la fiac racontée par ceux qui la font (vraiment)

i-D est parti à la rencontre de ceux et celles qui survivent à la tornade de 4 lettres qui s'abat chaque année sur Paris et à ses évènements off, comme la désormais incontournable Paris Internationale. Galeristes, artistes ou simples admirateurs, ils...

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oct. 24 2016, 11:20am

Zhoe Granger, assistante direction. Arcadia Missa, Londres (ci-dessus)

Qu'est-ce que tu montres ?
On a réuni les œuvres de deux artistes : Amalia Ulman, avec des impressions lenticulaires tirées de son nouveau projet « Privilege » qu'elle mène actuellement sur son compte Instagram, et Hannah Black, qui est écrivain et vidéaste. Les deux montrent la manière dont le concept de classe sociale influence les comportements et la formation de l'identité. C'est pensé un peu à la manière d'une expo, ce que nous faisons lors des foires.

C'est votre première fois à Paris Internationale ?
Oui, on adore. C'est fun, l'organisation est efficace, le lieu sublime, et les collectionneurs qui viennent ici sont vraiment là pour découvrir de jeunes artistes émergents - ce qui est loin d'être toujours le cas.

Qu'est-ce que tu as aimé chez tes voisins ?
On vient juste d'arriver, et la première journée est toujours super intense. J'ai vu que la galerie estonienne Temnikova & Kasela montrait un artiste que j'aime beaucoup, Jaanus Samma, mais je n'ai pas eu le temps de voir ses œuvres.

Quel est ton secret pour survivre à une semaine de foire ?
Lorsque tu as la gueule de bois et que tu es claquée, porter des chaussures inconfortables permet de se maintenir éveillé. Comme ça, tu te concentres sur la douleur immédiate plutôt que sur le reste de la semaine à venir.

Hoël Duret, artiste. Galerie Torri, Paris.

Qu'est-ce que tu montres ?
Sur le stand, on peut voir plusieurs étapes de mon projet UC98. Il a été développé tout au long de l'année 2016. On en voit ici plusieurs étapes, dont le film, la quatrième et dernière étape qui fera aussi l'objet d'une projection au Centre Pompidou en janvier dans le cadre de « Prospective Cinéma ». La série de peintures se combine avec des écrans vidéo où l'on voit des plans tournés sur le marché de Séoul, et une sculpture présentée à l'Opéra Garnier en juin dernier pour une collaboration avec le ballet de Paris.

Quelle est l'histoire derrière ce projet ?
C'est l'histoire fictionnelle d'un banc de méduses coincé dans un câble de fibre optique qui fuit. Ce câble de fibre optique transporte de l'information sous forme de lumière, donc les méduses sont traversées par cette lueur. Je suis parti des écrits du philosophe polonais Zygmunt Bauman, qui a théorisé cette idée de « vie liquide » à la fin des années 1980, et qui essayait de penser une nouvelle sociologie du monde digital à venir - sans en connaître trop les tenants et les aboutissant, puisque c'était alors seulement les débuts d'internet

En tant qu'artiste, qu'est-ce que ça change pour toi de montrer une pièce dans le contexte d'une foire, comparé à une galerie white-cube ou un opéra ?
Ça a été un sacré truc. Effectivement, c'est un stand de foire, mais on a essayé au maximum de le penser comme solo-show. Ce qui implique de faire attention à l'accrochage et ne pas mettre trop de pièces. Pour leur donner de l'espace, créer une sorte de capsule et pour que ça soit un peu chic !

Qu'est-ce que tu as aimé chez tes voisins ?
J'étais très content de voir des pièces de Caroline Achaintre, une artiste britannique qui fait des tapisseries hyper belles. Et Boris Achour chez la galerie Allen, c'est super aussi.

Galerie C-L-E-A-R-I-N-G, New York et Bruxelles

Qu'est-ce que tu montres ?
On présente plusieurs pièces de nos artistes. La plus visuelle, c'est l'installation sous plexiglas de Korakrit Arunanondchai, un artiste thaïlandais de 30 ans qui vit à New York. Elle est tirée de la pièce qu'il avait faite pour la Biennale de Berlin cet été, où il avait investi tout un bateau pour montrer une vidéo dans un environnement immersif. Le contexte, c'est l'union de deux êtres, un humain et un animal de type rongeur : on voit des morceaux de squelette peints en goudron, des touffes de poil et des néons roses.

Vous travaillez avec lui depuis longtemps ?
Oui, on est sa galerie mère et on le représente depuis le début. Il est très jeune, il a à peine 30 ans.

Qu'est-ce que tu as aimé chez tes voisins ?
Je viens d'arriver de la galerie de Bruxelles, donc je suis venu directement sur le stand.

Quel est ton secret pour survivre à une semaine de foire ?
Boire beaucoup d'eau.

Ana Iwataki, curatrice. Shanaynay, Paris

Qu'est-ce que tu montres ?
Dans notre cas, c'est un peu différent, car on n'est pas une galerie mais un project-space. Pour la deuxième année consécutive, on fait notre collecte de fonds à Paris Internationale. On présente un accrochage d'œuvres graphiques de vingt-cinq artistes. Ceux avec qui on a travaillé cette année, ou qui tout simplement nous soutiennent.

Est-ce qu'il y a une œuvre en particulier qui te plaît sur ton stand ?
On est très content d'avoir une œuvre du peintre Jaber, un artiste outsider qui vit à Paris depuis les années 1950 et donc un peu en décalage avec tous les autres que l'on présente. Il y a aussi une œuvre de Louise Sartor, nominée au Prix Ricard cette année et qui a longtemps fait partie de Shanaynay.

Qu'est-ce que tu as aimé chez tes voisins ?
Je n'ai pas vraiment eu le temps de faire un tour, mais comme l'an passé, on est entourés d'espaces et d'artistes dont on est proches et qui nous intéressent.

Quel est ton secret pour survivre à une semaine de foire ?
Je n'en ai pas spécialement. Il faut tenir, donc on tient.

Jan Kaps, galeriste. Galerie Jan Kaps, Cologne.

Qu'est-ce que tu montres ?
Je présente des nouvelles œuvres de deux de mes artistes : Tobias Spichtig, un artiste suisse basé à Berlin, et Jean-Marie Appriou, qui lui est français et habite en Bretagne. Par exemple, la grande antenne parabolique est de Tobias Spichtig. Elle s'appelle « Receiver for unwanted compliments », et a été réalisée à Tbilissi en Georgie, où il avait été invité à réaliser une performance par Daniel Baumann, le curateur de la Kunsthalle Zürich. Il l'a réassemblée pour la présenter ici, adaptée à l'espace de la foire.

Comment as-tu choisi les œuvres ?
Les deux artistes sont plutôt antagonistes. Tobias Spichtig est plutôt conceptuel, et Jean-Marie Appriou s'intéresse pour sa part à l'artisanat. Ça permet de garder un bon équilibre dans l'accrochage.

C'est ta première fois à Paris Internationale ?
Oui, et j'aime beaucoup. Je trouve tout l'étage où je suis brillant, je suis très content de mes voisins, dont j'apprécie la programmation : Section 7 books, High Art, Crevecoeur, Jenny's, Truth and Consequences ou encore Lamba Lambda Lambda.

Quel est ton secret pour survivre à une semaine de foire ?
J'ai des vitamines super dans mon sac, je vais te montrer. Ça s'appelle « Orthomol Immun ».

Joseph Tang, galeriste. Galerie Joseph Tang, Paris.

Qu'est-ce que tu montres ?
Ce sont des installations de Daiga Grantina, une artiste lettone qui travaille à Paris après avoir habité à Berlin. Il y a une réflexion sur la fluidité et des formes à la fois organiques, corporelles et traversables.

Comment as-tu découvert le travail de Daiga Grantina ?
Je la suis depuis qu'elle avait montré des projections vidéos au Palais de Tokyo lors de sa résidence au Pavillon en 2013. Elle travaille toujours beaucoup avec la lumière, en allant ensuite vers des sculptures en gardant toujours le lien à la projection. La lumière, c'est vraiment la matière première avec laquelle elle travaille, en étudiant comment on peut en dérouler le spectre.

Tu viens de l'exposer à ta galerie cet été. Qu'est-ce que ça change pour toi présenter son travail dans le cadre d'une foire ?
Comme les espaces de Paris Internationale sont assez atypiques, comme ce salon boisé où nous sommes, ça ne change pas grand-chose : on peut aussi jouer sur la transformation de l'espace, comme à la galerie, où nous sommes déjà dans une logique d'anti-white cube et de transformation de l'espace à chaque expo. Par exemple ici, à Internationale, on a aussi camouflé de plus petites pièces dans les placards muraux, en fixant un système de projection un peu cheap sur la paroi. Pendant l'accrochage, on a même retrouvé des colis adressés à l'ancienne Fondation Gulbenkian, le centre culturel portugais, qui était autrefois installée dans cet hôtel particulier.

Qu'est-ce que tu as aimé chez tes voisins ?
À Internationale je n'ai pas encore eu le temps de tout voir, mais je reviens de la FIAC, où j'ai beaucoup aimé le stand d'Isabella Bortolozzi avec Anne Imhof et Carol Rama.

Quel est ton secret pour survivre à une semaine de foire ?
Cette année, j'ai appris qu'il fallait manger. Et il y a cinq amis qui m'ont achetés des vitamines !

Paul-Aymar Mourgue d'Algue, galeriste. Truth and Consequences, Genève.

Qu'est-ce que tu montres ?
J'ai sélectionné quatre artistes. Il y a d'abord Liz Craft, une artiste de Los Angeles d'une quarantaine d'années qui a fait les bulles en céramique. Tous les dessins avec les cadres en mousse et en cellulose sont d'un artiste genevois qui s'appelle Kim Seob Boninsegni et est assez influent auprès de la jeune scène suisse, dont Mathis Altmann que je présente aussi. Kim a aussi fait la sculpture-prostate qui s'appelle « Patriarcal Failure ». Le dernier artiste est le mari de Liz Craft, il s'appelle Pentti Monkkonen et a réalisé les deux peintures. Elles sont basées sur les papiers peints de l'ex-Allemagne de l'est, et les insectes collés sur leur surface sont en réalité des coques d'iPhone écrasées. Il a voulu faire une analogie entre la surveillance de la STASI et des nouvelles technologies.

Tu sembles jouer sur le contexte domestique de la foire, implantée dans un ancien hôtel particulier...
C'est le cas, j'avais vu des photos de l'espace avec ses murs verts et je me suis dit que ça serait parfait. J'étais aussi à Paris Internationale l'an passé, que j'aime beaucoup. L'ambiance et le format me font penser à la foire LISTE à Bâle, même si le cadre est différent : ici, le bâtiment est beaucoup plus prestigieux.

Qu'est-ce que tu as aimé chez tes voisins ?
Je n'ai pas tout vu, mais j'aime beaucoup les dessins de Julien Ceccaldi chez Jenny's, des dessins un peu manga. C'est une galerie de Los Angeles avec qui j'ai pas mal d'artistes en commun.

Quel est ton secret pour survivre à une semaine de foire ?
Ne pas faire la fête, se coucher à minuit, éviter de boire, faire de la méditation.

Ce sont des principes que tu appliques?
Non ! Il faut juste se laisser aller et ne pas se forcer à tout faire...

SAEIO, artiste. En balade à la FIAC.

Tu as vu des choses bien à la FIAC ?
Tetsumi Kudo à la galerie Christophe Gaillard m'a bien plu. Il y avait des œuvres de lui sur papier, avec une sorte de marouflage inversé et de l'aérosol fluo sur papier bossé, ainsi que de petites cultures organiques avec de la matière gélatineuse où proliférait tout un univers.

Pourquoi ça t'a intéressé ?
L'aérosol est un outil que j'utilise pas mal dans ma pratique. J'ai une formation d'artisan à l'école Boulle, mais je me définis comme peintre parce que tout part de là, même si je décline ensuite le médium en performance, en installation ou en vidéo.

Quel est ton secret pour survivre à une semaine de foire ?
Bien respirer l'aérosol, c'est un joli moyen. Je pense que Tetsumi Kudo le pratiquerait. Si l'aérosol est fluo, c'est encore mieux.

Credits


Texte : Ingrid Luquet-Gad
Photographie : Jehane Mahmoud