tout ce que la mode doit à mylène farmer

La plus flamboyante des chanteuses françaises a sorti un nouvel album. L'occasion de revenir sur ses périodes mode les plus marquantes, de JPG à Thierry Mugler en passant par Franck Sorbier.

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oct. 3 2018, 2:24pm

Mylène Farmer appartient aux suggestions d'écoute YouTube dont on préférerait se passer lorsqu'on laisse son ordinateur ouvert en soirée. Jusque là, seul son clip réalisé par Abel Ferrara permettait de justifier son plaisir coupable. Désormais, vous pourrez compter sur ses collabs mode et égrener le nom de Paco Rabanne à quiconque vous accusera de ringardise (ou vous conseillera de faire votre coming-out). Car la mode et Mylène, c'est une vieille histoire. Pour sa collection haute couture automne/hiver 2012, Jean-Paul Gaultier faisait d'elle sa mariée, l’invitant à clore son défilé sur les notes de « Libertine » toute de noir vêtue. Un hommage à une collaboration vieille de plus de vingt ans, célébrant le kitsch, l’exubérance, et la subversion. Plus récemment, le jeune créateur Ludovic de Saint Sernin lui dédiait sa collection automne/hiver 2019, célébrant une garde-robe empreinte de nostalgie, érotique mais unisexe, révélée sur les notes entêtantes du plus genderless de ses tubes - « Sans contrefaçon ». L'histoire a tendance à l'oublier, mais avant d'inspirer des collections à de jeunes créateurs, Mylène a aussi donné vie à des costumes de scène hésitant entre futur et éternité, habillant de cuir et de cols lavallière le personnage qui fait son succès : un mélange de paradoxes, de hardiesse et de sensibilité, capable de larmes et de tendresse mais aussi de fessées. Que ceux qui ne l'ont jamais vue sur scène se rassurent : son dernier album à peine sorti, la star a annoncé une nouvelle tournée. Alors en attendant de savoir dans quelle galaxie elle prévoit d'aller, retour sur les liens entre Mylène, la mode et le cosmos en 5 moments clés - qui vous permettront de briller en soirée.

La cravache et la lavallière

1988 : Ainsi soit je… est un carton, lui permettant de se hisser en tête des charts pour ne plus jamais les quitter. Et pour cause : le disque contient « Sans contrefaçon » et « Pourvu qu’elles soient douces » – deux hymnes entrés au panthéon des tubes de la variété française (et dans les playlists de toutes les boîtes gays). C'est aussi le début de clips extensibles signés Laurent Boutonnat qui lui permettent d'installer une image de femme-enfant à la fois espiègle, libertine, sensuelle et désarticulée. La mise en scène d'époque plante le décor : après avoir dormi nue sous sa longue chemise de nuit, le clip de « Pourvu qu’elles soient douces » la voit enfiler une veste d'officier lui donnant l'allure d'un tomboy à peine sorti de la puberté. Neuf minutes et tout est déjà là : loin du simple gimmick esthétique, le travestissement annonce son goût pour l'anamorphose, la transformation et l'hybridité - autant de thèmes qui lui vaudront le soutien inconditionnel de son public LGBT.

L'executive woman (version française)

En 1989 commence la première tournée de Mylène. Pour son baptême du feu, c’est Thierry Mugler - alors au faite de sa gloire - qui réalisera ses tenues de scène. Une réunion logique : ancien danseur, le créateur célèbre le spectacle, l’hybridité des corps et oeuvre à l'avènement d’une executive woman qui déambule sûre d'elle vêtue d'un tailleur aux épaules démesurées. Bien avant de créer celles de Beyoncé, peu après avoir refusé de travailler pour Michael Jackson et Madonna, Mugler accepte de créer les tenues de scène de Mylène. Pour elle, il imagine une silhouette entre le Gavroche frondeur et la femme puissante qui lui tient à coeur. Qu'elle danse dans son costume coupé trop large ou minaude moulée dans des cuissardes assorties à ses gants, Mylène y rayonne en rouge et noir, fondant une dualité esthétique qui fera sa légende, entre l'enfer, les ténèbres et le paradis.

La mode futuristico-métaphysique

En 1996, Paco Rabanne est plongé dans de grandes réflexions métaphysiques. Les planètes s'alignent pour lui confier la création des costumes de scène de Mylène - un résultat qui appartient désormais à l'histoire (et heureusement aussi un peu à YouTube). De l'argent, du miroir et du gris scintillant pour habiller chaque parcelle de sa peau et des pièces suffisamment kaléidoscopiques pour faire de Mylène un être à la croisée des temporalités, trop céleste pour vivre vraiment sur Terre, trop humaine pour venir d'une autre planète. Pattes d'eph, brassière, cuissardes, ongles, fard à paupière : seule sa chevelure flamboyante détonne dans ce look qui lui permet d'explorer une nouvelle facette de sa féminité. Sculpturale et futuriste, elle délaisse la silhouette de ses débuts pour embrasser une vision totale du monde : lancée à sa conquête, plus rien ne pourra désormais l'arrêter.

Les prémices de Game of Thrones

La fuite de l'instant est partout chez Mylène. « C’est ça le temps qui passe » répète-t-elle à l'envi dans « Optimistique moi », consciente que rien ne peut aller contre la finitude des êtres et du monde. Est-ce la raison pour laquelle elle s'attache à traverser le temps avec autant de célérité ? C'est en tous cas ce que suggèrent ses différentes collaborations. Avec Franck Sorbier, elle retourne à sa fascination pour une époque qu'elle ne connait qu'à travers les contes. À en voir le résultat, force est de constater que c'est sans doute cette percée temporelle qui a pris le plus gros coup de vieux. De cette union, on gardera l'image de sa robe à traîne moyenâgeuse, offrant au regard des broderies dorées sur rouge sang. Si le résultat semble aujourd'hui assez proche de ce que proposent les boutiques de costumes de la Cité de Carcassonne, reconnaissons-lui son pouvoir d'anticipation : avant nous tous, Mylène avait prédit le retour de hype de l'ésotérisme et le succès de Game of Thrones.

Le chic du mauvais goût

Certaines rencontres semblent de l'ordre de l'évidence. Franchement, à y réfléchir deux minutes, quoi de plus sensé que la réunion de Mylène et JPG ? Comme elle, il a ses détracteurs et ses fanatiques. Comme lui, elle a oeuvré à assouplir les contours de la féminité, en faisant de la subversion le moteur de sa création. Du bon et du mauvais goût, Mylène n'en a cure. Elle préfère poursuivre l'éternité, ce à quoi elle s'attache avec « Timeless », le nom de sa dernière tournée pour laquelle JPG oeuvrera en coulisses à la création des costumes. Mi-femme, mi-alien, elle débarque dans une soucoupe imaginaire moulée dans un justaucorps chair. Voiles rosés, corset écru et traîne en mousseline, elle incarne le corps contraint et la féminité sculpturale si chère à JPG, en même temps qu'elle s'affranchit de la rigidité des carcans qui l'entourent. Nichée dans la superposition, l'identité affleure, insaisissable et fluctuante. Car entre la veuve noire, le garçon manqué, la pute perverse et la vierge effarouchée, Mylène n’a jamais tranché - et c'est précisément pour ça qu'on ne cessera jamais de l'aimer.

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