5 raisons d’arriver tôt au pitchfork music festival

L'une d'entre elles s'appelle Caroline Polachek.

par Pascal Bertin
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28 Octobre 2019, 1:18pm

Chaque année, c’est l’incontournable que le fan de musiques indépendantes a coché depuis des mois sur son agenda. Cette fois, le Pitchfork s’offre en version « resserrée » sur trois soirées, enrichi de deux scènes supplémentaires afin d’absorber une programmation pointue jusqu'alors disséminée dans de petites salles parisiennes en amont de l’événement principal. « D’une part, faire un festival sur 5 jours s’avérait compliqué. D’autre part, nous manquions de place à la Grande Halle pour les découvertes. D’où l’idée d’ajouter deux nouvelles scènes, l’une avec l’auditorium Boris Vian, l’autre dans la Petite Halle de la Villette, le tout accessible avec le même billet » détaille Julien Catala, producteur de l’événement. Second gros chamboulement, la programmation de chaque soirée se range désormais dans une thématique : hip-hop et jazz pour la première, rock et pop indé pour la deuxième, dance pop pour la dernière. « Ces dernières années, on a programmé beaucoup de rock indé et d’électro mais la scène musicale a beaucoup évolué, à l’image du site Pitchfork lui-même qui accorde de plus en plus de place au hip-hop, au R’n’B et au jazz. Le public a de plus en plus envie de soirées immersives dans un style musical, d’où cette programmation pensée par soir » justifie Julien Catala.

Un choix qui tranche avec la tentative de brassage qui prévaut dans nombre de festivals français, souvent historiquement rock, qui n’hésitent plus à rendre certaines affiches totalement hétéroclites. Pour le Pitchfork Festival, mieux vaut marquer les territoires musicaux et attirer des publics clairement identifiés qui peinent parfois à se laisser séduire par d’autres styles. La bonne nouvelle, c’est que les allergiques aux barbes et chemises de bûcherons éviteront l’éruption cutanée lors des soirées d’ouverture et de clôture. « Le public rock et électro devient de plus en plus âgé. Nous ouvrir aux musiques urbaines fait donc sens à la fois pour nous renouveler et pour trouver un public plus jeune » parie Julien Catala. Autre intérêt, l’accent mis sur le rap permet au festival d’accroitre la présence d’artistes français.

Ainsi, si les locomotives de l’année, autant à vapeur qu’électriques, ont pour noms Skepta, Chromatics, Belle & Sebastian, Charli XCX, The 1975, Primal Scream, Mura Masa et Hamza, chacune aura à cœur de rouler pour une flotte de wagons roulant sensiblement à la même vitesse, avec le même carburant pour le même profil de voyageurs. Derrière les noms tout aussi recommandables représentatifs du rap (Ateyaba, Zola, Jamila Woods…), du renouveau jazz (Ezra Collective, The Comet is Coming), de l’électro (John Talabot, SebastiAn…) et de la classe féminine (Weyes Blood, Jessica Pratt), un joli bataillon de têtes relativement nouvelles se bouscule au portillon de l’underground en n’aspirant qu’à plus de lumière, comme les Parisiens techno sexy d’Agar Agar ou le cowboy dépressif californien Orville Peck. Cette jeune génération mérite d’autant plus l’attention qu’elle révèle autant l’effervescence des tendances musicales de l’année que des têtes d’affiche de demain ou après-demain. Présentation de nos cinq (et demi) coups de <3.

Flohio

Funmi Ohio ne vient ni de Floride ni de l’Ohio mais du sud-est de Londres où s’est établie sa famille d’origine nigériane. A 27 ans, après avoir été graphiste pour le label Ninja Tune, Flohio se consacre entièrement à sa carrière. Ses atouts ? Un flow dévastateur, incisif et enragé doublé d'une énergie sidérante sur scène. Une MC qui illustre à elle seule la vitalité de la jeune scène rap du Royaume, au coeur de laquelle on retrouve Slowthai, lui aussi programmé dans le cadre du Pitchfork et peut-être encore plus énervé.

Nilüfer Yanya

Paru en mars, Miss Universe, l’étonnant premier album de cette Londonienne de 24 ans, a d’autant plus fait l’effet d’une claque que personne ne l’avait vu venir. Ceux qui pensaient tenir une énième poupée R’n’B en seront pour leurs frais. Depuis ses premières démos acoustiques, cette auteure compositrice a miraculeusement touché les sommets d’une pop fière à guitares qui épouse parfaitement son temps, éclairée d’une production moderne. Miss Universe, et sûrement pour très longtemps.

Kedr Livanskiy

Productrice venue du froid, la Russe Yana Kedrina réunit de façon insolente et idéale des styles électroniques qui ronronnaient tranquillement dans leur coin. Sur Your Need, son deuxième album paru début 2019, les mélodies vocales très pop se marient à des hymnes de rave, la techno n’a pas peur de fréquenter l’eurodance. Comme si Kedr Livanskiy pouvait tout se permettre sur la base de ces années 90 qui l’ont vue naître, elle et toutes les matières synthétiques à la source de ses fascinantes créations.

Squid

Nouvelles têtes à claques dans la longue tradition du fougueux rock british, le groupe originaire de Brighton s’inscrit, dans une veine post-punk bien plus inventive et mélodique que Shame ou Idles, donc forcément moins passéiste. Cerise sur le cake, le quintet pris sous son aile par le producteur Dan Carey ajoute ce je-ne-sais-quoi électro emprunté à LCD Soundsystem et au krautrock, qui le transforme inévitablement sur scène en imparable machine à danser. De futurs très grands.

Caroline Polachek

Cette nouvelle venue n’en est pas vraiment une. Chanteuse de Chairlift, défunt duo électro-pop arty de Brooklyn, elle s’en est allée voguer solo en 2017. Après deux tentatives sous pseudos, son premier vrai album paru cette année la voit embarquer sur le même navire son chant de sirène R’n’B et des productions allant de l’underground bizarroïde à la pop mainstream telle qu’elle l’a tutoyée en travaillant pour Charli XCX ou Beyoncé. Pour un pont réussi entre dance et introspection amoureuse.

Pitchfork Music Festival Paris : 31 octobre, 1 & 2 novembre 2019, Grande Halle de la Villette, Paris 19e.

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