entre les tours et la plage, j'ai photographié la jeunesse marseillaise

À travers la série « Gyptis et Protis », la photographe Yohanne Lamoulère vient poser un autre regard sur la jeunesse marseillaise.

par Marion Raynaud Lacroix
|
11 Février 2019, 12:28pm

Le 5 novembre dernier, à Marseille, deux immeubles s’effondrent, provoquant la mort de huit habitants. La tragédie a lieu à Noailles, l’un des rares quartiers populaires à avoir résisté à la gentrification du centre ville. En venant faucher des vies méprisées par les pouvoirs publics, elle vient remettre en lumière les contradictions de Marseille : une capitale culturelle plébiscitée par des parisiens en quête de soleil et de loyers moins chers, prise en étau entre le métissage dont elle fait sa vitrine et l’hypocrisie de sa politique urbaine - laisser des quartiers se délabrer dans l’espoir de voir sa population les quitter.

Consolat Yoanne Lamoulère
Consolat © Yohanne Lamoulère

Yohanne Lamoulère a grandi entre Nîmes et les Comores avant de revenir à Arles pour y étudier la photographie. Aujourd’hui, elle habite Marseille et doit la plupart de ses clichés à la poésie de lieux qu'elle fréquente au quotidien, des espaces de paradoxes où les couchers de soleil se fondent dans la symétrie des barres d'immeubles. « Je n’ai pas de sujet à proprement parler. Mes sujets, ce sont les endroits où mes yeux aiment trainer. Mais c’est vrai qu’avec l’âge, j’ai tendance à développer des obsessions un peu tenaces sur la banlieue et la jeunesse. » À travers la série Gyptis et Protis, nom emprunté au mythe fondateur de la cité phocéenne, Yohanne Lamoulère rend hommage au coeur battant de la ville, une jeunesse naviguant entre le sable de la plage et le béton brûlant des cités. Des jeunes rencontrés au détour d'une rue, sous le soleil du Vieux Port ou près d'un grand ensemble, qu'il a parfois fallu photographier loin de leur quartier pour qu'ils acceptent d'être mis en scène. « Il y a quelque chose de fascinant dans cet âge, dans cette liberté : à quel moment elle commence ? À quel moment elle s’arrête ? Je n'ai pas la réponse, mais je crois que quelque chose disparaît au moment où tu fondes une famille. Dans la posture du corps, dans cette façon de vouloir se montrer beau dans l’espace public. »

Catalans Yoanne Lamoulère
Catalans © Yohanne Lamoulère

En creux, la photographe interroge la façon dont l’espace favorise - ou pas - l'interaction sociale. « L’idée de la série, c’est aussi de se demander quelle place nous laisse la ville pour pouvoir nous rencontrer. La privatisation de l’espace public est de plus en plus importante à Marseille : la plage des Catalans est en train d’être privatisée, on assiste à un amenuisement de l’espace commun de plus en plus flagrant. Il me semble essentiel que des quartiers populaires comme Belsunce ou Noailles puissent se maintenir dans le centre ville. » Tranquillement frondeuses, ses images viennent rappeler l'insoumission de la jeunesse, et aussi celle de la ville : « La force de Marseille, c'est que c'est une ville en mutation permanente, qui garde quelque chose de raide, d'assez radical : les gens "normaux" ont du mal à y rester, beaucoup de Parisiens déchantent en arrivant. Marseille peut sembler très attractive mais pour la vivre au quotidien, je crois qu'il faut une grande force d'acceptation. »

©Kada et Chaima Yoanne Lamoulère
Kada et Chaïma © Yohanne Lamoulère
Abdou Yoanne Lamoulère
Abdou © Yohanne Lamoulère
Mistral Yoanne Lamoulère
Mistral © Yohanne Lamoulère
Sacoman Yoanne Lamoulère
Sacoman © Yohanne Lamoulère
1550581734971-1549883245088-02Corbieres
Corbières © Yohanne Lamoulère
Cecilia Yoanne Lamoulère
Cécilia © Yohanne Lamoulère

Retrouvez i-D sur Facebook, Instagram et Twitter.