Photographie Matthew Smith

good trouble, le fanzine qui réconcilie (enfin) l'art et la politique

Avec Good Trouble, Rod Stanley a créé une arme culturelle indispensable en cette période à la fois sombre et bizarre.

par Georgie Wright
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01 Février 2018, 11:17am

Photographie Matthew Smith

« En fait, je crois qu’on a lancé ce magazine par accident. » Voilà comment Rod Stanley évoque la naissance de Good Trouble, accident venu au monde après une joyeuse union d’activisme et de créativité. Adoptant un ton positif pour parler de sujets politiques, la publication se décrit comme la célébration « d’une résistance dans tout ce qu’elle a de beau, de drôle et de contradictoire. Parce que la vie est bordélique et que les affaires sérieuses peuvent être drôles. » Le fanzine aborde ainsi des sujets socialement très pertinents – on y trouve des articles portant sur le réchauffement climatique, des photos de Standing Rock, des interviews avec des artistes comme Peter Kennard (et bien d’autres choses encore). À la base, Good Trouble n’était pourtant qu’une plateforme en ligne, qui s'est développée en une itération print que vous pouvez désormais recevoir en échange d’une contribution à War Child. Ancien rédacteur chez Dazed, Rod Stanley avait le profil parfait pour faire passer Good Trouble du cyber-espace au monde impitoyable de l’auto-édition. Son mot d’ordre ? « Mettre l’art et la créativité au service du changement social. » Un point sur lequel on est parfaitement d'accord.

Photographie Mico Toledo

Salut Rod. Pourquoi avoir lancé Good Trouble ?
Il y a plusieurs raisons. Ça fait longtemps que j’avais dans l’idée de créer une publication au croisement des arts et de la contestation, et le résultat des dernières élections américaines a encore approfondi ma détermination (je vis à New York). J’avais le sentiment que cette partie de la culture était extrêmement pertinente, mais pas assez travaillée, qu’il existait un moyen de s’engager sur de nombreux sujets sérieux, sans nous prendre, nous, trop au sérieux.

Comment es-tu tombé sur ces sujets et ces gens ?
Avant, j’étais rédacteur dans un magazine, mais ça faisait bien 5 ans que je n’avais pas travaillé. Mais c’est un peu comme le vélo, ça ne se perd jamais complètement. Tu te remets à creuser un peu et les histoires à raconter sont là, devant toi. Les gens avaient l’air assez excités à l’idée d’apparaître dans la publication. Et puis j’ai eu beaucoup d’aide de mes amis et d’anciens collègues comme Francesca Gavin, Charlie Jones et quelques autres.

Photographie Roman Kutzowitz

Nous vivons une séquence politique très dure. Comment faire pour rester optimiste ?
C’est dur, hein ? Franchement, je ne sais pas. Mais je suis convaincu que s’engager dans quelque chose, n’importe quoi, même petit, au niveau local, avec des gens qui pensent comme nous, ça peut faire la différence. Sinon, il faut boire de l’eau, dormir de longues nuits et quitter Facebook et Twitter. C’est dur.

C’est quoi, selon toi, la façon la plus efficace de générer du changement ?
C’est un peu la question que pose Good Trouble, en se demandant notamment comment les gens peuvent faire de l’art, de la culture et de la créativité des outils. Au-delà de ça, je vais te répondre le vote (si vous voulez voter). Ça paraît évident, mais il y a des millions de personnes qui s’en foutent. Et récemment, aux États-Unis, les résistances et mobilisations populaires ont fait la différence. Les manifestations, ça marche. Sinon, je ne sais pas, on s’en fout : présentez-vous aux élections. Pourquoi pas ?

Touba Alipour

Les réseaux sociaux jouent un rôle très important dans l’activisme aujourd’hui. Quels en sont les bénéfices et les limites ?
Je ne sais pas vraiment, j’ai l’impression qu’on perd la bataille face aux bots, aux trolls et aux idiots. Parfois je me dis qu’on serait mieux lotis sans tout ça, si on prenait un peu de recul et qu’on considérait juste ça comme une expérience ratée. J’ai quitté Facebook il y a six ans. Twitter ne m’intéresse plus. Je passe plus de temps sur des groupes de discussions fermés. Je n’utilise plus que les réseaux sociaux pour trouver des gens, promouvoir des causes, mais une fois que c’est fait, je trouve ça mieux de se connecter aux gens IRL, dans la vraie vie.

C’était important aussi que ton fanzine soit imprimé ?
Je m’étais fait la promesse d’imprimer une poignée de fanzines DIY pour un événement, et puis mon ami, ce génie, Richard Turley s’est impliqué dans l’affaire. Avant même d’avoir le temps de dire ouf, on s’est retrouvés avec 1000 copies. Le numéro 23 devait être une édition unique, mais il a été tellement bien accueilli qu’on va en refaire un autre cette année, qui sera édité à plus d’exemplaires et aura des points de distribution officiels ; pas seulement vendu en ligne ou donné aux gens pendant des fêtes. En fait, je crois qu’on a lancé ce magazine par accident.

Peter Kennard

Si tu pouvais mettre ce que tu veux sur un énorme panneau d’affichage posé juste devant la Maison Blanche, ce serait quoi ?
Ha ! Ok, alors je pense qu’on fixerait un énorme haut-parleur comme ceux utilisés par la police et les forces militaires sur les foules de manifestants, et qu'on lui ferait jouer à l’infini une playlist avec des morceaux de Bikini Kill, Aphex Twin et Einstürzende Neubauten.

La paix, ça signifie quoi pour toi ?
Ne pas vivre dans une maison visée par un canon à son.

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.