Kuniyuki Takahashi & Kristiina Tuomi – « Delivrance »

avec hugo lx, découvrez 30 ans d'électro japonaise en un seul mix

Du 9 au 11 mai à la Gaîté Lyrique se tiendra le Japan Connection Festival, célébration des musiques électroniques japonaises. Hugo LX - parrain de l'événement avec Kuniyuki Takahashi - vous en donne un avant-goût.

par Antoine Mbemba
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15 Janvier 2019, 1:06pm

Kuniyuki Takahashi & Kristiina Tuomi – « Delivrance »

Il est des rendez-vous à ne pas rater. Après des soirées au New Morning et au Trabendo en 2017 et 2018, le Japan Connection Festival se transforme en véritable festival cette année, et prend ses quartiersà la Gaîté Lyrique du 9 au 11 mai. Toujours organisé par Make It Deep, agence de création d’événements dédiée à la musique électronique, le rendez-vous met à l’honneur la crème des musiques électroniques japonaises. Une initiative bienvenue, tant l’incroyable richesse de la scène nipponne reste encore méconnue pour beaucoup, et un pont culturel incarné notamment par ses deux parrains. Kuniyuki Takahashi d’un côté, producteur versatile, de tous les mouvements électroniques japonais depuis les années 1980, et Hugo LX de l’autre, français surdoué du groove, fana de dance et donc forcément de ses itérations japonaises. Invitant des figures emblématiques comme de jeunes artistes émergents de diverses scènes pour des lives qu'on s'imagine stratosphérique, le Japan Connection Festival s’annonce d’ores et déjà comme incontournable pour les curieux et mélomanes. Vous n'avez plus qu'à écouter le mix d'Hugo LX pour finir de vous en convaincre : 30 ans d'électronique et de dance japonaise, enregistré avec la plupart des artistes du festival.

Parle-moi de ton parcours, ce qui t’a mené à la musique.
Tout a commencé par la radio. Dans les années 90 et jusqu'au début des 2000s, le hip-hop de qualité et les musiques électroniques « soulful » avaient leur place dans les médias dominants. Avec des proches curieux, passionnés de jazz ou de musiques brésiliennes, tous les ingrédients étaient réunis pour entamer mon expérience musicale. Grâce à quelques connexions chanceuses à l'adolescence, je me suis vite retrouvé dans un milieu où convergeaient - à l'époque - à peu près tous les styles, de la pop à la techno. Puis j'ai eu la chance de sortir mes premiers disques (du hip-hop, majoritairement) et de collaborer avec plusieurs de mes héros américains - sur mon prochain disque, je collabore avec DJ Spinna, un des producteurs qui m'a le plus inspiré ! Douze après ces premiers disques, j'ai toujours le même plaisir à explorer et partager les musiques qui me tiennent à cœur.

Comment est né ton intérêt pour les musiques électroniques japonaises ?
Avant même de passer du temps au Japon, ma première claque musicale est venue de la scène hip-hop japonaise : Dj Muro, Rhymester, Mellow Yellow ou Scha Dara Parr pour ne citer qu'eux. Il existait peu de liens entre les scènes européennes et japonaises avant la fin des années 90. Les rappeurs ont été les premiers faire voyager le son japonais hors du pays. Puis il y a eu le Broken Beat au début des années 2000. Ça a changé la vie de tous ceux qui, comme moi, aimaient à la fois le hip-hop et la dance. Des artistes comme Jazztronik, Monday Michiru, Soil & "Pimp" Sessions, Kyoto Jazz Massive ou Mondo Grosso ont exporté cette musique très jazzy mais taillée pour le dancefloor. Les DJ allemands, londoniens, puis parisiens y ont goûté et ont créé l'âge d'or de ce style sans nom ! Ce qui est fascinant, c'est qu'aujourd'hui ces DJ de tous genres célèbrent ensemble leur héritage commun : la soul, le jazz, le r&b, le disco, les musiques africaines et sud-américaines...

Qu’est-ce qui fait, selon toi, la force de l’underground japonais ?
Je dirai que c'est ce détachement par rapport à une société très dure, qui ne permet pas toujours à chacun de s'exprimer. Un club au Japon, c'est un espace communautaire, une bulle de bien être et parfois un deuxième salon pour ceux qui vivent dans de petits appartements. Cette forme de liberté s'exprime aussi très bien dans l'approche musicale qu'ont les producteurs et DJ japonais : on peut tout faire et surtout le plus improbable. Il y a une dimension très personnelle voire intime dans la création musicale des artistes japonais. Ce qui n'est pas dit avec des mots se retrouve dans le son. L'art est une deuxième langue. Enfin, la création est continue et ne s'arrête pas aux modes. Il y a partout dans le pays des très jeunes artistes très investis.

Qu’est-ce qui le différencie, par exemple de l’underground actuel français ?
Je ne suis pas sûr de vraiment connaître l'underground français... Cette étiquette est vite galvaudée. Mais je dirai ceci : il est dur de faire communier tout le monde sous une même bannière, tant chacun a une approche personnelle de la musique et de son énergie. L'underground est uniquement une réponse aux phénomènes dominants, jusqu'à ce que cette réponse devienne elle-même un standard ! Si l'on parle d'underground, je pense que la scène japonaise se rapproche davantage de ce qui existe aux États-Unis, où l'utilisation même de ce terme revêt une connotation presque sociale, et un certain engagement au sein d'une communauté.

Est-ce que tu peux me parler de ton mix, ce qu’on y retrouve, ce qui te tenait à cœur d’y mettre ?
Ma sélection regroupe la plupart des artistes qui m'ont fait apprécier l'électronique japonaise, du moins dans sa dimension dance. J'ai aussi voulu retracer une partie de l'histoire de cette musique, de la fin des années 80 à aujourd'hui. Vous entendrez sûrement quelques différences d'époque, mais globalement, il y a toujours une grande fraîcheur dans la musique électronique japonaise, qu'elle ait 20 ou 30 ans. Particulièrement sur ce que les DJ européens appellent « Proto-house », ou dans l'electronica atmosphérique d'artistes comme Susumu Yokota ou Yuji Takenouchi. J'ai aussi essayé de regrouper des artistes de plusieurs régions, car le Japon ne se limite pas à Tokyo, et chaque région influence fortement ses natifs. Je suis très attaché à la région du Kansai - Kyoto, Osaka et Kobe - bien représentée dans le mix. Beaucoup des artistes présents dans ce mix seront avec nous pour le Japan Connection Festival.

Si tu devais nous présenter rapidement trois artistes incontournables pour s’initier à cette scène ?
De tête... je dirai Satoshi Tomiie, Kuniyuki Takahashi et Susumu Yokota (RIP). Trois artistes qui ont évolué sur plus de 3 décennies et se sont approprié l'outil électronique chacun à leur manière, au-delà des genres et des conceptions que nous pouvons avoir de ce genre musical, de la techno à l'ambiant en passant par la house et les musiques traditionnelles. Et si je peux en ajouter un, je vous recommande de jeter une oreille au grand Rei Harakami : la preuve que l'on peut faire de la musique riche (et créer son propre son) avec très peu.

Ne manquez pas le Japan Connection Festival, organisé par Make It Deep du 9 au 11 mai à la Gaîté Lyrique.

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