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muddy monk, le suisse qui va sauver la variété française

Il nous avait régalé de son romantisme sur notre tube de l'été « Le Code », en featuring avec Bonnie Banane, Ichon et Myth Syzer. Aujourd'hui, le musicien suisse revient avec un nouveau morceau en avant-première sur i-D.

par Antoine Mbemba
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22 Septembre 2017, 8:17am

La nostalgie, ça nous prend tous un moment, un matin, un soir d'automne. Il suffit d'une odeur, d'un son, d'une image qui ramène 5, 10, 15 ans en arrière. Le flash d'un bon moment suivi de l'impression d'un manque, d'en avoir moins aujourd'hui. Comme l'amour, la nostalgie est un trope qui a été filmé, raconté, écrit et chanté à l'infini – des lignes de Marcel Proust au piano le plus tire-larmes. Et c'est sûrement parce que c'est toujours aussi efficace. En tout cas, quand elle est chantée par Muddy Monk, elle est sacrément touchante de sincérité, de vérité et de douceur.

Muddy Monk, vous le connaissez parce qu'il chantait sur le tube de l'été, « Le Code », aux côtés d'une dream team qui faisait du bien : Myth Syzer (à la prod, bien entendu), Bonnie Banane et Ichon. Vous le connaissez aussi sûrement parce qu'il a produit un morceau du dernier, son pote et rappeur originaire de Montreuil, « Si l'on ride ». Une balade amoureuse et sensuelle aux synthés irrésistibles. Un clip surtout ; un road-trip éthéré aux confins de la Suisse de Muddy Monk. Depuis sa ville de Fribourg, Muddy Monk participe au maintien en vie de la chanson française, en français, assumée, sensible, romantique. Si la voix se faisait moins présente à ses débuts, avec l'EP Ipanema en 2015, ses premières instrus ont su préparer un terrain fertile au timbre de Muddy Monk pour Première Ride (2016) et pour la suite d'un univers, qui continue aujourd'hui avec « En Lea », un titre et un clip à découvrir sur i-D, forts des mêmes émotions, de la même authenticité. Interview.

Est-ce que tu peux me parler de ton parcours, de ce qui t'a mené à la musique ?
Je viens de Suisse. J'ai été amené à la musique par un ami, qui s'appelle Shady, qui m'a initié à toute la production musicale, instrumentale, pour du hip-hop. C'est comme ça que j'ai commencé, mais assez vite je me suis éloigné de tous les softwares pour m'équiper avec du MPC, ce genre de truc. En parallèle je prenais des cours d'improvisation. Je n'ai jamais vraiment su jouer un vrai morceau, mais j'ai appris à expérimenter. Et après je me suis tourné vers les synthétiseurs et la chanson française.

Tu te souviens de ton premier émoi musical, le premier son qui t'a fait vibrer ?
J'ai été très jeune dans la musique, avec mes parents qui en écoutaient beaucoup. Après j'ai toujours ressenti énormément d'émotions sur plein de musiques différentes. C'était très intense quand j'étais enfant. Il y avait moins de musique que maintenant, donc chaque morceau prenait une connotation particulière et était associé à un moment précis. Par exemple « Daddy DJ » me fait penser à Harry Potter. Les deux sont liés à vie pour moi, parce que j'écoutais le single de « Daddy DJ » en lisant Harry Potter.

Tu penses que justement, faire de la musique c'est aussi essayer de recréer pour les autres et pour soi ces premières émotions sonores ?
Clairement. Pour moi, le seul sens qu'il y a dans la musique, c'est faire vibrer les autres. C'est tout ce que je recherche. Il y a certaines chansons que j'écoute et que je prends vraiment fort dans la tronche. J'aimerais pouvoir faire ressentir ça à quelqu'un à travers mes chansons. C'est mon moteur, au-delà de toute complexité. J'ai envie de faire passer des choses très intenses, avec mon bagage et beaucoup de simplicité. Des choses qui sont certainement liées aux premiers émois que j'ai pu ressentir, oui.

Et chez toi l'émotion passe principalement par des élans nostalgiques, mélancoliques, tristement romantiques. Ce sont des traits de caractères qui te sont particulièrement propres ?
Totalement (rires). De toute manière je ne peux pas raconter d'histoires que je n'ai pas vécu dans la musique que je fais. Donc oui, je suis très similaire à ma musique dans la vie de tous les jours. Je suis romantique et je suis nostalgique. Et c'est parfois pénible, mais j'essaye d'en profiter un max à travers ma musique. J'essaye d'en faire des belles choses, de cette nostalgie.

Ta voix prenait beaucoup moins de place dans ta musique, sur tes premiers morceaux. Comment tu as abordé cette évolution, de l'instru vers la chanson française ?
C'est un parcours qui demande de la confiance. Il en faut déjà pas mal pour chanter, tout court, mais encore plus pour chanter en français. Plus on est confiant plus on peut livrer des textes complets. C'est pour ça qu'au départ je ne faisais que de l'instrumental. Puis j'ai commencé à chanter un petit peu, mais plus pour mettre des ambiances, pour agrémenter les morceaux, en utilisant la voix comme un instrument. Pour compléter. Avec le temps, je trouve que la voix est devenue l'instrument que je maîtrise le mieux pour faire mes improvisations, pour essayer de nouvelles choses. Chanter les mélodies, c'est devenu une des phases où je prends le plus de plaisir dans la création musicale. C'est quelque chose qui va très vite pour moi, et c'est comme ça que je ponds des chansons complètes. Et au-delà de tout ça, je suis un énorme fan de chanson française, de chansons à textes.

Tu citerais qui, justement, parmi tes références de la chanson française ?
Cabrel, énormément. Voulzy. Un mec qui m'impressionne énormément : Bashung, même si j'en suis très loin en termes de style. Moins chanson française, mais quand même en français : Tellier. Quand j'ai entendu les morceaux de Tellier, il y a eu un déclic. J'ai compris qu'on pouvait faire de la musique en français, actuelle et vraiment brillante.

Ça n'a pas été dur, en commençant à chanter, de livrer des textes en français, transparents ?
Non, au contraire, j'ai beaucoup aimé ça. Je trouvais très navrant le nombre de groupes qui chantent en anglais, en se cachant parfois derrière cette langue pour gagner une certaine musicalité. Mais bon, ce n'est pas notre langue. On peut transmettre des émotions très fortes avec notre langue. Et dans ma quête de transmission d'émotions, justement, ça semblait totalement évident de le faire en français. C'est la seule langue que je maîtrise, tout simplement. Je trouvais ça beau de pouvoir faire trembler des gens, donc ça ne me dérange pas de le sortir. Après, le premier album que j'ai fait était assez pénible à sortir. C'était Ipanema. C'était le tout début de mon chant en français, ça parlait de grosses histoires d'amour, et je m'y dévoilais quand même pas mal.

Et comment tu travailles ta voix ? Elle est beaucoup plus grave en vrai que quand tu chantes.
Je travaille toujours en analogique, j'ai une chaîne d'effets relativement standards, deux trois pédales, une reverb. Mais c'est chanté très souvent en voix de tête, c'est vrai. Du coup, on s'attend souvent à ce que j'ai une voix beaucoup plus aigüe en vrai.

Il y a un thème qui revient souvent dans tes chansons, « la ride » – à prononcer en anglais cette fois-ci. Ça représente quoi pour toi ?
Pour moi la ride ça représente le fait d'être en route et de s'échapper de la réalité, du quotidien.

Ce serait quoi pour toi la ride idéale ?
Un enchaînement de risques, une mise en danger et des levées de roue, quoi. Des moments de gloire.

Tu dirais quoi à quelqu'un qui ne connaît pas la Suisse, pour lui donner envie de venir ?
Le truc marrant c'est aussi la vision des suisses dans tout ça. Qui ne veulent pas trop amener les gens chez nous. Si un groupe suisse fait un clip, il ne va jamais vouloir tourner en Suisse. Il va aller à Paris, ou dans une grande ville, parce que « c'est là que ça se passe ». C'est pour ça que ça a été super intéressant de bosser avec Ichon parce qu'il m'a dit direct « bah non, on va le faire ici, mec. Les gars de Paris, ils ont déjà vu Paris mille fois. On va leur faire découvrir la Suisse. » Et la Suisse, c'est riche.

Il y a un an, tu disais avoir pour rêve (crédible) une collaboration avec Myth Syzer. Ça fait quoi d'avoir pondu un tube de l'été avec lui, Ichon et Bonnie Banane ?
Ça a été une collaboration géniale. Moi j'ai rencontré Syzer il y a environ 1 an et demi, 2 ans. On a tout de suite eu un très bon feeling. On s'est vu une fois au studio Goldstein pour faire des tests avec Ikaz. Après il nous a envoyé le son cet été, à Ichon, Bonnie Banane et moi, et on est parti dessus, on a expérimenté des choses chacun de notre côté, et puis on s'est retrouvés pour le clip. C'était assez fou, je me sens vraiment bien avec ces gens-là.

Tu disais aussi à une époque ne pas vouloir faire de scène, que tu te voyais uniquement comme un artiste de studio. C'en est où tout ça ?
Ahaha ! Ça sort les vieux dossiers ! Parfait ! En réalité, je ne me sentais pas légitime sur scène à l'époque. Je ne suis vraiment pas un musicien de live, je ne suis pas du tout dans la technique, je suis dans l'expérimentation de studio, et c'est une démarche très, très différente d'un live. Donc je ne voulais pas le faire à la base, mais finalement ça a un peu pris, et j'ai vu des opportunités qui pouvaient être sympas, donc on s'y est mis. Au début je n'étais pas convaincu, mais finalement le résultat était pas mal, on a pris du plaisir. C'était une histoire de confiance en soi, je pense. Mais oui, on a eu de belles expériences.

Et justement, toi qui es dans l'émotion, tu as dû en découvrir une nouvelle, plus directe, sur scène.
Ah, au niveau émotion, c'est un bordel. Le live est intense ! Après on n'a fait que deux live. L'état où tu t'oublies et tu es connecté au public viendra plus tard je pense. Pour le moment, on est encore dedans avec une petite boule au ventre, et on fait notre truc du mieux qu'on peut. La connexion viendra plus tard, je pense. Mais c'est déjà génial.

Qu'est-ce que tu peux me dire du son qui sort aujourd'hui, « En Lea » ?
J'ai d'abord bossé les instrus, avec une petite boîte à rythme et deux synthés. Puis j'ai écrit le texte, qui parle d'une romance à trois, d'un homme qui demande à une femme de soigner ses blessures. Au début de la chanson, il dit qu'il ne connaît pas pays plus tendre, ça parle aussi du corps de la femme. Et voilà ! Il y a ce rapport entre deux femmes, la femme de ses rêves et la deuxième femme, qui est peut-être un peu un pansement.

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?
Très bonne question. De continuer à être en route.

De continuer la ride, quoi.
C'est ça. Continuer à être sur la route encore un bon moment.