pour lutter contre le système et l'effondrement climatique, prenez du lsd ?

La physicienne et cofondatrice du mouvement Extinction Rebellion - XR, Gail Bradbrook, préconise la désobéissance civile par la consommation de drogues psychédéliques.

par Rémi Guezodje
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21 Août 2019, 5:24pm

Image extraite du film L'une chante, l'autre pas d'Agnès Varda

Extinction Rebellion est un mouvement non violent de désobéissance civile qui lutte contre l'effondrement écologique. Lancé en octobre 2018 en Angleterre, le mouvement est à l'origine d'actions, dont le blocage (en pleine canicule) du pont de Sully à Paris, réprimandé avec violence par la police au début de l'été. Outre-Manche, le mouvement a également poussé le gouvernement conservateur à déclarer l'urgence climatique. Extinction Rebellion repose sur une idée simple : c'est en suivant les préceptes de la désobéissance civile et en défendant un principe de non-violence que ses militants parviendront à faire flancher les gouvernements. Une mission plus ardue qu'il n'y paraît.

En réponse au durcissement de la pénalisation des drogues en Angleterre, Extinction Rebellion a souhaité prendre parti... en préconisant un trip collectif. « J'enjoins mes camarades à former un large mouvement de désobéissance civile. Nous devrions tous nous mettre à la médecine psychédélique pour montrer à l'état qu'il n'a absolument pas le droit de contrôler nos consciences et de définir nos pratiques spirituelles » a affirmé la scientifique Gail Bradbrook lors d'une convention organisée la semaine dernière à Londres qui proposait de changer notre approche des drogues psychédéliques et de leurs usages. Alors oui, je vous vois venir, vous direz qu'il s'agit ici d'une simple lubie, lancée par des hippies en mal de spiritualité, persuadés de pouvoir faire tomber le système à grands coups de danses en rondes et d'infusion à la mdma. Oui mais sauf que non.

La co-fondatrice du mouvement explique que les drogues ont joué un rôle très important dans sa prise de conscience personnelle de l'urgence climatique et de la crise sociale que les États traversent aujourd'hui - c'est d'ailleurs après un voyage psychédélique au Costa Rica qu'elle a décidé de quitter son mari et d'initier une révolution sociale. Voilà de quoi rassurer vos parents ! Elle précise cependant que l'ambition d'XR n'est en aucun cas de promouvoir la consommation de drogues mais plutôt d'éveiller les consciences pour montrer que les causes de la crise sont « politiques, économiques, légales, culturelles et structurelles».

En prônant une prise collective de drogues psychédéliques (rendez-vous dans les bois pour un remake IRL de Midsommar ?), l'activiste tente de montrer que la désobéissance civile est un moyen d'action politique majeur. Et dans ses discours résonnent les mots d'un certain Étienne de la Boétie : «Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres». À ce titre, selon la professeure d'Harvard Erica Chenoweth, dans son ouvrage Pourquoi la résistance civile fonctionne : la logique stratégique du conflit non violent, il suffirait de mobiliser 3,5% de la population d'un État pour réussir une révolution non-violente.

Le mouvement Extinction Rebellion ne lutte donc pas seulement contre le dérèglement climatique ou pour une free-party géante : le but est de réaffirmer l'importance du citoyen dans la prise de décision politique. Au moment où des pics de chaleurs sont atteints au Groenland, entrainant la fonte de 440 milliards de tonnes de glace - assez pour que la Grèce subisse des inondations à hauteur de 35cm –, à l'heure où les militants écologistes pacifiques sont réprimés avec violence et les lois concernant l'usage de drogues font plus de victimes que jamais, l'appel choc de Gail Bradbrook résonne comme bien plus q'une provocation.

Il ne s'agit pas de planer pour sauver la planète et nos sociétés, mais d'interroger notre pouvoir et notre volonté de sortir de la crise. Et c'est bien connu, les farfadets ont souvent raison...

Camarades, la révolution psychédélique est en marche !

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