kris van assche revient sur sa décennie chez dior homme

"Je suis conscient du temps qui passe. J'ai appris à profiter de la vie. Je suis beaucoup plus à l'aise aujourd'hui à 39 ans qu'à 16 ans, croyez-moi. Les gens répètent qu'ils veulent redevenir adolescents. Pas moi."

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nov. 23 2015, 11:05am

Cette année, Kris Van Assche a fêté ses 39 ans. Autour d'un thé vert au Marignan à Paris après son défilé pour Dior Homme, il nous a glissé son âge à plusieurs reprises. Il n'avait pas 30 ans qu'il remplaçait déjà Hedi Slimane. Son âge, il nous semble, lui rappelle le calme et la sérénité qu'il a acquis au cours des années. Ses manières discrètes et ses origines belges ont façonné sa carrière. "Je viens de poster un selfie avec A$Ap Rocky, vous allez être déçus" rétorque-t-il malicieux lorsqu'on lui parle de ses "bonnes manières". 

Il y a quelques moins, Kris annonçait la fin de son label KRISVANASSCHE, une conséquence qu'il attribut à un manque de temps, même s'il ne souhaite pas particulièrement en parler. Est-ce qu'il est heureux aujourd'hui ? "Oui très. J'ai l'impression que Dior Homme a un tout nouveau vocabulaire que personne n'ose plus contredire aujourd'hui, déclare-t-il. Ça n'a pas été simple mais si c'est trop simple, ça veut dire que je ne me donne pas assez de mal. Si tu aimes jouer au tennis, joue au tennis. Mais si tu veux être numéro 2 au Wimbledon, c'est autre chose." Son homme Dior a peut-être mis du temps à éclore, perdu à l'ombre de ses prédécesseurs incandescents - mais il a trouvé sa lumière : celle d'un gentleman, doux, esthète et romantique, aristocrate et bohème, pensé de toute pièce par Van Assche.

"Je trouve qu'il a beaucoup changé, révèle Van Assche à propos de l'homme Dior. Maintenant qu'Hedi a son propre défilé chez Saint Laurent, il suffit de mettre Dior homme à côté pour voir comme il a changé - ce que je pense être une réponse à ce qu'une maison de haute couture peut faire pour habiller l'homme. C'est la question que je m'étais posée il y a neuf ans. Pour moi, ça ne devait pas être quelque chose de niche, ça devait évoluer, grandir vers un état de conscience plus mûr." Si vous doutiez encore du talent de Van Assche, il suffit de vous pencher sur le sourire franc et chaleureux du PDG de Dior Sidney Toledano à chaque défilé et de ses remerciements délicats à l'intention du designer auréolé.

Mais Van Assche ne se repose pas sur ses lauriers pour autant. La saison automne/hiver 2015 a été marquée par une étonnante série de costumes en queue de pie, orchestrée par l'hypnotique Landsc Apes de Koodlam. Ce défilé ajoutait à Dior Homme un trait de personnalité plus fort et révélait l'ethos de son créateur. "J'ai toujours été de ceux à défendre la tradition, décrète-t-il. J'essaie de me concentrer sur la manière dont Dior Homme doit refléter notre monde. Dior, en tant que maison de couture, doit rayonner. Je me suis aperçu que les gens achetaient des costumes. "

Le rêve de grandeur est symptomatique du bourgeois péremptoire. Proche de sa grand-mère, une dame de l'aristocratie belge dont la famille a perdu sa fortune alors qu'elle n'était qu'une enfant. "Elle avait tous les codes de cette classe sociale, elle savait comment s'asseoir et mettait toujours des fleurs sur la table, se souvient Van Assche. Et elle s'est battue pour faire vivre ces moeurs, même quand l'argent lui manquait. Mon père, son fils, était en rébellion contre ce milieu bourgeois. Il ne comprenait pas qu'on puisse vivre sous ces lois sans faire partie de la noblesse. Je pense que mon père n'a jamais porté une cravate de sa vie. Mais de ma grand-mère, j'ai appris le sens du détail, celui qui rend les choses belles et fait toute la différence. "

Si son héritage familial se ressent dans sa manière de travailler, Van Assche ne s'est jamais étendu sur sa vie privée dans la presse. De son règne à Dior Homme, peu d'interviews ont été données et le designer n'est pas un grand ami des médias. "C'est vraiment usant quand on ne cesse de vous poser la même question depuis dix ans. C'est comme réciter son CV à l'oral. 'Et votre adolescence ?' Et vos premiers pas dans la mode ? Et vos débuts à Paris ?' ça fait vingt ans maintenant, foutez-moi la paix ! Avec les journalistes, je pars toujours sur une fausse note. Mais quand les questions deviennent un peu plus profondes, là, j'y trouve de l'intérêt."

Cette discrétion toute particulière qu'on retrouve aujourd'hui chez le designer ne l'a pas toujours suivi. Quand il était adolescent, dans la Flandre rurale des années 1990, le jeune homme ne jurait que par "Jean-Paul Gaultier et Thierry Mugler, les deux personnages les plus extravagants de la mode. En grandissant, je me suis attaché à une esthétique plus belge et j'ai commencé à suivre des créateurs plus discrets, avoue Kris. C'est pour ça que je les aime. J'ai passé mon adolescence à idolâtrer Madonna et même si je ne pourrais pas en être plus éloigné aujourd'hui, j'admire son personnage. Je me suis seulement résigné à lui ressembler un jour."

Van Assche a travaillé  main dans la main avec l'un de ces designers belges très discrets, Raf  - du moins, sur le papier. "L'homme a toujours été très différent de la femme, même si ils tendent à se rejoindre aujourd'hui. Nous avons des bâtiments séparés. Et des équipes différentes. J'admire énormément Raf Simons et je respecte son travail." On lui a demandé s'il portait les vêtements de Raf. "Non, j'ai créé ma propre marque donc j'ai des tonnes de vêtements ! Mon amoureux porte du Raf Simons."

Voici à quoi ressemble le Kris Van Assche 2.0 : il est distingué, poli avec une pointe d'audace fraichement rehaussée - celle qu'on doit à la sagesse qui vient avec l'expérience. "Je suis conscient du temps qui passe et de la nécessité d'aimer la vie," admet-il. Je suis beaucoup plus à l'aise aujourd'hui à 39 ans qu'à 16, croyez-moi. Les gens répètent qu'ils veulent retourner à l'adolescence. Moi, absolument pas. Je me sens beaucoup plus heureux et équilibré qu'avant.

Credits


Texte Anders Christian Madsen
Photographie Willy Vanderperre 
Fashion Director Alastair McKimm
Grooming Sofie Van Bouwel chez Touch by Dominique Models Agency, produits Chanel
Mise en beauté des mains Eva de Keersmaker 
Lumière Romain Dubus
Digital operator Henri Coutant at Dtouch
Photographie assistance Jorre Janssens, Sander Muylaert
Stylisme assistance Lauren Davis, Katelyn Gray, Sydney Rose Thomas, Inge Theylaert
Production Isabelle Verreyke, Willy Cuylits, Dieter Blonde, Mira Schouten at Mindbox
Producteur Floriane Desperier at 4oktober
Mannequins Benno chez Tomorrow is Another Day, Jolan de Bouw chez Hakim Model Management, Ruben Pol chez 16Men, Tim Schumacher chez Premium Models, Yasko
Vêtements Dior Homme printemps/été 2016