© Lord Snowdon, 1990

une expo rassemble les plus belles pièces du maître de la couture, azzedine alaïa

Jusqu’en juin 2018, 41 pièces d’exception signées Azzedine Alaïa sont exposées au 18 rue de la Verrerie, où le couturier vivait et travaillait. i-D a rencontré l’historien Olivier Saillard qui a sélectionné ces modèles.

par Sophie Abriat
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29 Janvier 2018, 9:32am

© Lord Snowdon, 1990

Dimanche, avant le lancement officiel de la semaine de la Haute Couture, personnalités et amis de la Maison Alaïa se pressaient au vernissage de l’exposition « Je suis couturier ». Une exposition hommage au créateur disparu en novembre dernier. Au 18 rue de la Verrerie, là où vivait Azzedine Alaïa et où sera installée sa future Fondation, une grande mélancolie enveloppait les 41 robes présentées pour l’occasion. 41 créatures de rêve sélectionnées par l’historien Olivier Saillard : des pièces d’exception, d’une beauté sans âge. Modèles sculptés dans la maille ou le cuir, robes bandelettes, cascade de drapés, lignes moulantes qui soulignent les formes, fourreaux de sirène se font face sous la grande verrière où avaient lieu tous ses défilés. L’exposition, organisée par son partenaire, le peintre Christoph von Weyhe, et son amie depuis plus de quarante ans, l’éditrice Carla Sozzani, est un vibrant hommage à ce génie de la couture. « Ce n’est que le début de la célébration de l’héritage d’un incroyable génie, d’un monstre de savoir-faire, et de l’être humain le plus incroyable que j’ai jamais rencontré », lance Naomi Campbell, sa muse de toujours qui le surnommait affectueusement « Papa », venue assister à l’événement.

« Cette exposition a un goût particulier puisqu’elle se fait juste après la disparition d’Azzedine Alaïa. Ces derniers temps, nous avons travaillé sur l’exposition, c’était réconfortant d’être tous ensemble comme une famille et de se dire : il a fait tout cela, ce n’est pas à nous de sombrer dans la mélancolie. Même si ce matin nous l’étions, mélancoliques », indique Olivier Saillard. Comment ce dernier a-t-il choisi ces 41 pièces ? « Il fallait qu’on puisse montrer les icônes qui ont fait son travail, résumer en accéléré ses décennies de créativité. Un jour, j’ai commencé à sélectionner un vêtement noir et un vêtement blanc, j’ai trouvé que ça rendait grâce à sa couture très intemporelle, à ce sentiment d’éternité. Monsieur Alaïa disait toujours que dans le noir les idées sont plus précises et qu’on est toujours obligé d’être meilleur dans le noir que dans la couleur », poursuit l’historien. Au milieu de ce mélange noir et blanc, trône la robe rouge flash portée par Rihanna. Cette exposition non chronologique regroupe des pièces couture de 1981 à 2017. Comment le style Alaïa a-t-il traversé les décennies ? Avec quelles variations esthétiques et stylistiques ? « On remarque que certaines idées naissent dans un défilé puis on les retrouve dix ans après. On constate alors qu’elles ont évolué avec beaucoup de maturité. Monsieur Alaïa n’abandonnait pas un sujet pour un autre de saison en saison. Certaines vestes se sont ainsi perfectionnées pendant vingt ans, tout en étant bâties sur la même base. De 1979 à 1995, c’est une période très riche pour le couturier, il présente tous ses défilés à la galerie. On retrouve toutes les silhouettes Alaïa qui ont fait les années 1980 », explique-t-il.

Plus tard, jusqu’en 2000, la mode délaisse un peu le couturier qui prend alors quelque distance avec l’industrie en essayant de rompre avec le calendrier. « Dans les années 2000, avec l’arrivée du groupe Prada puis du groupe Richemont, il recommence à faire des collections de couture et je trouve qu’il a été encore meilleur qu’auparavant car encore plus abstrait. Dans ses collections de couture, il crée des robes en mousseline qui s’inscrivent dans la grande tradition de l’histoire de la mode », s’enthousiasme Olivier Saillard. L’exposition est baptisée « je suis couturier » car c’est ainsi qu’aimait se présenter le créateur, refusant les termes de « designer » ou « styliste ». « Azzedine disait toujours quand on lui demandait comment on pouvait le présenter : "je suis couturier, je sais coudre, je sais couper, je sais assembler, épingler, patronner." Il ajoutait : "je trouve que c’est un métier très noble quand on sait le faire." Il avait beaucoup d’estime pour ce métier qu’il a exercé de la même façon que Madeleine Vionnet ou Cristóbal Balenciaga, avec une grande connaissance technique. Il est leur ultime héritier. Aujourd’hui, je ne rencontre pas de créateurs qui ont à ce point le goût de la couture ».

En 2007, avec Christoph von Weyhe et Carla Sozzani, Azzedine Alaïa créait son Association pour protéger son œuvre et sa collection d’art. Cette Association a vocation à devenir prochainement la Fondation Azzedine Alaïa, qui abritera tous les trésors de la Maison et de son créateur. Azzedine Alaïa était un immense collectionneur de design (Pierre Paulin, Jean Prouvé, Marc Newson, entre autres) mais aussi de mode. « Pendant des années, j’ai pesté contre Azzedine car durant les ventes aux enchères il achetait tout ce qu’on ne pouvait pas acheter ! C’est le plus grand collectionneur de mode, il a amassé des milliers de pièces. Je n’ai jamais vu ça de ma vie », lance l’historien. « Il a commencé à collectionner des pièces en 1967. Il a même racheté certains de ses modèles, comme un manteau qu’il avait créé pour Arletty ! Il a réuni des pièces très pointues, beaucoup de Madame Grès, de Comme des Garçons, de Madeleine Vionnet. Il y a des pièces pour des générations entières », renchérit Carla Sozzani. Toutes ces pièces sont pour l’instant réunies dans le sous-sol de la galerie qui abritera des expositions régulières sur l’histoire de la mode et du design.

© Andrea & Valentina

On trouvera également une bibliothèque dédiée à la mode et à la culture, au service de la recherche et du développement. Enfin, l’Association Azzedine Alaïa attribuera des bourses à des jeunes talents visionnaires de la mode. «Tout s’invente en ce moment, son départ a été tellement précipité. Notre mission est d’assurer la pérennité de ce patrimoine », conclut Olivier Saillard qui, dans cette mission, se sent plus protecteur que conservateur. « J’ai l’ordre de protéger ce travail. Il faut que je donne le meilleur de moi-même pour que ça ne disparaisse jamais. » Ainsi, l’œuvre Azzedine Alaïa est aujourd’hui entre des mains bienveillantes et vigilantes.

© Andrea & Valentina
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« Azzedine Alaïa, Je suis couturier », Exposition jusqu’au 10 juin 2018, 18 rue de la Verrerie, 75004 Paris.

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