on vous présente la nouvelle femme dior

Vendredi dernier, lors de la Fashion Week parisienne, Maria Grazia Chiuri a fait entrer Dior dans une nouvelle ère, avec une première collection courageuse et féministe.

par Anders Christian Madsen
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03 Octobre 2016, 8:45am

Paradoxalement, le combat contre le chauvinisme masculin de ces dernières années nous a rendus tellement frileux à l'idée de souligner le genre féminin qu'on avance finalement à reculons. Nous ne sommes pas censés évoquer la coiffure et la garde-robe d'Hillary Clinton ; résultat : sa campagne a rarement rappelé qu'elle serait la première femme à la tête de la plus grande puissance mondiale. Nous ne sommes pas censés remarquer que Theresa May a de belles jambes ; résultat : on oublie presque qu'elle est la première femme Premier ministre depuis Thatcher. Et comme on n'a évidemment pas le droit de se moquer des pantalons multicolores d'Angela Merkel, il en va de même pour elle. Eh bien Maria Grazia Chiuri a quelque chose à nous dire : la conscience du genre n'est pas un défaut, c'est une force et « nous devrions tous être féministes », lisait-on sur un t-shirt de sa première collection Dior, vendredi après-midi. Plutôt que d'emprunter le chemin de la discrétion et du politiquement correct, Chiuri a embrassé de pleine face le tournant qu'elle incarne désormais. Elle est la première designer femme à la tête de Dior, et la première femme à hériter d'un poste de cette échelle dans l'histoire contemporaine de la mode. 

Et considéré tout ça, sa première collection dépassait les simples qualificatifs « bien » ou « pas bien ». Dior faisait l'histoire, avec un timing parfait, pour la saison idéale, qui verra sûrement d'ici Noël trois femmes diriger le monde - Merkel, May et Clinton. Ce n'est pas la première fois que Chiuri secoue le politiquement correct. Il y a un an, presque jour pour jour, elle déployait une collection courageuse, panafricaine et tribale, pour Valentino - sa maison d'alors - mélangeant différentes influences, différentes cultures tribales du continent pour un casting pareillement multiculturel. Elle fut rapidement taxée d'appropriation. Ce à quoi Chiuri répondait que partager les cultures était exactement ce dont le monde avait besoin pour résister et surmonter les tensions raciales. Elle continue de cimenter sa conscience sociale avec cette collection Dior, en y incorporant des messages féministes forts, comme cette citation griffée sur un t-shirt, que l'on doit à une activiste nigériane et américaine, Chimanda Adichie, dont l'écho du combat se ressentait également dans la bande-son du défilé, avec le morceau ***Flawless de Beyoncé, qui sample l'un de ses discours. 

Chiuri s'est exercée au mélange des genres dans le passé, chez Slimane. Le symbole qui traversait sa collection Dior Homme dans les années 2000 (une abeille, un symbole napoléonien de pouvoir) reprenait sa part belle avec Chiuri cette année - une référence et un hommage direct au passé de la maison et son mentor. Le message ? Féministe avant tout. Chiuri déroulait sur le podium l'idée d'une "discipline dont l'équilibre entre la raison et l'action, l'harmonie entre l'esprit et le cœur, sont essentiels," écrivait-elle dans la présentation de son défilé. "Le corps de la femme s'adapte à son uniforme qui, en retour, semble avoir été conçu spécifiquement pour un corps et ses lignes. "Il est possible de scinder le public de la mode en deux : ceux qui apprécient le costume et ceux qui ne l'apprécient guère. Une chose est sûre, Chiuri a su combler le premier groupe. Pour toujours. 

Au fur et à mesure du défilé, les ornements féministes se confondaient dans un autre répertoire, celui qui a fait son succès chez Valentino : des jupes finement brodées, en maille sportive ou tressée. De longs voiles légers révélaient des sous-vêtements sportifs (presque masculins) dont les élastiques étaient estampés d'un large "Christian Dior". Depuis l'arrivée de Chiuri à la tête de Dior, la presse n'a eu de cesse de spéculer sur la séparation du duo Chiuri / Piccioli chez Valentino. Était-elle la tête pensante du duo ? Ou bien l'exécutrice ? Chez Dior, elle a su prouver qu'elle pouvait mener ses troupes sur tous les fronts avec tout en préservant sa douceur et son romantisme. C'est une chose de prendre les rênes d'une grande maison et de se montrer à la hauteur des attentes de ceux qui nous épient. C'en est une autre de signer de sa plume une toute première collection, y apporter soin univers tout en respectant un héritage et d'aller chercher dans les archives masculines de la maison des éléments qui feront l'esprit d'une collection pour femmes. 

Maria Grazia Chiuri représente désormais la force vive et féminine d'une nouvelle ère, une voix puissante. C'est avec confiance et fierté qu'elle s'est engagée sur le podium à la fin de son défilé pour saluer l'ovation de son public - une assurance qui résonnait comme le mantra de sa collection. Les grandes femmes du monde ont un nouvel uniforme, il s'appelle Dior. 

Credits


Texte Anders Christian Madsen
Photographie Mitchell Sams

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Mode
maria grazia chiuri
printemps/été 2017