PLK – Pas les mêmes (mixtape Platinum)

ça y est, plk peut s'asseoir à la grande table du rap français

Après un album avec son groupe Panama Bendé et deux mixtapes en 2017 et mars dernier, le rappeur français vient confirmer sa trajectoire en solo avec un premier album. Les rimes sont de plus en plus sincères, le flow toujours ciselé.

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05 Octobre 2018, 11:04am

PLK – Pas les mêmes (mixtape Platinum)

Aucun autre genre musical n’avance à un rythme aussi effréné que le rap aujourd’hui. Le genre explose, artistiquement, commercialement, beaucoup s’y engouffrent et trop souvent un talent en chasse un autre avant même qu’on ait le temps d’appuyer sur « repeat ». Alors il faut faire vite, rester pertinent, tout le temps. Pour un rappeur, rester silencieux pendant un an c’est déjà envisager la retraite. Mais la vitesse de production n’est pas toujours l’amie de la qualité. PLK le sait, il a trouvé le compromis parfait : des séances d’entraînement (comprenez des mixtapes : Ténébreux en 2017 et Platinum cette année) pour préparer un album. Quelques tests pour affiner son identité, comprendre son style, saisir ce qu’il est et ce que l’auditeur attend qu’il soit. Le résultat c’est Polak, sorti aujourd’hui. Un album qui répare enfin ce qu’on pouvait reprocher au rappeur parisien : une technique affûtée dans le centre de formation de surdoués Panama Bendé, mais qui cachait parfois trop bien le manque d’épaisseur de sa prose.

Qui est PLK ? En écoutant les deux mixtapes qui ont rythmé ses deux dernières années, dur d’y répondre. Polak donne de premiers indices. PLK s’y livre comme jamais il n'avait pu le faire, et nous rappelle quand il le faut et comme il le faut qu’il porte l’un des flows les plus impressionnants du rap. Aisé, facile. Mais ne vous y méprenez pas, ce qui revient le plus dans les paroles de PLK en interview, c’est « le taff ». Bosser, tout le temps, pour progresser et rester justement à jour dans cette musique qui n’attend plus personne. Et montrer que hors du Panama, PLK tient tout seul, sans featurings ou presque (Nekfeu, son pote et la même école du flow, l’incontournable SCH et Paluch, compatriote rappeur polonais) et peut maintenant s’asseoir à la table des futurs grands. « En Ligue 1 ».

Je t'avais interviewé avec le Panama, pour la sortie d'ADN il y a plus d'un an. Comment tu vis l'évolution en solo depuis cet album ?
Je suis assez content de ce qui se passe ! C'est ce qu'on voulait faire. On est un peu surpris que ça prenne à ce point, mais c'était le déroulé qu'on voulait. Deux mixtapes et un album, depuis ADN, et la continuité du travail que je fournissais avec le Panama, et qu'on fournit tous. Parce qu'en soi, Ormaz est avec moi sur scène, Matou c'est mon Dj, je suis toujours en studio avec Aladin, toujours à droite à gauche avec Zeu'... Je suis en solo, mais je suis jamais vraiment solo.

Ok, ça, c'était pour le résumé, maintenant revenons au départ : ton premier émoi musical, tu t'en souviens ?
Franchement, c'est quand j'étais petit, vraiment petit. Ma mère écoutait Jamiroquaï, normal. Donc je pense que c'est un morceau de Jamiroquaï. Je connais même pas le titre mais chaque fois que je l'entends quelque part je suis comme un fou. Soit ça, soit Henri Salvador... « Jardin d’hiver ». Incroyable ce morceau.

Et tu te souviens des premiers textes que tu as posés, seul ?
Je me rappelle du premier, c'était un texte de Lefa qu'il avait lâché à Skyrock. Je l'avais recopié, je mettais "pause" toutes les cinq secondes et je copiais les phrases. Je m'entraînais à le rapper sur des instru avec ce texte.

T'as raconté ça à Lefa ?
Ouais, je lui ai dit, il a trouvé ça marrant. Ce texte m'a donné envie d'écrire, ça m'a montré comment ça se passait. Ça structure, tu vois comment ça s'écrit, tu comprends un peu les choses. À partir de là j'ai commencé à monter mes propres textes. Je me rappelle plus du premier... mais je sais que c'était de la merde (rires) ! Mais ça m'avait structuré, appris à mettre des mesures etc.

Au niveau des thèmes, tu tournais sur quoi ?
Les thèmes ? J'aimais bien insulter les flics. C'était mon truc. J'insultais tout le monde. Maintenant j'ai plus trop le droit, je suis cramé, faut faire attention.

Tu restes jeune mais il y a déjà pas mal de chapitres dans ta carrière. Qu'est-ce que tu gardes de toute la période collective avec le Panama ?
Ça nous a donné une certaine rigueur de travail je pense. Quand on est sept, il faut travailler plus, parce qu'il faut faire le taff que l'autre n'a pas envie de faire à des moments, et inversement. Et c'est la compétition permanente. C'est un aspect que j'ai gardé, cette envie de faire toujours plus et mieux que l'autre. Ça nous a donné une mentalité : compét' et travail. C'est surtout ça le Panama : un bon centre de formation.

Vous me disiez la dernière fois que le Panama c'était la base de lancement d'où chacun s'envole.
Ouais c'est toujours d'actualité ! C'est le centre de formation, après tu rentres dans ton club. C'est toujours le cas, parfois on va à l'entraînement ensemble ! C'est le socle, la base. Sans Panama y aurait pas tout ça.

Mais est-ce qu'on revient vraiment au centre de formation ?
Non, on ne revient pas vraiment au centre de formation mais tu repasses de temps en temps aux bases. Nous parfois on se pose à l'ancienne, on freestyle comme des gogols, mais on ne le filme plus, on ne le montre plus parce qu'on est passés à autre chose.

La compétition est toujours là ? Il y a toujours une émulation ?
Ouais, de fou. Après, c'est pas de la compétition en termes de chiffres, c'est vraiment en termes de perf', de rap. Ça les pousse. Quand Aladin faisait ses trucs à l'époque ça me poussait grave. Je lui ai dit. S'il n'avait pas fait autant de trucs quand on était jeunes, déjà le Panama ne serait jamais devenu ce que c'est. Il nous a tous tirés vers le haut, il nous a montré qu'il faut taffer. Ça aspire tout le monde.

Justement, tu as beaucoup taffé cette année, tu as sorti Platinum, il y avait eu Ténébreux en 2017. Des mixtapes longues, fournies, travaillées. Qu'est-ce qui différencie l'album ?
Les mixtapes c'était des tests. On voyait un peu ce que les gens aiment et n'aiment pas dans ma musique. C'était pour arriver à cette étape de Polak où on est plutôt sûrs et certains du contenu. Et même moi, ça m'a permis de m'entraîner, de passer les étapes une par une, faire mes armes. Je voulais arriver tout doucement, comprendre. J'aime bien comprendre la situation, voir où je suis, comment. Ça m'a permis de bien tout visualiser. Et de garder la tête sur les épaules aussi. C'était un petit escalier.

Qu'est-ce que tu as appris sur ton identité musicale du coup, avec Ténébreux et Platinum ?
Bah déjà qu'il faut beaucoup taffer ! C'est une vérité. Il ne faut rien lâcher, défendre les projets... J'ai acquis plein de petits trucs de promo. Côté musique, ce qui a changé c'est la conscience de ce que les gens aiment et n'aiment pas - l'autotune, pas l'autotune, ce type d'instru etc. Ça m'a permis de définir mon univers, de bien me présenter avant l'album.

Est-ce qu'il y a aussi des thèmes que tu ne t'autorisais pas forcément à aborder avant l'album ?
Ouais, comme sur « Idiote » par exemple, où je parle de ma vie, de ma mère. Ça, je ne l'aurais jamais fait avant parce que justement je voulais voir comment les gens recevaient mes morceaux, les critiques qui en découlaient. Si c'est pour se faire tirer dessus ça sert à rien. On voulait voir. Il a fallu bâtir une confiance pour que je puisse en parler. Je voulais être assez perso sur certains points avec ce premier album. C'est une étape de plus. Et c'est ça aussi un album, être un peu plus personnel. Il manquait un peu ça sur les autres mixtapes. Je ne parlais pas vraiment de moi. Je parlais de tout ce qui m'entoure, comment je réfléchissais à certains moments, mais je ne parlais pas de ma vie d'avant, de comment j'étais à l'intérieur. Sur celui-là tu as « Bunkoeur » qui est super introspectif, « Idiote » où je parle de ma relation avec ma mère...

Et puis il y a ce titre, « Polak ». C'est un blaze mais aussi une information sur toi, ton identité, tes origines...
Ouais, ça explique tout, les origines. Je le savais depuis super longtemps, que mon album s'appellerait Polak, limite depuis le départ. Il fallait arriver à cette étape, sortir en physique, assumer son premier album. J'ai aussi mis beaucoup de temps à assumer le fait que ce soit mon métier. C'est compliquer à assimiler au début, en termes de famille. « Tu fais quoi dans la vie ? » « Je suis rappeur. » C'est bizarre. Si t'es pas encore connu, c'est très chelou. On se dit, c'est sa vie mais il est pas connu. Tu passes pour un forceur un peu ! Tu vois le mec dans ta famille, ton cousin de 17 ans qui dit : « Je suis rappeur », qui n'est plus à l'école... C'était un peu ça. Maintenant ça va, avec l'Olympia et tout. Mais au début assumer de faire de la musique c'était compliqué. Jusqu'à il y a quatre mois je disais encore que j'étais mécano quand on me demandait ce que je faisais dans la vie. Ça fait plus sérieux, le mec qui taffe, plus stable. Rappeur ça fait vite cliché.

Sur cet album comme sur les deux mixtapes précédentes, il y a très peu de featurings. C'est une volonté de se tenir seul ?
Ouais, faut se présenter, faut arriver tout seul. Et surtout, moi quand je fais un featuring, l'important c'est l'humain. Je ne peux pas faire un feat avec un mec avec qui je m'entends pas. Il faut qu'on se connaisse, qu'on se parle, qu'on ait vécu deux, trois trucs ensemble. C'est pas, on fait un feat et on se parle plus. On fait un feat et on devient potes. On s'aide, on se soutient. C'est basique mais c'est de l'humain. Pour Lefa c'était grave humain. Là pour SCH c'était pareil, on a pas fait le son tant qu'on s'était pas bien vus. On a passé un jour en vacances ensemble, à Cannes, on s'est vus sur un tournage de clip, on a bien parlé, on s'appelle, on se parle. On fait pas ça comme ça. Nekfeu, je t'en parle pas, et Paluch, c'est une histoire avec mon pays, on a grave parlé aussi.

Justement, comment ça s'est fait avec Paluch ?
On s'est connecté sur les réseaux. Il m'avait envoyé un message pour me dire qu'il kiffait ce que je faisais. Je lui ai dit : « bah si t'es chaud, viens sur mon album ! » Aussi simple que ça. Avant de faire le morceau on a bien causé ensemble, on s'est vu en Pologne en festival, on a échangé et on a fait le morceau. Et souvent, quand ça passe humainement, le morceau vient direct.

Tu parles de Nekfeu. Avec le Panama on vous a mis dans la lignée de l'Entourage, 1995. C'est un peu la même école, vous vous retrouvez sur l'aspect technique, notamment. Le reproche qu'on a pu te faire à une époque, c'est peut-être d'être "trop" technique. Est-ce que tu as eu à canaliser ça pour Polak ?
Ouais, il faut trouver le bon équilibre. Pas faire du rap pour les rappeurs, mais pas non plus tomber dans le rap pour les enfants de 12 ans. Il faut trouver le milieu, mais que ça reste toi. Ça passe par des étapes, tu peux pas te forcer à le faire. Platinum était différent de Ténébreux et l'album est différent des deux. Il fallait passer par ces étapes, c'est incontournable pour moi. Il faut se casser les dents, faut comprendre qui tu es, l'image que tu as, qui tu véhicules, avant d'arriver avec un album où tu es sûr de ce que tu es, ce que tu représentes.

Il y a un morceau dans cet album dont tu es particulièrement fier ?
Il y en a un que je kiffe particulièrement oui, c'est le morceau « Polak ». Je sais pas, il y a un truc que je kiffe. La mélodie, l'ambiance, je trouve que ça me représente assez bien. C'est un style que j'ai jamais fait. En le faisant, j'étais déjà en train de danser en même temps que je le posais. Je suis arrivé à un certain stade avec ce morceau.Mais ils ont tous leur truc. « Weed » c'est un morceau que je kiffe de fou, il me donne des frissons à chaque fois que je l'écoute.

Pour revenir sur le côté compétition, on peut avoir le sentiment de vivre aujourd'hui un nouvel âge d'or du rap. Artistiquement, commercialement ça explose et finalement la concurrence explose aussi - cette compétition créative dont tu parlais. Comment tu vis cette période ?
Je kiffe, ça me correspond, c'est la mentalité qu'on a avec le Panama, qu'on a toujours eu. Il y a du monde. Moi je vois ça comme ça : on est tous autour d'une table, on a tous un truc à dire, et c'est à celui qui va envoyer le coup le plus fort. J'ai de la chance, je kiffe ce qu'il se passe en France. Un âge d'or je sais pas, mais on est dans une très bonne période pour le rap français. Et je suis très content de tomber au bon moment, faut le dire (rires) ! Ça se passe bien pour l'image du rap, on commence à passer un peu partout, dans tous les médias, je suis très content de faire partie de ça. Dans dix ans, le rap sera vraiment partout et je pourrais être fier d'avoir fait partie des gens qui ont réussi à amener ça.

L'âge d'or c'est peut-être un grand mot c'est vrai, mais j'ai le sentiment que c'est la première fois depuis un bon moment qu'on n'est plus obligé de regarder vers les États-Unis, qu'on a une scène qui se tient toute seule.
Ouais, et puis il y a un truc qu'il faut dire. Pour moi, on est les n°2 et il y a plein, plein de pays qui s'inspirent de nous. Ce n'était pas le cas avant. La Pologne, par exemple ! Les Anglais ont leur style mais ils piochent pas mal chez nous, les Italiens, les Allemands. Ça se bagarre pas mal mais en Europe on est très bien positionnés. Les gens se préoccupent vraiment de ce qu'il se passe en France. Même aux États-Unis ils gardent un œil sur nous. Ça met du temps à arriver, mais on finira pas les avoir !

Tu voudrais que les gens se disent quoi de Polak ?
Que c'est un travailleur, déjà. Et j'aimerais qu'ils retiennent que cet album et le début d'un cycle, la fin d'un autre. La fin des mixtapes. La fin de la compétition amateur, on rentre en ligue 1, sur le vrai terrain. Maintenant PLK on voit qui c'est, et c'est chaud.

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