Dress Vetements from Dover Street Market Ginza. Tank top and Choker Stylist's Own.

kiko mizuhara, le visage de la révolution japonaise

À l'occasion de la sortie du second numéro d'i-D Japon, nous retrouvons Kiko Mizuhara shootée par le photographe légendaire Nobuyoshi Araki.

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oct. 14 2016, 11:00am

Dress Vetements from Dover Street Market Ginza. Tank top and Choker Stylist's Own.

Robe Vetements de chez Dover Street Market Ginza. Bottes Vetements de chez Adelaide. Veste et ras-du-cou de la styliste. 

Robe et collier Junya Watanabe Comme Des Garçons. Boucles d'oreilles de la styliste. 

Robe Noir Kei Ninomiya. soutien-gorge Rellik. Bottes Vetements de chez Adelaide. Culotte et ras-du-cou de la styliste.

Pull Dior.

Veste et pantalon Louis Vuitton. Brassière et ras-du-cou de la styliste. 

À l'instant où elle passe la porte du studio, la pièce s'anime d'une étrange énergie. Sa beauté, sa vitalité contagieuse captivent ceux qui les entrevoient. Mizuhara impressionne. Et le photographe, Nobuyoshi Araki s'empresse d'immortaliser cet écrin de douceur - après l'avoir enlacé de ses bras. Kiko Mizuhara a 25 ans. C'est une mannequin et actrice que les magazines et la télévision s'arrachent. Du genre à ne pas céder, pour autant, aux affres ou aux travers du milieu qui imposeraient de prêter une oreille soucieuse aux gossips. Elle n'a peur de rien, brille d'humanisme et simplicité. Des qualités évidentes mais peu usitées dans la mode.

Le porte-parole d'une génération
Il suffit de prendre conscience du nombre de jeunes créatifs talentueux dont regorge le monde aujourd'hui, ceux qui ont entre 17 et 30 ans. Grâce aux réseaux sociaux, les Japonais apprennent à aller vers l'autre, à comprendre et appréhender ce qu'ils ne connaissaient pas encore avant du monde, à briser les frontières entre les pays. Les jeunes sont beaucoup plus tolérants et ouverts aux autres. L'énergie de la jeunesse se ressent partout à travers le globe, elle se propage et se métamorphose — je suis tellement heureuse d'appartenir à cette génération. Ça me booste et me porte à aller toujours plus loin. Chaque jour, je rencontre de très belles personnes, ce qui était moins évident quand j'ai commencé ma carrière dans le mannequinat, il y a 12 ans. Le Japon vivait à l'époque sa grande vague Kogaru : les filles s'habillaient de manière très féminine et kawai, elles arpentaient Shibuya en kigurumionesies (costumes d'animaux), tandis que Kumi Koda vivait sa grande ascension dans la musique. Parallèlement, les femmes avaient beaucoup d'attitude. J'ai l'impression qu'elles se sont un peu renfermées après, tues. Aujourd'hui, elles reprennent du poil de la bête. Parce que tout le monde commence à tourner le dos au conservatisme. Tokyo est en pleine effervescence, on le sent et moi aussi, j'ai envie d'en faire partie. Je crois à ma génération, à sa force et ses pouvoirs.

Nouvelles formes de communication
Maintenant, je suis bien plus à l'aise en Anglais. Je fais énormément d'efforts pour garder le contact avec les copains que je me suis fait sur les réseaux sociaux. Avec Instagram et Snapchat, on partage plus de choses aux autres. On est moins timides. Tout disparaît en 24 heures sur Snapchat. Je suis un peu addict à ce système de communication.

Sur l'émoi causé par les posts Instagram de Kiko
Ouais, ça arrive. Mais un sein n'est qu'un sein. Et après ? Je ne vois pas le problème. Mais quand ce genre de choses arrive, ça me rappelle le nombre de personne qui me suivent et qui lisent mes posts. Je n'ai personnellement pas changé du tout, mais plus je partage de choses, plus les gens qui me suivent évoluent et changent. Et ça veut dire qu'il y a plus en plus de gens très critiques. Je n'ai jamais cherché à me mettre particulièrement en valeur, et ma position à ce niveau-là n'a pas changé. Mais récemment, j'ai réalisé que plus il y aura de gens qui me suivront, plus ce genre de choses arrivera.

Avancer en Asie
J'ai prévu de tourner dans quelques films en Chine cette année. Je suis heureuse que ce soit lancé ! Je veux rester fidèle à mes racines asiatiques. Ce serait super si je pouvais évoluer du Japon à l'Asie tout entière, puis de l'Asie au reste du monde. J'ai été élevée dans des cultures japonaises, coréennes et américaines, ce qui est assez inhabituel ; et j'aimerais mettre à profit ce profil unique dans mon travail.

Comment travailler en Asie l'a changée
Les Asiatiques hors du Japon approchent les choses de manière très agressive. Je dirais que la Chine est championne à ce niveau-là. Les Coréens ont également tendance à ne pas mâcher leurs mots, et ils sont très drôles. Ils adorent essayer de nouvelles choses mais ils sont aussi très forts pour imiter les autres, et ils abordent les challenges avec beaucoup de flexibilité. Ils sont très tolérants, mais je pense qu'il est quand même indispensable de comprendre la culture de ces pays et de les respecter - ce serait très naïf de ma part de penser que je pourrais arriver en Chine et me voir offrir du travail dans la seconde. Je veux travailler là-bas donc j'apprends tout ce que je peux de la culture chinoise en ce moment, pour montrer ma bonne volonté... et j'adore ! Comme j'ai beaucoup eu l'occasion d'aller dans d'autres pays d'Asie, j'ai pu regarder la Japon avec plus d'objectivité : j'ai l'impression que l'on est un peu dans un creux, alors que nous avons été un pays si créatif. Si l'Asie pouvait être solidaire et fonctionner unie, on ferait des choses merveilleuses. Mais à cause de la politique et des rivalités entre nations, on ne s'entend pas très bien en ce moment. J'espère que ma génération changera cela. Je veux que l'Asie fonctionne et travaille unie et qu'elle partage sa grandeur avec le monde.

Les espoirs pour dans dix ans
Voyons voir... J'aurais 35 ans. J'aimerais monter une sorte « d'union », où les jeunes artistes et les actrices montantes, les chanteuses et les créatrices pourraient se rassembler et créer du nouveau. J'espère que je serais toujours actrices dans 10 ans, mais que je ne tournerais que dans ce qui me plaît réellement.

Un conseil pour la prochaine génération
Continuez à faire ce qui vous plaît, et rien d'autres. Ne pensez pas à la partie business des choses. Ça viendra plus tard. 

Credits


Texte : Kazumi Asamura Hayashi
Photographie : Nobuyoshi Araki
Stylisme : Erika Kurihara
Coiffure et mise en beauté : Katsuya Kamo
Hair and make-up assistance Yui Hayashi (Kamo Head)
Styling assistance Katsuyuki Naito and Ayano Santanda
Mannequin : Kiko Mizuhara représentée par Asia Cross
Remerciements à Takayuki Mashiyama at Taka Ishii Gallery