Lukas porte un top Saint Laurent Vintage et des bijoux personnels. Nassim porte une chemise Lanvin et un pantalon Kenzo. Galatea porte un t-shirt personnel et un short-culotte Jacquemus.

« une jeunesse dorée » : la génération palace a enfin son film

Au cinéma, « Une jeunesse dorée » poursuit l'exploration du mythe des années Palace. i-D a rencontré ses trois plus belles promesses : elles s'appellent Galatea, Nassim et Lukas.

par Marion Raynaud Lacroix
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07 Janvier 2019, 9:33am

Lukas porte un top Saint Laurent Vintage et des bijoux personnels. Nassim porte une chemise Lanvin et un pantalon Kenzo. Galatea porte un t-shirt personnel et un short-culotte Jacquemus.

Paris, 1979 : Rose aime Michel, Michel aime Rose. Elle (Galatea Bellugi) a 16 ans et sort de la DDASS. Lui (Lukas Ionesco) en a 22 et aimerait vivre de sa peinture. Autour de leur jeunesse, il y a Lucille (Isabelle Huppert) et Hubert (Melvil Poupaud), des adultes désœuvrés qui aimeraient se sentir à nouveau vibrer. À travers ces destins enchâssés, Eva Ionesco poursuit le récit personnel entamé par son précédent film My little Princess et Innocence, un roman dans lequel elle décrivait déjà comment d’enfant bien dans son âge elle était devenue – trop vite – une adulte privée d'adolescence. Dans Une jeunesse dorée, elle raconte une histoire de sentiments et de création, dans laquelle la fête, joyeuse et baroque, côtoie le désœuvrement. Au-delà de sa dimension autobiographique, Une jeunesse dorée témoigne aussi d'une génération grandie entre les lignes d’Alain Pacadis et la piste de danse du Palace, brûlée à l'héroïne et à la lumière des néons, pour qui l'art était partout, et peut-être d'abord dans la manière de vivre sa vie.

La génération de Lukas, Galatea et Nassim (qui incarne le meilleur ami de Rose) est trop jeune pour avoir connu ces soirées devenues des mythes. La leur a poussé les portes de clubs bien gardés où résonnait de l'électro déjà loin des tubes d'Amanda Lear. Pourtant, à l'écran, ils sont ces personnages d'un temps qu'à défaut de connaître, les moins de 50 ans aiment fantasmer. Le temps d'une journée, i-D les a rencontrés.

Galatea Bellugi, 22 ans

Galatea Bellugi
Galatea porte une robe Chanel.

Comment as-tu abordé le rôle de Rose ?
Au départ, j'avais un peu peur, parce qu'il s'agit de l'histoire d'Eva, qui était là, juste devant moi à me diriger ! Mais très vite, elle m'a fait comprendre que ce n'était pas vraiment elle, qu'il s'agissait d'un personnage, celui de Rose. J'ai adoré travailler avec elle. Eva est fascinante, c'est une femme super forte et très très marrante. J'adore ses expressions, elle est capable de passer d'un registre à un autre en quelques secondes.

Tu étais familière de ces années Palace ?
Ce milieu m'était totalement inconnu. Mes parents ne vivaient pas à Paris à cette époque-là, je n'avais donc jamais entendu parler du Palace avant de rencontrer Eva.

Quand tu l'as découverte, que t'a inspiré cette période ?
Pour moi, c'est vraiment une histoire de fête, qui a quelque chose de fou et de féerique. Je trouve leur rapport à la vie fascinant : ils se foutent de tout, ils n'ont pas peur de mourir demain. Ce que j'aime dans cette époque, c'est que leurs tenues ou leurs manières d'être s'inspirent de plein d'autres périodes - exactement comme nous, qui nous inspirons de ce qui a été fait avant !

D'après toi, pourquoi ce mythe reste-t-il aussi présent, à travers le cinéma mais aussi la mode par exemple ?
Je crois qu'avec la mode, il y a toujours cette envie de se distinguer, d'être différent des autres. C'était un sentiment très fort au Palace. L'intérêt à le faire n'était pas forcément le même, mais je crois que c'est quelque chose qui persiste de manière forte aujourd'hui.

Notre génération te semble-t-elle différente de celle du Palace ?
Aujourd'hui on est beaucoup plus concentrés sur ce qu'on va faire demain, sur notre travail. Et puis le physique prend encore plus d'importance sur les réseaux sociaux que dans la fête, où il était déjà très présent. Je trouve que c'est quelque chose qu'on ressent dans l'esthétique du film : ces paillettes, l'envie de jouer et l'obsession pour les apparences - qui peut se révéler très destructrice - sont partout.

Tu dirais que la liberté des personnages est plus forte sans les réseaux sociaux ?
Oui, mais en même temps, ils passent leur temps à chercher les caméras ! Les réseaux sociaux ont beau ne pas exister, ils ont envie d'être photographiés et de se reconnaître dans les magazines.

Quelle place occupe la fête dans ta vie ?
J'aime la musique, j'aime danser, mais je sors assez peu en club. Je crois que ça m'excitait plus au moment où j'avais pas l'âge d'y entrer ! Quand j'avais moins de 18 ans, je prenais la carte de ma sœur pour rentrer en boîte. J'avais une tête de bébé, je sais même pas comment c'est possible que ça ait marché !

Que peut-on te souhaiter pour 2019 ?
J'ai envie de faire plein de films, des choses encore différentes. J'aimerais jouer le rôle de quelqu'un qui a un talent que ce soit dans la musique, dans la danse ou dans un sport. Une femme qui ait une vraie force physique. Et j'adorerais faire un film avec ma sœur, qui est elle aussi actrice.

Nassim Guizani, 20 ans

Nassim Guizani Une jeunesse Dorée
Nassim porte une veste de costume Kenzo.

Peux-tu te présenter ?
Je m'appelle Nassim Guizani, j'ai 20 ans, je suis né à paris, et Une Jeunesse Dorée est mon premier film. Avant ça, je faisais des petits boulots, principalement du mannequinat. Mon meilleur pote est photographe, du coup je l'assistais sur des shoots, des trucs comme ça. J'ai aussi été assistant styliste pour Vogue Paris.

Tu avais déjà envisagé d'être acteur ?
Avant le film d'Eva, on m'a abordé pour Un Couteau Dans Le Coeur, le dernier film de Yann Gonzalez. Ça m'avait mis l'eau à la bouche, même si finalement ça ne s'est pas fait. Heureusement, il y a eu le film d'Eva peu de temps après, donc j'ai été très content - d'autant qu'il y a des similarités dans l'esthétique et que c'est du cinéma d'auteur.

Comment as-tu abordé ce rôle ?
Mon rôle est celui d'Ivan, un fêtard un peu fou, sarcastique et théâtral. Il a l'air un peu mauvais mais au fond, il a un cœur gros comme ça ! Eva nous a montré des photos et des vidéos d'époque pour nous aider mais je m'intéressais déjà aux années Palace avant, donc je visualisais assez bien l'univers.

Comment perçois-tu cette époque ?
Je suis un peu nostalgique des fêtes qu'ils faisaient, complètement différentes des nôtres. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus coincé. Ce qui nous manque, c'est la façon dont les gens s'habillaient pour aller en soirée, la musique disco... Et puis il y a la liberté sexuelle, aussi ! Même si mon entourage est assez libre sexuellement parlant, je crois qu'il y avait quelque chose d'encore plus assumé.

Quel est ton lien avec la fête et la nuit ?
Je sors beaucoup. Je n'ai pas de travail régulier, ce qui est très propice aux sorties, particulièrement pendant les Fashion Week. J'ai commencé à sortir vers 17 ans, surtout dans le milieu de la mode. C'est là que j'ai rencontré un peu tout le monde.

Tu te souviens de la première fête qui t'a marqué ?
Je crois que c'était avec Lukas à l'Olympic, une teuf un peu rock, un peu trash. Je sortais à peine du lycée et j'étais pas habitué, parce que je sortais pas encore vraiment à l'époque. Je me souviens que ça m'avait beaucoup plu, que j'étais très excité.

Aujourd'hui la nuit parisienne tu la vois de quel oeil ?
Je m'ennuie un peu, on voit quasiment toujours les mêmes têtes, c'est plus ou moins toujours les mêmes soirées.

Est-ce que c'est pas ça, aussi, le Palace ?
Si... Mais non ! J'aurais préféré vivre ça au Palace, en fait. Malheureusement, un endroit comme celui-là n'existe plus !

Tu as des projets dans les rails pour l'année ?
Non, pas vraiment. Je vais vraiment essayer de me trouver un agent, de passer des castings.

Qu'est-ce que tu souhaites pour le monde en 2019 ?
C'est pas très original, mais j'aimerais qu'il y ait moins de guerres, moins de haine. Je pense que c'est-ce que tout le monde espère. Je suis très attaché à l'écologie, donc j'aimerais aussi qu'on prête plus attention à notre petite planète !

Lukas Ionesco, 23 ans

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Lukas porte une veste Pihakapi, son propre pantalon, ses boots et ses bijoux.

Qu'est ce qui t'a convaincu de faire ce film ?
Ça faisait longtemps que ma mère l'avait écrit, donc j'ai un peu grandi avec. J'ai commencé par refuser puis j'ai fini par me dire que c'était hyper touchant qu'elle me demande de jouer un homme qu'elle avait autant aimé, vu la vie qu'on a et ma relation avec elle. J'ai donc accepté.

On ne t'avait pas revu au cinéma depuis The Smell of Us, le film de Larry Clark.
Après ça, j'ai voulu arrêter : j'étais traumatisé, c'était trop lourd. J'ai toujours voulu être comédien et faire de la musique, mais cette expérience m'a dégoûté. Pendant deux ans, je n'ai plus voulu en entendre parler. Sauf que je me suis rendu compte que c'était un peu tout ce que j'avais depuis que j'avais arrêté les cours. C'est à ce moment-là que j'ai commencé la musique.

Tu fais aussi de la scène. Qu'est ce que le plateau de cinéma a de particulier en comparaison ?
Ce qu'il y a de génial, c'est que tu t'appropries un rôle. Pendant 3 mois, tu te mets dans un personnage à fond : tu rentres dedans, tu l'acceptes et sans t'en rendre vraiment compte, tu changes vraiment. Je trouve ça génial. Sur scène, même si tu joues un peu aussi, au final, c'est tellement toi !

Tu as grandi avec l'histoire du Palace. Comment tu expliques que le mythe qui entoure cette période soit encore aussi fort ?
« À l'époque, ce qu'il y avait de magique, c'est qu'on était jeunes et qu'on pensait qu'on allait mourir le lendemain. Donc on donnait tout ce qu'on avait » m'a un jour dit ma mère. Aujourd'hui, tu dois penser à ta carrière, tu flippes par rapport à ton avenir.

C'est une génération qui te fait rêver ?
Je pense que j'aurais été super à ma place dans tout ça. Après, j'y étais pas, donc c'est impossible d'en être certain. Peut-être que j'aurais été un mec qui n'écoute que du rockabilly ou un gros punk. C'est bien que ce soit passé, aujourd'hui, c'est à nous de faire des choses. Mais c'est dur : tout a été fait, il faut aller vite et ne pas trop réfléchir, garder quelque chose de spontané. C'est de moins en moins évident d'être décalé.

Quel est ton lien à la fête ?
Je t'avoue que je suis pas hyper soirée, même si je suis pas mal sorti. Ce que je préfère, depuis toujours, c'est les soirées en appart : tu te retrouves à 10 ou 15 personnes, tu parles, tu bois des coups. Je peux passer dix heures à parler, danser, mettre du son, rencontrer des gens - j'adore rencontrer des gens. Quand je suis sorti après le film de Clark, les gens me voyaient comme un mec trash, alors que je prenais pas forcément de drogues. Mon agent m'avait conseillé de me calmer sur les sorties - mais en même temps si tu restes chez toi et que tu vas pas aux bons trucs, les gens t'oublient, et moi je travaille pas.

Comment penses-tu qu'on se souviendra de notre génération ?
C'est difficile de critiquer parce que je suis loin d'être le dernier à faire des stories sur Instagram mais les réseaux sociaux, c'est quand même quelque chose de très étrange qui est arrivé à tout le monde. Peut-être que s'il n'y avait pas eu tout ça, la magie aurait un peu plus perduré. Ma mère avait 13 ans quand elle était au Palace, t'imagines ? Aujourd'hui, ce serait juste impossible. Même les drogues, quand ils en prenaient c'était aussi dans l'idée de créer. Les gens crevaient mais ils avaient pas peur de ça. Maintenant, tout le monde prend des drogues bizarres, les gens se parlent pas trop, ils sont stressés : ils ont des auras hyper noires. C'est pour ça que j'aime bien me poser chez des potes un samedi soir.

On te découvrira très bientôt dans Jessica forever, le premier long-métrage de Caroline Poggi et Jonathan Vinel. C'est un gros début d'année pour toi !
Je suis content. L'image du Clark me colle encore à la peau, alors que ça fait 6 ans ! Ces deux films vont me faire du bien, ce sont deux rôles très différents. J'ai vraiment envie de jouer et de faire de la musique aussi.

Quels sont tes voeux pour 2019 ?
Ce serait bien que les gens se lâchent plus, qu'ils se souviennent de l'époque du Palace ! J'ai perdu trop de temps dans des soirées à ne rien faire, dans de vieilles guerres d'ego. Aujourd'hui, je crois que l'important, dans ma vie et dans celles de plein de jeunes qui me soutiennent, c'est de se créer sa propre famille, pour créer et réaliser ses projets - fonder un groupe, un collectif. Ma famille, c'est ma mère mais ce sont aussi mes amis.

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Lukas porte un top Saint Laurent Vintage et des bijoux personnels. Nassim porte une chemise Lanvin, pantalon Kenzo. Galatea porte un t-shirt personnel et un short-culotte Jacquemus.

Crédits

Photographe : Valeria Herklotz
Assistant Photographe : Volker Conradus
Stylisme : Erik Raynal
Assistante Styliste : Orvana Vabre
Maquillage : Camille Siguret chez MFT
Coiffure : Yann Turchi chez B Agency
Production : Élie Villette

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