Joseph Charroy, Fireworks, 2017

4 expos photo à voir (absolument) à paris en ce moment

La foire internationale de la photographie, Paris Photo, vient d'ouvrir ses portes. i-D a sélectionné les expos à ne surtout pas manquer ce weekend.

par Malou Briand Rautenberg
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10 Novembre 2017, 11:04am

Joseph Charroy, Fireworks, 2017

Du 9 au 12 novembre, le Grand Palais se métamorphose en temple de la photographie à l’occasion de l’annuelle et incontournable foire internationale Paris Photo. Des milliers de galeristes, photographes, curateurs, amateurs et collectionneurs s’y pressent et se bousculent pour célébrer la photographier d’hier, aujourd’hui et demain. S’y frayer un chemin et s’y retrouver dans les gigantesques couloirs qui quadrillent la nef du Grand Palais relèvent de l’exploit. Heureusement, Karl Lagerfeld est là. Invité d’honneur de cette 21ème édition, le styliste, photographe et saint-patron de Chanel a sélectionné parmi les centaines de galeries et les milliers d’images exposées à Paris Photo, celles qui matchent avec son univers à lui. Ses coups de coeur sont apposés du cartel orné de la signature « Karl Lagerfeld ». Forcément éclectique et riche de surprises (on découvre que Karl s’intéresse autant à la photographie japonaise classique qu’à Erwin Blumenfeld ou Beate Gütschow, artiste allemande hantée par l’esthétique pictorialiste et le photo-montage), ce parcours alternatif permet de sillonner Paris Photo dans les yeux du Kaiser.

Fan de Patti Smith ? Courez à la galerie Gagosian. La rockstar américaine endosse le rôle de curatrice et présente une exposition foisonnante où ses polaroïds dialoguent avec les oeuvres de Cy Twonbly et Richard Avedon. Pour parer aux crises d’agoraphobie, prenez un peu de hauteur : la section Prisme, perchée dans les hauteurs de la nef du Grand Palais, offre un nouveau regard sur la photographie traditionnelle et contemporaine. L’espace est dédié aux grands formats, installations et oeuvres monumentales. « Chorégraphie de la Révolte », série d’installations tirées des photographies de Gilles Caron, donne une envergure salvatrice à la révolte de Mai 68. Et si vous n’avez pas de pass Paris-Photo ou que vous frémissez à la seule idée de vous retrouver happé par le flux torrentiel d’un feed Instagram grandeur nature, pas de panique : i-D a dressé une liste d’événements, expositions, films et conférences à suivre en marge du festival – avec ou sans badge.

On se fait une toile arty

© Clément Cogitore / ADAGP, Paris 2017

Allergiques au « white cube » ou claustrophobes récalcitrants, vous êtes sauvés : cette année, le MK2 Grand Palais s’associe à Paris Photo en proposant une programmation de vidéos d’artistes pour le moins irrévérencieuse, à voir dans le calme et le confort d’une salle de cinéma. Pilotée par Matthieu Orléans, collaborateur artistique à la Cinémathèque Française, la sélection très pointue mettra à l’honneur les aînés d’une révolte artistique et sa relève. On y verra White Bird (2014), signé de l’incontournable maître de la photographie japonaise trash Araki, un docu-fiction brésilien hybride et salvateur d'Evangelia Kranoti, l'orgie poétique et queer de Yann Gonzalez ( Les Rencontres d'Après Minuit, 2013) et les courts-métrages de Smith ( Traum, 2017) et Laura Henno ( Frontières : Koropa, 2016), deux jeunes artistes représentées par la galerie des Filles du Calvaire. Moitié docu, moitié fiction, leurs films célèbrent l’hybridation des genres et racontent la violence et la mélancolie du monde moderne.

Heureuse coïncidence : Le Bal, incontournable temple de la photographie, dédie justement sa dernière exposition au travail de Clément Cogitore, passé par la case Fémis. Parti pour Braguino, minuscule village néo-hippie construit de toutes pièces au fin fond de la Taïga sibérienne, l’artiste vidéaste a ramené de son expédition des dizaines d’instantanés filmés qu’on découvre plongés dans l’obscurité du sous-sol de l’institution. Succession de portraits poétiques d’enfants solitaires et de séquences de chasse à l’ours, son long-métrage Braguino , réalisé dans le cadre de cet étonnant voyage, est actuellement en salles.

Vidéos d’artistes, MK2 Grand Palais, jusqu’à dimanche soir.

Braguino de Clément Cogitore, actuellement en salles

L’exposition Braguino, « La communauté impossible », est visible jusqu’au 23 décembre au Bal

On se met à la page

©Thomas Traum

En filant au festival Offprint. L'occasion de feuilleter à loisir et sans stress les pages des plus beaux livres photo de cette fin d'année et d’embrayer sur l’émergent festival Polycopies, sa petite soeur. Le salon de l’édition indépendante transforme la nef des Beaux-Arts en temple du livre d’art : 130 éditeurs, illustrateurs, curateurs et artistes y seront présents. À noter : dans le cadre de cette 8ème édition, le festival organise également un cycle de conférences inspirantes et new-gen autour de l’image et la technologie jusqu’à dimanche. Courez-y. Et ne manquez surtout pas de jeter un oeil au travail de la maison indépendante d'édition Red Lebanese.

En 2017, photographie et réseaux sociaux s’assemblent et se complètent. L’ECAL (L’école cantonale d’art de Lausanne) se propose de se familiariser à ces nouveaux usages au détour d’une exposition et d’un symposium intitulés « Augmented Photography ». Résumée à l’extrême, l’épineuse problématique posée par ce double-parcours pourrait être : comment photographie-t-on à l’ère du selfie et d’Instagram ? Milo Keller, directeur du département photographie de l’école Suisse, Maxime Guyon, photographe, les curatrices d’It’s Our Playground et le sociologue Joën Vacheron tenteront d’y répondre en redessinant les contours d’un médium en pleine expansion et mutation. La conférence se déroulera ce soir au Centre Culturel suisse. Attention, les places partent vite.

Offprint Paris, du 9 au 12 novembre au Beaux-Arts de Paris.

Plycopies, du 9 au 12 novembre au bateau Concorde Atlantique, Berges de Seine

On prend le RER B



Juveniles in Jail, Worland, 1984, © Stephen Shames / courtesy Steven Kasher Gallery

Et on s’arrête à Gentilly, où se tient, dans l’enceinte de la Maison de la Photographie Robert Doisneau, une rétrospective consacrée à Stephen Shames. Proche des Black Panthers, le photographe autodidacte a suivi le mouvement le plus révolutionnaire des années post-Civil Rights en Amérique de sa naissance à sa dissolution dans les années 1980. Ses photographies en noir et blanc illustrent sans emphase et avec une admiration que l’on sent sincère, les luttes, discordes et conquêtes qui ont fait la radicalité des Panthers. C’est aux kids du Bronx que Stephen Shames a consacré l’autre moitié de son temps. Pris sur le vif, ses portraits d’une jeunesse laissée-pour-compte racontent l’autre histoire de l’Amérique. Une histoire nécessaire et plus d’actualité qu’il n’y paraît.

«Stephen Shames, une rétrospective», jusqu’au 14 janvier à la Maison de la Photographie Robert Doisneau de Gentilly.

On célèbre le youth-power


© Melchior Tersen, Into the Pandeminium, 2014-2016

Avec Rebekka Deubner et Pauline Hisbacq. Les deux photographes françaises proposent de découvrir jusqu’au 18 novembre, le travail de 8 photographes inspiré par la jeunesse française et d’ailleurs. Eclectique et plurielle, l’exposition collective «Jeune», titre générique à dessein, s’attache à déconstruire le mythe d’une jeunesse idéalisée. Nicolas Cabos métamorphose un jeune athlète en muse et modèle, Joseph Charroy a posé son objectif sur les participants d’une foraine à Huy en Belgique, Martine Dawson capture avec poésie les dessous des jupes des filles, Bérangère Fromont a suivi une bande dans ses épopées nocturnes, les modèles juvéniles de Rebekka Deubner dévoilent avec grâce et nonchalance les parcelles de leur corps dénudés. Melchior Tersen, collectionneur à la marge et aguerri, est resté dans sa chambre pour immortaliser les totems de son adolescence passée, entre fiction et documentaire. Camille Vivier, au détour de nus inspirés de l’art classique, renverse les canons de beauté actuels. Mis côte à côte, les clichés hétéroclites de «Jeune» posent un regard à la fois critique et bienveillant sur les nouvelles générations.

«Jeunes» à la Galerie du Crous, 11 rue des Beaux-Arts, jusqu’au 18 novembre

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