sur instagram, yuyi john transforme notre addiction aux réseaux sociaux en art

Des tatouages temporaires de logos Twitter aux lacets-chargeur d'iPhone, Yuyi John explore le narcissisme 2.0 par le prisme de la culture de masse.

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févr. 22 2018, 9:21am

Voyage entre l’image de soi, l’identité, la culture de masse et les réseaux sociaux, le travail de Yuyi John est un commentaire mordant de notre nouveau monde. Comme la majeure partie de sa génération, cette artiste de 27 ans est obsédée par les réseaux sociaux. Et quand elle ne scrolle pas sur son écran, elle rassemble les tropes visuels qu’elle y trouve pour en faire de l’art, avant de les reposter sur son compte qui avoisine les 100 000 followers, et le cycle reprend. Mais ce ne sont pas seulement ses followers et les accros aux réseaux sociaux qui sont sensibles à son art : l’an dernier, Yuyi a été sollicitée par Gucci pour participer au projet #tfwGucci, à travers lequel elle a réinventé ses fameux tatouages temporaires dans l’esprit botanique cher à la marque.

Née à Taipei, Yuyi y a passé sa jeunesse, exprimant son goût pour la peinture et l’esquisse à travers l’art traditionnel chinois. Après avoir obtenu une licence de mode à l‘Université Shih Chien, elle a lancé sa propre ligne de maillots de bains, une collection surréaliste de une-pièces au lycra imprimé de statues d’argile.

Même si la mode joue toujours un rôle important dans sa pratique, c’est véritablement sur son art qu’elle se concentre en ce moment. Ludique, surprenant et curieux, son travail joue avec une image du corps féminin nu (souvent le sien) placardé de tatouages éphémères utilisant l’iconographie des réseaux sociaux : le logo de Twitter, le compteur de followers, le bouton like… Quand ce ne sont pas les réseaux qu’elle regarden d’un œil acerbe, Yuyi se penche sur les retombées de la culture de masse en créant des designs iconiques et des pièces quotidiennes fonctionnelles. Comprenez des bijoux à base de nouilles instantanées ou des câbles USB détournés en lacets.

Jusque-là, le travail de Yuyi n’existait qu’en ligne, mais la jeune artiste peut aujourd’hui fièrement se targuer de l’ouverture de sa première exposition solo, IRL : The Next Gen : John Yuyi, qui s’ouvrait cette semaine à The Art Vacancy, à New York.

« Pour moi, cette exposition solo c’est un rêve devenu réalité, explique-t-elle à i-D. Je viens de nulle part, je n’avais rien. Je n’aurais jamais pensé arriver si loin. Depuis peu j’ai vraiment l’impression de vivre dans un épisode de Black Mirror et d’être un personnage de fiction évoluant dans la matrice des réseaux sociaux. ce que voient les gens de moi à travers mon travail en ligne et le personnage que je créé sur les réseaux sociaux est très différent de ce qui je suis en réalité. J’ai envie de donner vie à toutes ces facettes dans un seul et même espace. »

Pour nous donner un avant-goût de son expo, Yuyi a choisi ses 5 œuvres préférées.

« C’est une de mes signatures. C’est écrit « Je t’aime » en chinois, ce qui est en gros le message que j’ai envie de faire passer à moi-même, particulièrement quand je doute de qui je suis. »

« J’adore ça ; c’est une photo nue de moi, de ma peau, tatouée sur de la peau de porc. J’aime beaucoup l’aspect cyclique de cette image. »

« J’ai réalisé cette œuvre à Tokyo. À Taïwan, nous sommes très influencé par la culture japonaise, parce que nous avons un temps été colonisés par le Japon. Cette fille s’appelle Natsumi, et c’est vraiment son look unique qui illumine l’image. »

« Cette photo est extraite de mon projet Face Prost, pour lequel j’ai collé des tatouages référençant les réseaux sociaux sur le visage de mon amie Julia. »

« Pour celle-ci, j’ai travaillé avec un couple d’artistes coréens, particulièrement connus pour la série Half and Half qu’ils ont réalisé à deux. »