punks à tout faire, la gaule wave déferle

i-D a rencontré les membres de FAIRE, groupe français inclassable (Gaule Wave / Tek Surf / Psych France) mais reconnaissable à son amour des confettis et du bordel, sur EP comme sur scène, et à son nom, manifeste pro actif et DIY.

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16 mars 2017, 10:25am

Dans la famille des groupes au référencement Google le plus casse-gueule, je demande les gaulois surdoués et multitâches de FAIRE. Gaulois, parce que leur musique, ils l'ont eux-mêmes baptisée et étiquetée pour éviter les labels journalistiques souvent faciles et repassés. Ça donne, en tryptique : « Gaule Wave / Tek Surf / Psych France ». Allez comprendre. Allez surtout écouter. Si c'est déjà fait, vous vous en souvenez sûrement. Et la simple évocation du prénom Mireille vous fait parfois encore tomber en transe.

FAIRE, c'est Simon, Romain, Raphaël. Trois potes de collège qui font ce qu'ils savent faire de mieux, un son hybride qui construit ses gammes des échos synthés des années 1980, mais bien au-delà encore. De tout ce que la France a produit de musique populaire - jusqu'aux années 1930, 1920. Pourquoi pas ? FAIRE fait sans peur, sans borne. FAIRE, c'est de l'émotion sans genre. Le groupe assomme avec grande grâce son héritage français, mais a su faire son exil, à New York, à Montréal et au Mexique où, entre deux rencontres musiciennes décisives et trois bouchées de tamales (plat local), ils ont soulevé le public en concerts bordéliques, suants, à l'arrachée comme ils les aiment.

Parce que FAIRE, c'est aussi ça, des agents du bordel et une approche du live sauvage, incandescent. Une transmission d'énergie dans le don de soi le plus total, les corps soumis au son. Et c'est peut-être de là, du chaos artistique que le trio s'impose à chaque scène, que la rapide étiquette « punk » leur est tombé dessus. Musicalement bien au-delà, les gars de FAIRE ont certainement de punk leur exigence toujours plus DIY. Cet impératif du faire. Un mantra. Faire tout le temps, faire eux-mêmes ; la musique, l'identité visuelle, leurs tenues. Faire sans se retourner, produire, explorer, inventer sans limites. De leur voyage à New York étaient sorties les images, les clips de leur premier EP, Savoir. De leur voyage au Mexique est sortie toute la couleur de leur deuxième, Le Tamale, paru en février dernier. De retour en terre gauloise, FAIRE compte bien marcher sur l'année 2017, et commence à s'aligner une programmation de concerts et festivals qui leur en donne largement les moyens.

Ils nous ont expliqué la Gaule Wave, nous ont raconté un peu de Mexique et leurs concerts les plus mouvementés. Puis on a un peu souri quand ils ont regretté l'absence d'une véritable scène musicale à Paris, en France. Justement parce qu'ils sont en train de devenir les ambassadeurs de tous ceux qui font en ce moment. FAIRE donne envie de faire. Et si vous procrastinez, faites-le au moins avec leur son dans les oreilles.

Comment avez-vous commencé à faire de la musique ensemble ?

On s'est rencontrés au collège, on avait 13 ans. Comme tous les teenagers, on a commencé dans une cave, avec une batterie, une guitare, puis une basse. On a eu plusieurs formations, avec différentes chanteuses, on a fait du funk, du rock, du blues. Et après maintes engueulades on a décidé de se retrouver juste tous les trois, et on s'est mis à FAIRE.

Pourquoi "FAIRE", justement ?

On voulait tester de nouvelles choses. On venait de s'acheter plein de machines électroniques et on voulait expérimenter, sans forcément faire une formation de groupe. D'ailleurs au début on ne faisait que poster des vidéos un peu expérimentales qu'on faisait chez nous. On s'entraînait à produire, on avait envie d'apprendre à s'enregistrer, à tester nos trucs nous-mêmes. FAIRE c'est un peu un manifeste, une manière de nous dire : "Ok les gars, on ne sait pas trop où on va, mais on va faire tous les jours, produire le plus possible et voir où ça nous mène."

Dès qu'on travaillait avec des gens, ingénieurs du son ou autre, on n'était jamais contents du résultat. Du coup on s'est dit qu'on allait tout apprendre nous-mêmes, tout faire nous-mêmes. Et se forcer, même si on n'est pas contents, à le sortir nous-mêmes. Pour apprendre. Et pareil pour ce qui est de l'identité. On fait tout. Les images, les vidéos... On fait nos fringues aussi. On fait nos t-shirts, on fait notre merch, on fait nos CDs à la main. On n'aime pas trop déléguer.

Qu'est-ce que vous avez voulu raconter avec Le Tamale, votre EP sorti le mois dernier ?

Sur l'EP il y a beaucoup de morceaux qu'on avait commencé à jouer aux Mexique. Ils sont très évocateurs de ce pays, pour nous. Et puis ils vont bien ensemble, les thèmes vont bien ensemble puisque c'est trois histoires de trois nanas. On a commencé ces chansons au Mexique, on les a finies juste avant de sortir l'EP. On voulait quand même l'amener à un niveau au-dessus, un niveau studio, donc on a quand même eu l'aide de plein de gens. Après, toute la face B correspond au moment où on est repartis à la campagne pour travailler sur les trois chansons et en deux jours on a rajouté ces instrumentales qui se sont rajoutées au truc. Pour le prochain on va beaucoup plus compter là-dessus. On sait que les chansons on peut les faire vite, en studio, et on va vraiment essayer d'être généreux sur tout ce qu'on peut créer vite, tout ce qu'on peut rajouter à notre univers.

On aime bien le krautrock, et ils ont vachement l'habitude des faces B, avec simplement des longues jams de six heures dont ils ont extrait 25 minutes pour que ça rentre sur la face B. Dans cet esprit-là, on est contents d'avoir en face A que des chansons, des formats rapides qui rentrent dans la tête des gens, et en face B mettre de la musique pure et dure, sans aucun formatage.

Quand j'ai tapé "FAIRE" + "Le Tamale" sur Google je suis tombé sur la recette des tamales. Exprès ?

Bien sûr ! On veut que tout le monde mange des tamales chez soi ! C'est mexicain. Une espèce de petite semoule de maïs, servie dans un épi de maïs avec de la viande et de la sauce, ça coûte 20 centimes, tout le monde mange ça. Et nous on mangeait ça pendant qu'on enregistrait le disque, tous les jours.

Vous avez aussi fait New York, Montréal. Vous avez eu quelles réceptions ?

On s'est plus trouvés au Mexique. Le public là-bas nous a inspiré. Il y a une énorme scène de garage underground, très inspirée de la musique californienne des années 1990-2000. Aux Etats-Unis aussi, il y a une scène rock qui n'existe plus du tout en France, et ça nous a vachement inspiré, surtout pour l'EP Savoir. Au niveau du public on a vraiment pris notre pied au Mexique, où les gens ne savaient vraiment pas du tout à quoi s'attendre. C'était un échange d'énergie. Ils ne comprenaient rien à ce qu'on disait mais ils captaient totalement l'énergie et partaient en transe avec nous. C'était beaucoup plus le bordel en concert là-bas, mais on a été super bien accueillis partout. Le tamale pour nous, ça veut aussi dire le bordel. Nos premiers très gros bordels en concert, c'était au Mexique.

Vous avez des souvenirs particuliers, de concerts mémorables, là-bas ?

Le premier qu'on a fait. Dans une espèce de cour, dans un tout petit village. C'était une fête organisée un peu à l'arrache par une école d'art. C'était notre premier grand bordel au Mexique. Ça a super bien marché, les gens montaient sur les voitures. C'était génial.

D'où vous est venue cette envie de voyager ?

On avait envie de bouger de Paris depuis très longtemps. On avait rencontré un groupe mexicain, Los Headaches, au Psych Fest 2015, ici. Ils nous avaient dit "venez au Mexique, on vous trouve des dates, on vous trouve un logement". On n'y croyait pas du tout, on a débarqué et en deux heures ils nous ont trouvé un petit toit où installer un studio. Et deux mois plus tard il y avait déjà des opportunités d'articles, de concerts. On ne devait rester qu'un mois là-bas, juste pour monter les clips. On est resté six mois, c'était trop bien.

C'est quoi la Gaule Wave ?

C'est de la musique excitante ! Mais ça symbolise surtout le fait qu'on s'attache à faire de la musique en français, et qu'on est inspiré d'énormément de musiques françaises, plus anciennes, plus d'époque. Et pour nous la Gaule, c'est la vieille France. C'était une manière de rendre hommage à ce qu'on écoute tout le temps. Tout ce qui englobe la musique populaire française, jusqu'aux années 30, le classique, etc. C'était une manière de se rattacher à la France. Et puis on a aussi plein de synthés.

On vous a un peu étiqueté groupe "punk" - ça vous va ou c'est réducteur ?

C'est passager. C'est juste qu'on a fait un clip un peu border et débile. Le premier clip qui nous a fait découvrir au public. Mais dans Bonne, Mine, par exemple, il n'y a aucun aspect punk. C'est aussi une attitude scénique qu'on a. Cette étiquette est rattachée aux concerts, où c'est vraiment bordélique. Et c'est le bordel qu'on kiffe. On aime que les gens donnent tout. Après, nous, foncièrement, dans nos vies on n'est pas des punks. Mais il fallait bien une étiquette, quand il n'y a pas d'étiquette ça inquiète. Et puis la définition même du punk est floue. Maintenant c'est tout ce qui est attachée à la contre-culture. Ça nous parle, ça, oui. Mais ce qu'on fait est très hybride, ça part dans tous les sens, et même nous on se découvre, tous les jours. On essaye de placer toutes nos influences. Et elles sont très larges.

En collant "Gaule Wave / Tek Surf / Psych France" sur votre son vous arrivez à vous créer votre propre genre. Une étiquette sans étiquette.

C'était un peu le but. Un moyen de ne pas utiliser des termes préexistants. On avait utilisé ces termes pour qu'on évite de nous mettre dans telle ou telle case. En se disant "ça c'est notre musique : personne ne fait de Gaule Wave, ça fait bander et c'est français !"

Dans le genre étiquette, sur vous, on a aussi "La Femme en plus énervé".

C'est pareil, les gens ont besoin de repères. Y a pas mille groupes de rock en France en ce moment, et encore moins qui chantent en français. La Femme, ils ont ouvert une brèche, avec la musique eighties revisitée et des jolis textes en français dessus. Nous on a eu les mêmes influences, donc on nous met un peu dans la même case. On a aussi eu Salut C'est Cool, comme comparaison. On a moins compris... Juste parce qu'on fait de la techno. Mais la techno c'est divers.

Nous, ça ne nous dérange pas trop, si ça permet aux gens de se créer une scène dans leur tête. On trouve que c'est ce qui manque en France, une vraie scène, à l'inverse de Montréal, de New York ou du Mexique. Il y a vraiment des groupes qui forment une scène. Quand tu vas dans tel bar, tu sais que tu vas voir un concert de tel style de musique. Ici le concept c'est vraiment d'être le plus différent des autres. D'ailleurs beaucoup des gens qui nous comparaient à La Femme le faisaient de manière péjorative. Alors que ça peut être totalement l'inverse, genre : "Ah il y a ce groupe qui est trop cool, vous qui êtes trop cool et ça fait un peu une scène !" Là c'est plutôt : "Vous vous avez rien inventé, vous faites la même chose que..." Si tu prends l'histoire de la musique, par période, tous les groupes faisaient "la même chose que..." Mais bon, on ne le vit pas mal. On kiffe La Femme ! Mais on nous compare moins, on nous prend plus au sérieux, maintenant qu'on commence à être bien programmés, à la Cigale, au Printemps de Bourges...

Vous avez quoi de prévu d'excitant en termes de concerts et festivals cette année ?

Pas mal de festivals ! La We Love, tout le mois de mai on part en tournée au Mexique, puis on va faire Dour, le Quart de Tour, le Weekend Des Curiosités à Toulouse... On va commencer à avoir des grosses scènes. Des jauges de 2000 personnes. On fait un truc énorme en Suisse, on passe sur la même scène que Ty Segall, après lui. Ça fait : Ty Segall, Jesus The Mary Chain et ensuite nous ! Sur un énorme festival en Suisse, qu'on clôture le 29 août au bord d'un lac. C'est ce qu'on attend le plus, avec la tournée au Mexique.

Votre plus grand pied en concert, ça a été quoi ?

On a eu quelques concerts exceptionnels. Mais notre release party l'autre jour, c'était vraiment drôle. On a invité des gens à l'Alimentation Générale, pas si grand... Et c'était blindé, de chez blindé, de chez blindé. Il n'y avait plus de place pour laisser entrer les gens. C'est parti en émeute avant même qu'on commence le concert, du coup les gens ont commencé à débrancher nos câbles, on n'a même pas pu faire le set correctement. On l'a fait complètement à l'arrache. On jouait une minute, et ça se débranchait. Mais les gens étaient quand même contents, ça gueulait partout, le patron de la salle a voulu virer tout le monde à coups de lacrymo. Il a éteint la console de mixage pendant le concert, est monté sur scène, allumé les lumières et : "Tout le monde se casse !" Ce qui était assez exceptionnel pour nous, comme moment. Et puis les portes et miroirs des loges ont été pétés, aussi. C'est parti loin. On avait ramené 20 kilos de confettis, ça a stimulé les gens, ils se sont dit "C'EST LA FÊTE !" C'était le but, c'était notre fête.

Sinon, fin août dernier à l'Ourcq Blanc, on a fait une soirée thème sueur/dégueulasse. Là-bas il n'y a pas de ventilation, et ils ferment les portes à 21h30, du coup il faisait - au moins - 50° à l'intérieur, on a tous failli tomber dans les pommes. Tu vois les vidéos, on a jamais sué autant de notre vie. On avait de l'eau sur les synthés. Tout était mouillé. C'était super. La semaine dernière au Trabendo, aussi. Les gens sont montés sur scène sans trop qu'on les invite. Les gens montent sur scène, maintenant, et on adore.

Question bête : pourquoi vous faites de la musique ?

Il y a pas mal de choses qui nous dépriment depuis petits dans nos vies respectives. La musique a toujours été le seul moyen qu'on a trouvé pour expier. Et c'est un peu ça qui se transmet dans nos concerts, nos bordels. C'est pour que tout le monde, avec nous, expie, que les gens soient relancés en rentrant. Qu'ils n'aient pas besoin de prendre de drogue ou de se mettre une murge, parce que la musique était déjà beaucoup trop intense.

On a vraiment assumé tout ça à partir du projet FAIRE. Et à ce moment-là de notre vie, le truc qu'on savait le mieux faire, c'était la musique, mais l'idée c'est que c'est un projet global. Si notre fort avait été la sculpture, on aurait mis la même énergie dans la sculpture, on aurait essayé d'expier autant de choses, de faire vivre la même chose aux gens. On fait de la musique parce que c'est le moyen le plus simple pour nous de communiquer ça. On ne se verrait rien faire d'autre ensemble. Et puis ça nous permet de voyager. Si ça nous permet de faire le tour du monde... C'est un bon prétexte pour voyager. Expier et voyager, si tu dois en retenir quelque chose !

Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour la suite, l'année, les années qui viennent ?

Nous on a juste envie de voyager un max, de bosser avec des putains d'ingés... Là on va dans des studios de plus en plus stylés, où on est de plus en plus à l'aise. Notre prochain EP on va l'enregistrer dans un studio de malade, One Two Pass It, avec notre ingé live. On a fait notre première date avec lui au Trabendo, ça a donné une dimension complètement autre. On fait aussi en sorte que l'équipe s'agrandisse. On vient de se mettre avec des tourneurs, ça se passe trop bien, on a des mecs qui font des vidéos pour nous. On veut rencontrer des gens qui nous parlent pour que le projet grandisse. Qu'on continue à créer, sans limite. C'est ça le but. Pouvoir en vivre un minimum, c'est tout ce qu'on demande. On s'en fout des richesses. Le but c'est de continuer de faire ça le plus longtemps possible, de kiffer, de faire kiffer les gens.

Credits


Texte : Antoine Mbemba
Photographie : Raffaele Carriou