skepta a volé deux images (et tout leur sens) au photographe ilyes griyeb

Le célèbre rappeur anglais est accusé par le photographe franco-marocain Ilyes Griyeb d'avoir volé et plagié son travail pour la promotion de sa nouvelle marque de vêtements.

par Antoine Mbemba
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07 Juillet 2017, 1:40pm

Il y a un peu plus d'un an, on relayait dans ces pages le travail du photographe franco marocain Ilyes Griyeb. On discutait avec lui de sa série Moroccan Youth ; on lui demandait comment, pourquoi il avait photographié cousins, amis, et plus largement toute une génération secouée par des fantasmes occidentaux ;plombée par un rêve inaccessible, les difficultés du quotidien, l'ennui. On parlait aussi avec Ilyes de l'importance pour la jeunesse, d'où qu'elle soit, de parler elle-même d'elle-même. De s'approprier son image, son histoire et d'écrire en photos, en films, en musique, en bouquins, son propre récit générationnel.

Dernièrement, on apprenait que le rappeur Skepta, ponte du grime outre-manche, avait volé deux photos à Ilyes, avant de plagier une partie de son travail pour faire la promotion de sa nouvelle ligne de vêtements, Mains London. L'ironie est aussi grinçante que le cynisme du délit. De la série Moroccan Youth, il ressortait déjà cette fascination chez les jeunes marocains pour les marques occidentales ; l'unique totem palpable d'une mondialisation ratée, à l'usufruit inaccessible, et qui ne les touchent que par le futile, l'apparence. Ilyes expliquait à ce propos que les marques sont « ce qui les définit, vu qu'on leur a enlevé la possibilité d'atteindre leur rêve. Tout ce qui reste, c'est de mimer, de se convaincre qu'ils ont atteint une partie de leur rêve. »

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Alors, qu'en novembre 2016, Skepta recadre tranquillement deux de ses photos, y placarde son logo et publie sans ciller ni demander, c'est déjà trop. Que le rappeur s'entiche, plus récemment et pour un brin de cohérence, d'un lookbook produit au Maroc et d'une release party londonienne sauce danse du ventre et sacs d'épices, c'est son choix. Mais au-delà de l'aspect purement juridique de l'affaire, la symbolique même des photos est viciée par cette récupération, cette réappropriation facile. Le sens des images est aspiré d'un coup dans une nouvelle matrice marketing, et recraché dans ce fantasme collectif, attribuable à une certaine mode, un certain pan de la pop culture, pour l'esthétique arabe. Un point de vue développé par Mohamed Sqalli et Ilyes Griyeb lui-même, juste là. Sans le savoir Skepta s'est fait le triste miroir occidental de ces images. Tout ça sans savoir ce qu'il se serait passé si l'artiste avait simplement...demandé.

Depuis le premier jour de la publication des photos volées, en novembre 2016, Ilyes Griyeb a essayé à plusieurs reprises d'entrer en contact avec le rappeur et son entourage. Sans réponse pour l'instant. Au Huffington Post Maroc, le photographe expliquait récemment ne plus rien attendre du rappeur. « J'ai d'abord demandé à être cité, ça n'a pas été fait. Puis j'ai demandé que les images soient supprimées, ça n'a pas été fait. On m'a ensuite parlé d'une éventuelle rencontre en vue d'une collaboration… Sûrement un mensonge pour me faire patienter en silence. Car rien n'a été fait non plus. »

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Texte Antoine Mbemba
Photographie Ilyes Griyeb

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