un photographe a capturé la beauté anachronique des danseurs du bolchoï

Ancien danseur et photographe, le britannique Kurtiss Lloud est allé visiter l'école de ballet à Moscou pour immortaliser la splendeur des lieux et des danseurs qui s'y exercent.

par Kurtiss Lloyd
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21 Août 2017, 9:14am

Il y a quelques mois, le photographe anglais Kurtiss Lloyd est allé à Moscou pour la première fois. Il a alors découvert les dures réalités de la Russie urbanisée ponctuées par les vestiges d'un passé impérial flamboyant. Une dissonance qui lui a donné envie de partir sur les traces du passé décadent du pays.

« C'était la première fois que je visitais Moscou. Je suis resté dans un hôtel du centre ville dont les rues sont toujours en construction. Comparés aux édifices majestueux du passé, ces nouveaux bâtiments semblaient durs, presque menaçants.

Depuis mon appartement, je pouvais voir les grues, les échafaudages et les débris empiéter sur l'horizon de la ville. Je me suis mis à rêver du glamour de la vieille Russie.

Le Bolchoï fait partie de ces reliques du passé russe. J'ai donc décidé d'entrer en contact avec certains des danseurs qui y pratiquent. Je voulais extraire le danseur de ballet de son contexte scénique – loin des rideaux de velours, des galeries dorées et d'un décor théâtral – pour saisir créer un portrait contemporain du danseur du Bolchoï tout en soulignant le fossé qui se creuse entre l'ancien et le nouveau, entre la beauté naturelle des corps et la laideur de certains artifices créés par les hommes.

En rencontrant les danseurs un à un, je me suis rendu compte de leur solitude. La plupart ne comprenaient pas l'anglais, et s'exprimaient donc uniquement par la danse. Ça m'a permis de capturer leur essence, leur esprit, leur caractère au plus vrai. J'étais très étonné de voir une telle liberté d'expression, une telle aisance physique, une liberté qui se ressent à travers les images.

En tant qu'ancien danseur, j'ai tout à fait conscience des efforts et des sacrifices qu'impose la pratique de la danse. Il faut travailler très dur pour que le corps se trouve en adéquation parfaite avec la musique. Il faut sans cesse repousser ses limites. J'ai toujours un grand respect pour les artistes et danseurs que je photographie. »

Alexei Putintsev, 20 ans, Moscou
Que représente la danse pour toi ?
La liberté. La liberté de mouvement, de réincarnation, de plaisir. La danse est un moyen de se libérer.
Qu'est-ce qu'il y a de plus dur dans ce métier ?
Quand tu danses, tu dois avoir une patience incroyable pour supporter la douleur physique et les traumatismes qu'un tel parcours implique. Mais aussi les revers émotionnels, quand tu rates un rôle par exemple. La carrière d'un danseur est très courte, alors il faut conserver sa force autant que possible. Il y aura toujours des danseurs pour te remplacer alors il faut travailler très dur.

Vasiliy Danilchuk, 22 ans, Omsk
Quel est ton souvenir de danse le plus ancien ?
Quand j'étais petit, ma mère m'a emmené voir un ballet. Une performance de Ruslan et Ludmila au théâtre d'Omsk. Je suis immédiatement tombé amoureux de ce monde enchanté.
Que représente la danse pour toi ?
Pour moi, la danse c'est la vie. Sur scène, mes sentiments reflètent ceux du personnage que je joue. Avec la danse, je suis capable de m'exprimer et de me comprendre.

Nikita Kapustin, 21 ans, Serpukhov
Qu'est ce qu'il y a de plus dur dans ce métier ?
Aller en classe tous les matins, et y rester jusqu'à la fin de la journée.
Si tu n'étais pas danseur, que ferais-tu ?
C'est très dur de me projeter ainsi, mais quand j'étais gosse je voulais faire du football. Peut-être que je serais devenu footballeur.

Ilya Beresnev, 26, Allemagne
Si tu n'étais pas danseur, que ferais-tu ?
Je ne sais pas, c'est presque impossible pour moi de m'imaginer hors d'un ballet.
Quel conseil donnerais-tu aux danseurs qui voudraient suivre tes pas ?
La danse, c'est la vie. Si tu ne la vis pas à fond, tu ne peux pas te lancer.

Artemiy Belyakov, 25 ans, Tver
Qu'est-ce que la danse selon toi ?
C'est un moyen de saisir la beauté de l'âme et du corps humain.
Qu'est-ce qu'il y a de plus dur dans ce que tu fais ?
Je dois constamment me rappeler que les gens ont besoin d'art dans leur vie. Même si parfois ils ne s'en rendent pas compte.

Alessandro Caggegi, 21 ans, Manchester
Pourquoi danses-tu ?
Je danse parce qu'il y a quelque chose d'indescriptible qui me remplit le corps quand je suis sur scène, une forme d'adrénaline de l'instant. On est autant des acteurs que des danseurs.
Si tu n'étais pas danseur, que ferais-tu ?
Je serais musicien, c'est clair. Jusqu'à mon départ pour la Russie, je jouais dans des orchestres, et j'ai un diplôme de pianiste obtenu au College of Music de Londres. J'essaye encore de jouer et m'entraîner le plus possible.

Vladislav Kozlov, 23 ans, Saratov,
Que représente la danse pour toi ?
Pour moi la danse est un moyen d'exprimer ses émotions et ses expériences personnelles. Ça peut parfois être douloureux, mais les danseurs de ballet ne peuvent pas vivre sans la danse.
Qu'est-ce qui est le plus dur dans ce que tu fais ?
Le plus dur lorsqu'on est danseur de ballet professionnel, c'est de constamment savoir se dépasser, et l'exercice physique au quotidien. C'est un métier qui demande beaucoup de sacrifices, souvent au dépens de la vie personnelle.