vers l'infini et l'au-delà

Louis Vuitton et Miu Miu ont proposé leurs visions du monde et de la mode : tolérants et irrationnels.

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08 Octobre 2015, 12:31pm

"Le monde devient irrationnel", s'est exclamée Miuccia Prada après son défilé chez Miu Miu qui - en clôturant la Fashion week parisienne - un brillant résumé de certaines tendances aperçues dans les grandes capitales pour cette saison printemps/été 2016. Les imprimés librement sauvages aux élans bucoliques poussaient dans une arène espagnole très "rodéo", les robes à froufrou, le glamour des fourrures bariolées et les motifs tribaux rencontraient des coupes modernes et géométriques. Tout était irrationnel, à l'image d'une nature qui reprend ses droits sur le podium : durant toute cette saison, les designers se sont imprégnés de références culturelles, pour fédérer un esprit multiculturel et multiréférencé. Le message? La tolérance : peut-être que la mode en a assez d'être rabaissée et cantonnée à sa bienséance, sa superficialité et d'être jugée lorsqu'elle choisit de se mouiller un tant soi peu. Donc, nous tendons vers un horizon qui réunit les cultures et les ethnies partout dans le monde, et qui célèbre la différence sans s'embarrasser du politiquement correct. 

Miu Miu spring/summer 16

Chez Louis Vuitton, Nicholas Ghesquière a creusé cette veine : il s'est tourné vers le futur pour une collection "post-digitale" - Ghesquière est allé puiser dans l'après-digital, un territoire encore inexploré. Il n'est pas aisé de définir sa collection. Mêlant argenté et plastique, imprimés vaisseaux spatiaux et petites robes pastorales, ses vêtements voyageaient dans l'espace - du jamais vu. Et c'est peut-être le plus beau compliment qu'on puisse faire à un designer. Ghesquière maîtrise l'art et la manière de nous transporter dans un monde qu'on ne s'attendait pas à découvrir. En déambulant dans la Fondation Louis Vuitton - élu pavillon de ses défilés depuis trois saisons maintenant, - on ne peut qu'envisager l'avenir de la maison dans les mains de Nicolas Ghesquière. Quelque chose dans son travail reflète l'avant-gardisme architectural du bâtiment Vuitton, qui se métamorphose en fonction de l'angle et de la lumière avec lequel on le regarde. Le reflet des multiples facettes de Louis Vuitton aujourd'hui se tenait là, dans cette collection : diversifiée, intrigante, ouverte, dans le sillon du New Error de Moderat, la bande-son qui accompagnait le défilé. 

Louis Vuitton spring/summer 16

Credits


Text Anders Christian Madsen
Photography Mitchell Sams