Le Juiice - GANG

vos 19 titres préférés de mars (que vous ne connaissez pas encore)

De PNL au sommet aux vibrations telluriques de Chloé, en passant par la poésie sombre de Summer Satana.

Le Juiice - GANG

PNL – Au DD

Il y a deux semaines, nous apprenions qu’un nouveau clip de PNL s’apprêtait à voir le jour et qu’il était financé par le CNC à hauteur de 80 000€. Un tel financement ne pouvant dépasser les 50%, on apprenait donc que PNL allait sortir un clip à – au moins – 160 000€. Ok. La veille de la sortie, PNL lançait un live Youtube d’environ 15 heures. On y voyait la planète Terre depuis l’espace, quelques astéroïdes et des messages subliminaux. Environ 100 000 personnes rejoignaient cette vidéo sans trop de sens, dont la fréquentation n'est jamais descendue en dessous des 10 000 vues - tout ça, jusqu’au lendemain, où l’écran affichait enfin « rendez-vous ce soir à 20h ». Leur dernier clip remontait à juin, le dernier morceau à août, on était prêts, mais en fait pas vraiment. Il n’y a pas grand-chose à dire : juste à regarder le clip, essayer de rapper en rythme le refrain d’Ademo, remercier les deux frères d’être de retour et attendre sagement l’album, le 5 avril.

Ninho – Jusqu’à minuit feat. JuL

La prise de pouvoir de PNL sur le vendredi 22 mars en aurait presque fait oublier que l’album de Ninho sortait le même jour. Je dis bien presque, parce que si le duo a battu le record du morceau le plus streamé en 24h en France, Ninho détient celui de l’album le plus streamé en 24h – sachant que le disque avait leaké deux jours avant. Avec Destin, le rappeur du 91 vient confirmer son statut d’incontournable de la scène rap. Alors certes, Ninho ne surprend pas vraiment, et fait encore mieux qu’avant ce qu’il savait déjà faire, mais l’album réserve quelques perles, notamment en featuring avec Koba LaD (futur tube de la rue), Niska ou Fally Ipupa (deux tubes, tout court). Mais de toutes les collaborations, on retiendra celle, superbement mélancolique, avec Jul, « Jusqu’à minuit ». Deux rappeurs qui « hier n’avaient rien » et aujourd’hui « ont tout » mais pour qui manifestement le succès ne fait pas tout.

ELIZA - ALONE & UNAFRAID

Vous vous souvenez du clip de Chet Faker dans lequel une bande de filles sexy faisait du roller en mini short sur une nationale déserte ? « Alone & Unafraid » pourrait être sa suite logique : dans ce clip, impossible de savoir si Eliza a chaussé des rollers ou si elle lévite à trois mètres du sol - ce qui est certain, c'est qu'elle chante toujours aussi divinement et qu'on ne voit aucun inconvénient à ce que le voyage dure toute la nuit. Nouvel extrait de son (magnifique) album A Real Romantic, sorti en décembre dernier, le titre vient confirmer, quelques mois après le superbe « Wasn’t Looking », le talent de l'artiste anglaise à faire de l’amour son terrain de jeu : une antithèse de mièvrerie dans laquelle elle ne craint pas de s'abandonner parce que franchement « What's life if isn't kisses? »

Tengo John – FLEX feat. Infinit’ & Prince Waly

Ceci est un rappel. Il faudra quelques secondes aux plus attentifs pour capter que « FLEX » est un morceau « daté », issu du (très bon) projet Hyakutake de Tengo John, sorti en novembre dernier. Mais bon, il n’est jamais trop tard pour réécouter ce disque, et le clip de « FLEX » n’a que quelques jours, alors on ne va pas se gêner. Parce qu’il y a quelque chose de profondément jouissif à voir des rappeurs ultra-techniques se compléter à ce point en quatre minutes, parce qu’à eux trois, ils parviennent à sortir plus de flows que le rap français en deux mois, et parce qu'il s'agit d'une porte d’entrée idéale pour ceux qui ne connaîtraient pas encore (sacrilège) leurs projets respectifs – ce son d’Infinit’ ou cet incroyable et tout récent clip de Prince Waly. Vous êtes prévenus.

Le Juiice - GANG

On regrettait encore il y a peu la difficulté des femmes à se hisser dans le cercle très masculin (et fermé) du rap français. Heureusement, il y a ça et là de quoi garder espoir et il semblerait que Le Juiice, rappeuse de 26 ans originaire de Boissy-Saint-Léger, soit partie pour le prouver. Après une série de freestyles Instagram et une invitation de Sofiane à participer à un épisode de « Rentre dans le cercle », on la retrouvait il y a un peu plus d'un mois sur Planète rap pour un freestyle qu'on s'écoute en boucle depuis. Dans « Gang » - son dernier morceau en date -, Le Juiice enchaîne les punchlines de badass à l'attention de ceux qui douteraient encore qu'elle n'attendra rien ni personne pour tracer sa route.

Pedro - Faces Sob O Sol

Nous étions sans nouvelles de Pedro Ricardo depuis l’été dernier, quand son broken-beat jazz et voluptueux s’échappait des méandres de nos boîtes mail. On découvrait alors son EP This is what I am going through, probablement en même temps que le monde entier – opus intime et minutieux, emporté par la voix de Jenna Camille qui continue de nous hanter. À en croire son nouvel EP, She is, le producteur et musicien portugais se porte comme un char, creusant un peu plus profond encore son sillon jazz et sinueux, d’une douceur rare. Parce qu’il fallait choisir un titre (et parce qu'il suffit parfois de peu de choses pour qu’un son fonctionne), nous avons jeté notre dévolu sur « Faces Sob O Sol », une ritournelle sans beat, tissée autour d’un simple arrangement au piano et d’un reef à peine étouffé. Faites tourner.

Santi - Sparky

Quelques feats, un premier album en 2016, des morceaux égrenés comme des pierres précieuses et des clips flamboyants d’authenticité pour enfoncer le clou : on vous présente Santi, jeune artiste nigérian basé à Lagos, figure émergente d’une scène alternative en pleine effervescence. Dernier bijou en date, « Sparky » est – comme tous ses clips - réalisé par ses propres soins dans une esthétique infusée de lumière et de nostalgie. On y retrouve une jeunesse circulant entre rues poussiéreuses, terrain de basket, intérieurs mystiques et étendues d’eau. Le résultat est impressionnant de maîtrise, irradiant de tristesse et de joie mélangée. Le plus beau de cette sélection et certainement aussi de ce début d’année.

Hamza – Minuit 13 feat. Christine and the Queens & Oxmo Puccino

On tient là la collaboration la plus étonnante de ces dernières semaines. La plus flippante aussi, on ne va pas se mentir. Au moins sur le papier, parce que le résultat est d’une efficacité quasi parfaite. « Minuit 13 », c’est le morceau qui vient conclure Paradise, le premier album de l’incontournable jeune crooner belge, sur lequel s’invitaient également SCH et Aya Nakamura, pour deux excellents morceaux. Mais c’est bien ce morceau final qui semble le plus courageux et le plus inventif. Et d’une logique assez claire si l’on constate la musicalité r&b croissante et presque pop de Hamza et que l’on (ré)écoute le dernier album de Chris. Les deux voix s’épousent parfaitement sur une grande partie du morceau, et puis Oxmo vient clore le tout en parlant, simplement, d’une voix grave. Et on écoute, parce que c’est Oxmo.

Soul Clap – Jupiter Crush [House of EFunk]

Ça ne rate jamais : le rituel sacré du passage à l’heure d’été nous donne à tous des envies de bulles, de piscines tièdes et de cocktails fluo. La température monte tout doucement, s’accorde quelques envolées imprévisibles et notre esprit divague déjà. C’est aussi le moment idéal pour commencer à composer sa bande-son de la période estivale qui arrive plus vite qu’on ne le pense. On vous conseille d’y intégrer le nouveau titre du duo Soul Clap issu de sa galette EFUNK, « Jupiter Crush ». Un tube monté sur un beat tout droit sorti d’un club de Détroit, filtré par une rengaine funk et un ressort dance qu’on pensait tous désuets, mais dont seul Soul Clap tient le secret.

Chloé - What Will Be

Il y a à peine deux ans, la productrice et Dj Chloé livrait Endless Revisions, un troisième album en forme de rêverie cotonneuse percée de rayons métalliques, d’où s’échappait la voix rassurante d’Alain Chamfort. La voilà de retour avec l’Ep Sudden Impact, une traversée en trois morceaux dont le titre résume parfaitement l’efficacité - immédiate et fulgurante. Plus club, plus énervé, on y retrouve les textures chères à la Dj parisienne, agrégeant tremblements de voix, vibrations telluriques et rayons stridents. Si vous doutez encore de quoi sera faite votre soirée, c'est que c'est le bon moment pour l'écouter.

Ex-Ile – NLS

Une petite douceur qui parlera fort aux amateurs de road-trips banlieusards sans objectifs précis. Léo et Tarik, qui forment le groupe Ex-Ile, la connaissent justement bien, cette banlieue. Ils y ont vécu, l’ont pratiqué, et elle est au centre de leur musique, d’un son à cheval entre la chanson pop et l’esthétique rap. Fin 2017, ils sortaient un premier Ep, Direction Est, produit par Bastien Dorémus (Christine and the Queens) et médiatiquement salué. Le 3 mai prochain, sortira un nouveau projet, dont NLS est extrait. « NLS, c’est notre ville d’origine revisitée, c’est la Nihils City. Au bout de l’horizon, quelque part entre Bondy et Rosny, entre Mercure et Pluton, en banlieue de notre Galaxie. La ville lumière, la ville des frères, capitale de notre imaginaire, » peut-on lire en dossier de presse. On n’aurait pas dit mieux.

Lala&Ace – Serena

Voilà trois ans maintenant que l’on suit avec beaucoup d’attention l’ascension douce de Lala&Ace, unique recrue féminine des 667 – ce crew à taille variable dont chacun des membres trouble à sa façon les lignes du rap français. Comme dans un atelier, bien entourée de mecs tels que Jordee, Freeze Corleone ou Zuukou Mayzie, où l’accident est attendu, célébré même, Lala&Ace construit au sein du 667 un rap codéiné, éclairé au néon et rythmé par un flow nonchalent – lancé du bout des lèvres. Même s’il nous le confirme, on n’aura pas attendu que Doums la sacre « meilleure rappeuse française » pour lui conférer ce statut. Une légitimité qu’elle prouve une fois de plus dans le clip de son titre « Serena » sorti en fin de mois. On y voit Lala&Ace entourée de ses copines twerkant sur une trap lancinante, autour d’une bonne bouteille de rhum. Ne vous modérez pas, passez-le en boucle.

Baloji – Zombies

Le nouveau clip de Baloji, long de 14 minutes, s’apprécie comme une enquête musicale sur les «fomos » communes à toute une génération sur-connectée, éclairée jour et nuit par la lumière bleue des écrans, greffés sur les corps. Dans « Zombies », tourné dans un Kinshasa survolté, le musicien, artiste, poète et performeur belgo-congolais met bout à bout des extraits de son album 37 avenue Kaniama sorti l’an dernier – ce qui fait donc de cette entrée une petite dérogation à la règle de nos playlists, mais il faut parfois savoir faire des exceptions. Surtout que Baloji propose ici une solution toute faite à nos névroses zombifiantes : la transe. Et la bonne musique, bien entendu.

Solange – Almeda

En 2016, Solange devenait enfin Solange. Avec l’excellent album A Seat at the Table, elle cessait d’être « la sœur de » et devenait une voix, forte de la musique et de la communauté afro-américaine. Salué par le public et la critique pour ses trouvailles musicales et son message engagé, le disque lui valait une première nomination aux Grammys et une première victoire. Un couronnement tel que, dans l’imaginaire collectif, A Seat at the Table est considéré comme son premier album, alors qu’il est le troisième. Autant dire que la chanteuse était attendue au tournant avec la sortie de When I Get Home, il y a un mois. Un album intime, qui explore les recoins de sa ville texane d’origine, Houston, sur fond de soul psychédélique. Sampha, Gucci Mane, Panda Bear, Tyler, the Creator, Metro Boomin, Dev Hynes ou encore Earl Sweatshirt ont collaboré à cet album, dont est tiré l’hypnotisant « Almeda », où Playboi Carti et The-Dream sont venus poser leur touche.

Triplego – Habeeba

Ça faisait très longtemps que les fans l’attendaient. En mars, Machakil, le premier album de TripleGo, sortait enfin. Et disons-le clairement : notre patience était « triplement » récompensée. Le duo de Montreuil, formé par Sanguee à la voix et MoMo Spazz au beatmaking a livré un disque d’une beauté assez confondante. Seize titres de cloud rap sombre, mélancolique mais incroyablement mélodique, souvent épique et où viennent se greffer des rythmes orientaux et des punchlines en espagnol. L’exemple parfait d’un groupe conscient de ses atouts et de comment les exploiter au maximum. Un album, aussi, qui s’écoute comme un album, de haut en bas, tant sa cohérence est frappante. Nous aurions pu choisir au hasard, mais le cœur flanche pour « Habeeba », qui vient d’être clippé par le groupe et qui est à l’image du reste : juste très beau.

Chilla – Dans le Movie #1

Pour son deuxième clip de l’année depuis le sulfureux « Mira », la rappeuse suisse de 24 ans nous emmène « dans un film ». Mais cette fois-ci, point de guests de luxe : Chilla, vêtue d’un survêtement blanc à bandes de couleur fluo, rayonne dans le noir. Dans la vidéo de son titre « Dans le Movie #1 », la jeune rappeuse nous prouve une fois de plus sa virtuosité grâce à un freestyle énervé, porté par une chorégraphie soignée, sur fond d’esthétique cinématique. Une chose est sûre, Chilla, loin d’être morte dans le film, nous laisse impatients de découvrir la suite du « movie ». Un clip à regarder en boucle et à savourer avec des pop corns en attendant le premier album de l’artiste, dont la sortie est prévue courant 2019.

Wiley, Sean Paul, Stefflon Don – Boasty ft. Idris Elba

En janvier, Stefflon Don, Sean Paul et Idris Elba se réunissaient sur le son « Boasty », sérieux candidat au titre extrêmement disputé de « Tube de l’Été ». Remix d’un morceau de Wiley, maître incontesté du grime, cet appel à la danse mâtiné de dancehall doit beaucoup à son trio. Et s'il a fallu patienter jusqu’à mars pour découvrir le clip, autant dire que nous n’avons pas été déçus. La vidéo a été tournée dans le sud de Londres - existe-t-il un meilleur endroit que Peckham, berceau historique de la communauté afro-caribéenne anglaise, pour sceller l’alliance entre grime et dancehall ? C’est donc dans ce quartier hautement symbolique que l’on découvre les artistes se chasser les uns les autres du champ de la caméra. Enfin, on ne voit que les trois-quarts d'entre eux, pusiqu'il semblerait que Wiley ait dû se faire remplacer par une doublure – mais promis juré, on n’y voit que du feu.

Summer Satana - Our body is full of memory

« And we will win, we are the witches, we are the ocean, we are the forest, we are stronger, stronger than all our enemies » Extrait de son premier Ep Hard Ocean, « Our body is full of memory » jette les bases du projet musical de Summer Satana, française de 27 ans grandie à Bordeaux, désormais installée à Bruxelles : une noise sombre dont les grésillements bruts s’agrègent aux cris stridents et aux paroles révoltées, dénonçant un monde qu’il faudrait changer pour plus d’amour et de beauté. Humanistes et enragées, les lyrics de ce morceau se déploient comme un poème triste - à la fin, on a envie de garder un peu espoir (et aussi de se déchaîner). Si vous vivez près de Paris, sachez que la release party de Summer Satana se tiendra ce jeudi au Gambetta Club.

Todiefor x Shoeba x Roméo Elvis – Signa

« Signals », c’est l’association de deux belges – le Dj Todiefor et le rappeur Roméo Elvis – et de deux producteurs roumains réunis sous le nom de Shoeba. Le résultat tient en un morceau taillé pour une soirée qui part en vrille alors que vous vous étiez promis de « boire juste un coup ». Sur un beat ambiance maracas, les rayons d’une épicerie de nuit se transforment en piste de danse et Roméo Elvis, pourtant parti pour se faire tranquillement frire un œuf chez sa grand-mère se retrouve embarqué pour un battle de danse dans sa cave. Pendant ce temps-là, le reste du monde pète les plombs dans le métro et deux petits blonds se décident à s'embrasser. Bref, le son idéal pour vriller et faire comprendre à votre crush que le signal est bien passé.

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