en 1992, tupac prédisait l'élection de trump et ses conséquences

« Personne ne devrait pouvoir gagner 36 millions au loto quand certains d’entre nous meurent de faim. »

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25 janvier 2017, 1:45pm

Il y a quelques jours, Donald Trump prenait ses fonctions de président des États-Unis. Nombre d'habitants de New-York ont été heurtés par cette victoire et par le rôle que leur état a joué dans l'élection d'un homme aussi sectaire que violent. Si Tupac, le rappeur né à Harlem, était encore vivant, il aurait surement été un des premiers à s'insurger de l'élection de Trump. Il y a 25 ans exactement, Tupas dénonçait le système de castes qui règne aux États-Unis incarné par des hommes comme Trump, lors d'une interview. La vidéo de cet entretien est réapparue sur la toile l'an dernier.

La vidéo MTV est datée du 8 Août 1992 - quelques mois seulement après les émeutes de Los Angeles qui avaient fait suite à l'acquittement des quatre officiers de police accusés de l'agression de Rodney King. Devant la caméra, 2Pac parle de la nature systémique des inégalités économiques aux États-Unis : « À l'école on apprend à tout le monde que si on veut réussir, si on veut être comme Trump, il faut vraiment insister et presser ce qui se met au travers de notre route pour obtenir ce que l'on veut. »

25 ans plus tard, cette vidéo est plus pertinente que jamais. Tupac explique pourquoi la rhétorique de Trump défend l'avidité et entrave totalement l'accès à une société démocratique, égale et juste. « Maintenant l'Amérique s'habille de bijoux, elle donne et prête de l'argent à tout le monde sauf à nous. Tout le monde a besoin d'un peu d'aide pour parvenir à l'indépendance, explique-t-il. Personne ne nait indépendant. On apprend à travailler en équipe, à coopérer, à être unis, à lutter et finalement on devient indépendant. Il faut qu'on enseigne ça, qu'on l'inculque. »

Tupas enchaîne ensuite avec passion sur l'importance du partage des richesses - un des aspects fondamentaux de la campagne d'un certain Bernie Sanders : « Je ne comprends pas pourquoi certains possèdent des avions tandis que d'autres n'ont pas de maison, pas d'appartement, pas de cabane, voire de fringues. » Et lorsque le journaliste en face de lui émet l'hypothèse que certaines richesses sont méritées, le rappeur répond : « Même si tu l'as mérité, tu es toujours redevable. »

Le rappeur aborde également les liens existants entre inégalités économiques et prospérité sociale. Un propos qui prend tout son sens aujourd'hui à l'aune de l'élection de Trump, dont les conséquences pourront se révéler extrêmement graves. « Une personne sans ressource ni argent ne sombre pas nécessairement dans la violence, la criminalité, la folie ou la drogue. Il s'agit juste d'une personne qui ne possède rien, point » expliquait Tupac. L'écart différentiel entre les droits des blancs et les droits des noirs se creuse à vue d'œil. Et les choses ne semblent pas parties pour s'arranger. Les désavantages économiques ne sont pas, comme le dit Trump, synonymes de décadence. Le problème est l'institutionnalisation de ses écarts depuis des centaines d'années maintenant - de l'esclavagisme aux violences policières.

En dépit de toute la haine (justifiée) que 2Pac exorcise dans cette vidéo, il garde espoir - comme Sanders - en l'éventualité d'un grand changement de paradigme : « Mais il va falloir quelque chose de révolutionnaire, quelque chose d'extraordinaire. »

Credits


Texte Emily Manning