les 7 expos mode à ne pas manquer ce printemps

Le printemps arrive et les programmations des musées de mode font peau neuve. Entre Margiela au MoMu, Cristóbal Balenciaga au Musée Bourdelle, Rei Kawakubo au MET ou encore Dalida au Palais Galliera, la saison s’annonce plus qu’alléchante.

par Sophie Abriat
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27 Février 2017, 10:40am

Balenciaga. Robe, 1963.Gazar noir. Collection Palais Galliera - © Julien Vidal / Galliera / Roger-Viollet 

Balenciaga, L'œuvre au noir au Musée Bourdelle

Quand Cristóbal Balenciaga disparaît en 1972, la nouvelle fait la une du New York Times. Il était l'une des figures les plus innovantes et admirées de la haute couture et un modèle pour ses pairs. Pour Elsa Schiaparelli il était « le seul couturier à oser faire ce qu'il aimait » et pour Christian Dior « notre maître à tous ». Très discret, le couturier n'a accordé qu'une seule interview au cours de sa carrière et n'apparaissait pas au public lors de la présentation de ses collections, préférant les coulisses. Il se faisait tellement rare que certains journalistes se demandaient s'il existait vraiment mais ses robes parlaient pour lui. Cet « évêque de la modernité » - surnommé ainsi pour son fervent catholicisme et sa couture avant-gardiste - a habillé les plus grandes stars de son époque : Marlene Dietrich, Ava Gardner, Ingrid Bergman ou encore Lauren Bacall. Le couturier a lancé sa maison il y a un siècle exactement, à Saint-Sébastien, dans son pays natal, l'Espagne. A partir du 8 mars, le Musée Bourdelle lui rend hommage à travers le prisme de sa couleur fétiche : le noir. Ce technicien des volumes - ligne tonneau, jupe ballon, robe 4 cônes - a fait de la rigueur et de l'épure ses marques de fabrique. Comme pour Soulages, plus qu'une couleur, le noir fut pour lui une matière vibrante, tour à tour opaque ou transparente, mate ou brillante. Une centaine de créations mythiques issues du fonds Galliera et des archives de la maison Balenciaga se mélangent aux œuvres blanches d'Antoine Bourdelle, grand maître de la sculpture de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.

Balenciaga, L'œuvre au noir, du 8 mars au 16 juillet 2017 au Musée Bourdelle.

Margiela, les années Hermès au MoMu, Musée de la Mode d'Anvers

Hermès A/H 1998-1999 'Le vêtement comme manière de vivre' Le Monde d'Hermès, Photo: John Midgley

Nul besoin de présenter Martin Margiela. Il n'y a qu'à voir comment le designer continue d'influencer la nouvelle garde. En 1997, Jean-Louis Dumas, alors président d'Hermès, l'engage pour dessiner les collections femme de la maison. Déconstruction novatrice d'un côté et luxe intemporel de l'autre : le choix est audacieux. Dans Libération, en 1998, la journaliste Sibylle Vincendon écrivait : « Dernière mode dans la mode: le mariage contre nature. Un créateur déjanté lâché dans une maison bien sous tous rapports. (…) D'un côté, un créateur hautement cérébral, qui n'hésite pas à faire porter par ses mannequins des fragments de vêtements volontairement non terminés. Et, de l'autre, un sellier centenaire chez qui il y a de la rombière dans l'air ». Pourtant, le mariage des deux univers sera une réussite. A l'époque, le créateur belge est déjà considéré, avec sa propre marque Maison Martin Margiela, comme l'un des designers les plus influents et créatifs de sa génération. Son intérêt pour la déconstruction, le recyclage et la récupération de matières était alors inédit dans le monde de la mode. Le MoMu présente pour la première fois une exposition des collections dessinées par Martin Margiela pour Hermès entre 1997 et 2003. La Belgique rend hommage à son créateur.

Margiela, les années Hermès, du 31 mars au 27 août 2017 au MoMu, Musée de la Mode d'Anvers.

Paris Refashioned, 1957-1968 au Musée du Fashion Institute of Technology

Pierre Cardin, "Cosmos" dress, 1967, cadeau de Lauren Bacall

L'exposition Paris Refashioned, 1957-1968 organisée par le musée du Fashion Institute of Technology (FIT) de New-York interroge l'influence combinée de la haute couture et du prêt-à-porter français des années 60. Une paire de bottes blanches signée André Courrèges est exposée aux côtés d'une robe jaune « Op Art » d'Emmanuelle Khanh (disparue ce mois-ci) et d'une mini-robe de la collection « Cosmos » de Pierre Cardin portée par Lauren Bacall. 1957 et 1968 constituent deux dates charnières dans l'histoire de la mode. « En 1957, Christian Dior disparaît et Yves Saint Laurent, âgé de 21 ans, reprend les rênes de la maison. En 1968, Cristóbal Balenciaga, contrarié par les évènements de mai 1968 et plus en phase avec la société, ferme sa maison » explique Colleen Hill, commissaire de l'exposition. « Les relations entre la mode française et la mode américaine n'ont jamais été simples » poursuit la commissaire.A partir de la seconde guerre mondiale, New-York cherche à s'émanciper de l'influence française et à se défaire des accusations de copie. Dans les sixties, Paris voit son rang de capitale mondiale de la mode concurrencée à la fois par Londres et New-York mais elle reste une place très influente. « Les magazines de mode américains comme Vogue, Women's Wear Daily, Harper's Bazaar font d'abord la promotion du prêt-à-porter américain mais ils consacrent, avec un ton révérencieux, des articles entiers à Paris » indique Colleen Hill qui s'est replongée dans les magazines de l'époque.

Paris Refashioned, 1957-1968, du au Musée du Fashion Institute of Technology (FIT) , du 10 février au 15 avril 2017.

Rei Kawakubo/Comme des Garçons: Art of the In-Between au Metropolitan Museum of Art

Rei Kawakubo (Japanese, born 1942) for Comme des Garçons (Japanese, founded 1969), Body Meets Dress - Dress Meets Body, spring/summer 1997
Courtesy of The Metropolitan Museum of Art, © Paolo Roversi 

L'exposition du printemps 2017 du Costume Institute du MET sera consacrée à Rei Kawakubo et Comme des Garçons. Elle ouvrira ses portes le 4 mai, quelques jours après le fameux MET Ball qui aura donc cette année pour thème l'univers audacieux et expérimental de Comme des Garçons. Plus de 120 pièces issues des collections femme de Comme des Garçons seront exposées, du premier défilé parisien en 1981 à aujourd'hui. Et le spectacle promet d'être impressionnant tant l'univers de Rei Kawakubo, depuis le lancement de sa maison tokyoïte en 1973, est audacieux et anti-conformiste. Rei Kawakubo ne s'est jamais rien interdit : « J'ai toujours recherché une nouvelle façon de penser le design, en niant les valeurs établies, les conventions, et ce qui est généralement accepté comme la norme. Les modes d'expression qui ont toujours été les plus importants pour moi sont la fusion, le déséquilibre … et l'absence d'intention ». C'est la première fois depuis la très célèbre exposition consacrée à Yves Saint Laurent en 1983, que le Costume Insitute du MET organise une exposition dédiée à un créateur de mode toujours vivant.

Rei Kawakubo/Comme des Garçons: Art of the In-Between, du 4 mai au 4 septembre au Metropolitan Museum of Art à New-York

Mode & Femmes 14/18 à la Bibliothèque Forney

Manteaux de sport et de voyage, modèles de Martial et Armand, Les Elégances parisiennes,1916

A l'occasion de sa réouverture, la bibliothèque Forney organise une exposition racontant l'histoire de la mode et des femmes dans la société française durant la Première Guerre mondiale. Le vestiaire féminin change radicalement au début du XXe siècle : la silhouette s'allège, abandonnant les crinolines et les tournures du siècle passé, le vêtement devient plus pratique et plus simple, aussi bien en matière de textiles (lavables, souples) que de formes (poches, jupes amples). Ces changements qui apparaissent un peu avant la guerre sont accélérées par cette dernière. Sur le plan vestimentaire comme social, la guerre a-t-elle libéré les femmes ? Telle est la question posée par les deux commissaires de l'exposition Sophie Kurkdjian et Maude Bass-Krueger. « Le travail féminin joue un rôle essentiel dans l'effort de guerre : sans la contribution des femmes, la guerre n'aurait pas pu être gagnée. Certains nouveaux métiers nécessitent un vêtement spécifique, mais la désorganisation du début de la guerre ne laisse pas aux femmes le temps de se procurer ces vêtements. Elles s'accommodent alors de la situation : pour les classes moyennes et aisées, le costume tailleur, passe-partout, pratique et solide, s'impose, tandis que les ouvrières portent de simples tabliers ou des blouses, même si certaines doivent se résoudre à porter une combinaison-pantalon. Seule, l'infirmière bénéficie d'un uniforme approprié, vendu très tôt dans les grands magasins à un prix abordable » expliquent les deux commissaires.

Mode & Femmes 14/18, du 28 février au 17 juin, à la Bibliothèque Forney.

Dalida, une garde-robe de la ville à la scène au Palais Galliera

Bridgeman Images United Archives Roba Archive Max Schweigmann

Chevelure de sirène et corps parfait enveloppé de robes fourreaux, Dalida est une bête de scène et une bête de mode. A l'occasion du trentième anniversaire de la disparition de la star, le Palais Galliera expose sa garde-robe, objet d'une récente donation faite par son frère Orlando. Robes New Look des années 50 griffées Carven, fourreau rouge incendiaire façon Hollywood par Jean Dessès - qui habillait aussi Rita Hayworth ou Marlène Dietrich, tenues sobres et chics de Loris Azzaro, robe chasuble du Balmain sixties ou costumes paillettes et disco de Michel Fresnay dans les années 70, modèles classiques et indémodables Yves Saint Laurent : Dalida a tout porté. « C'était facile d'habiller Dalida dans la mesure où elle avait un corps parfait. On lui mettait ce qu'on voulait, elle pouvait porter n'importe quoi. » confiait son couturier fétiche, Loris Azzaro. Strass et paillettes au Palais Galliera dès le 27 avril.

Dalida, une garde-robe de la ville à la scène, du 27 avril au 13 août au Palais Galliera.

Sonia Rykiel, la féminité en mouvement au Château Borély

Jeudi 25 août 2016, Sonia Rykiel, star du tricot et figure emblématique de Saint-Germain-des-Prés disparaît. Instagram s'illumine de sa flamboyante chevelure rousse, en hommage à celle qui a célébré une féminité libérée. « Miss Knitwear » est un modèle pour des milliers de femmes. Le Château Borély, Musée des Arts décoratifs, de la faïence et de la mode de Marseille, rend hommage à la créatrice avec une vingtaine de silhouettes, emblématiques du style Rykiel, sélectionnées dans le fonds mode du musée. La maille mais aussi les rayures sont la signature de Sonia. Dans son dictionnaire Déglingué (2011), elle donne sa définition du mot rayure : « c'est la mémoire des corps, l'entre-les-lignes, le dedans qui a écrit sur le dessus. C'est le corps les yeux ouverts. C'est une balafre sur un tissu, une entaille dans le dessin, un trait qui poursuit un autre trait ».

Sonia Rykiel, la féminité en mouvement, Musée des Arts décoratifs, de la faïence et de la mode Marseille, du 14 février au 11 juin

Credits


Texte : Sophie Abriat