ton sample préféré ?
"Encore une fois, dur à choisir. Je dirais The Madness Subsides par Pekka Pohjola, un jazzman finnois. C'est celui qu'on retrouve dans mon titre Midnight In A Perfect World." 

Credits


Texte : Francesca Dunn