Selah wears dress Tommy Hilfiger. Earrings Proenza Schouler.

les 8 femmes les plus inspirantes de new-york

Qu'elles soient écrivaines, activistes ou actrices, ces huit femmes (re)définissent le monde dans lequel nous vivons. La jeune photographe Petra Collins les a immortalisées.

par i-D Staff
|
28 Septembre 2016, 9:35am

Selah wears dress Tommy Hilfiger. Earrings Proenza Schouler.

Selah Marley, chanteuse (ci-dessus)

À seulement 17 ans, Seleh Marley porte peut-être sur ses épaules l'héritage les plus impressionnant - et intimidant - de tous les temps. Fille aînée de la géniale (ex-)chanteuse des Fugees, Lauryn Hill, et petite fille de Bob Marley, autant dire que Selah a la musique dans la peau. Les déménagements rythment son enfance, avant que la famille ne finisse par s'installer dans le New Jersey. « Le plus dur quand on vient d'une famille connue, c'est d'être exposé dès la naissance, » explique-t-elle. « Même si ça peut paraître une situation de rêve, c'est parfois assez lourd… On fait erreur en pensant que je n'ai pas eu de difficultés dans ma vie. » Heureusement pour Selah, elle peut s'en échapper avec la musique. Mais du coup ça sonne comment, la musique de la progéniture de Lauryn Hill et Bob Marley ? « Comme du R&B futuriste, » répond-elle fièrement. « En tout cas c'est ce que je vise ! » Si elle peut remercier toute sa famille pour son talent musical, c'est à sa mère qu'elle doit son don le plus précieux. « Ma mère m'a offert la liberté de me découvrir, » assure Selah. C'est elle aussi qui lui a appris à devenir une femme. « En tant que femmes, on finit avec un lourd poids sur les épaules, et à côté de ça on doit trouver le temps de s'occuper de nous. On a grandi dans un environnement assez peu conventionnel, avec une dynamique unique et une énergie qui n'a pas de prix, que je n'échangerai pour rien au monde. »

Texte Tish Weinstock

Maia porte une blouse Maryam Nassir Zadeh, une jupe Wunderkind, des chaussures Erdem, des chaussettes Pan & the dream et un collier Tuza.

Maia Ruth Lee, artiste

Maia Ruth Lee a eu une enfance pour le moins nomade. Née en Corée, c'est à Katmandou, au Népal, qu'elle a grandi. En 2011 elle s'envole pour les États-Unis, poursuivre son rêve d'artiste. « En tant que Coréenne vivant au Népal et éduquée à la britannique, j'ai mis du temps à identifier mon rôle dans la société, » raconte Maia. « Mais depuis que j'ai déménagé à New York, j'ai traversé des expériences qui m'ont ouvert les yeux. Ça peut sonner un peu cliché, mais il y a ici un sens aigu de la liberté, et même si c'est toujours le bordel et qu'on a encore besoin de changements radicaux, l'Amérique m'a donné l'occasion de voir grand. L'Amérique m'a façonnée. »

L'art de Maia se manifeste sous différentes formes : peinture, sculpture, photo ; formes abstraites creusées dans le fer ou motifs sortis d'un obscur zodiaque d'image et de langage. Elle a fait des fanzines et des bijoux, collaborant avec Tuza pour rendre une série de pendentifs-vagins des plus convoités. Bref, Maia est une véritable artiste multidisciplinaire qui ne se fie qu'à ses impulsions créatives, peu importe où elles la mènent. « Toute ma vie je me suis considérée comme marginale, et je pense qu'être une artiste et être une femme évoque ce genre de ressenti. » Mais elle garde espoir. « Le monde de l'art semble donner de plus en plus de place aux femmes. Je pense que l'on vit un moment très intéressant, c'est bien de faire partie de ce changement. »

Texte Felix Petty

Lumia porte une chemise et un jean Levi's, un chapeau Vaquera, des gants Carolina Amato et des boucles d'oreilles Annie Costello Brown.

Lumia Nocito, photographe

Pour Lumia Nocito, prendre des photos, ce n'est pas que documenter un moment ou créer de l'art. C'est aussi communiquer avec ce qui l'entoure, de manière significative et sensée. « Ce qui m'a fait tenir pendant ma dépression, et ce qui me fait encore tenir aujourd'hui, c'est la beauté du monde, » explique la photographe, justifiant son désir ardent de capturer le monde qui l'entoure. « Ma plus grande motivation c'est la satisfaction que je ressens en montrant aux autres comment j'internalise les choses à mesure que j'évolue dans ma vie. » En photographiant les visages et les endroits qui fondent « son » New York, où elle est née, avec une sensibilité et une attention que ses 17 ans ne trahissent pas, Nocito prouve que l'expérience ne vient pas forcément avant le talent. S'inspirant de « l'énergie et du langage corporel » du travail de Cindy Sherman et trouvant sa confiance en la présence de Petra Collins, Nocito voit le girl power comme un aspect fondamental de son art. Constamment entourée de femmes fortes, d'une ville inspirante et mue d'une « envie insatiable de créer une œuvre qui traduise la réalité d'une jeune femme artiste », Lumia a le monde à portée de mains.

Texte Ryan White

Marilyn porte un manteau Miu Miu.

Marilyn Minter, artiste et activiste

Pendant plus de 30 ans, Marilyn Minter s'est créé un art fort, en équilibre sur la fine frontière entre le sexy et le grotesque. « J'ai toujours été intéressée par ce que la société dévalue, ce qu'elle voit comme étant superficiel, comme la pornographie ou le glamour, souvent considéré comme non-essentiel, inintéressant. » Le travail de Marilyn explore la tension entre le paraître et le ressenti, le désir et l'insatisfaction. « Je pense que beaucoup de femmes trouvent du plaisir dans le glamour et la beauté, et s'en veulent en même temps pour ça. Il y a ce constant paradoxe entre l'amour et la haine. » Les premières expositions de Marilyn se sont vues critiquées par des féministes qui voyaient dans son utilisation éhontée de l'imagerie pornographique de la misogynie. « Ça m'a énormément attristée à l'époque. Mais j'étais assez jeune pour me dire 'Oh, allez vous faire foutre. Vous êtes choquées par ça ? J'irais encore plus loin'. » Il n'y pas eu un moment précis, galvanisant, où le féminisme s'est emparé de l'artiste. Ce n'était qu'une suite logique. « J'étais trop jeune pour la première vague de féminisme, mais je me souviens d'avoir regardé Betty Friedan dans une émission, et tout le monde se moquait d'elle mais je trouvais ce qu'elle disait très juste. »

Pour Marilyn, l'imagerie sexuelle qui explore le plaisir féminin est encore trop controversée. « Il y a encore cet énorme plafond de verre qui vous bloque, si vous êtes une femme qui travaille sur l'imagerie sexuelle. Regardez le retour de flammes qu'a pris Miley Cyrus après cette séquence aux MTV Awards. Elle essaye de maîtriser sa propre sexualité. Ça fait peur à la fois aux femmes et aux hommes de voir des jeunes filles explorer l'imagerie sexuelle. Je pense que c'est encore un tabou. J'adore Petra Collins et Sandy Kim - toutes les filles qui essayent de réinventer, de contrôler ou de donner un nouveau sens à leur imagerie. Je trouve ça superbe, c'est une attitude totalement punk. Et je suis une vieille punk. »

Texte Clementine de Pressigny

Carlotta porte une robe Christopher Kane et des boucles d'oreilles Proenza Schouler.

Carlotta Kohl, artiste

Que ce soit avec ses paysages oniriques et colorés ou ses portraits intimes d'amies, le travail de Carlotta Kohl touche toujours à l'imagerie féminine. Fille de deux créatifs, Carlotta Kohl a toujours eu l'art dans le sang, mais ce n'est qu'après s'être installée à Long Island que l'allemande de naissance élevée à Paris a trouvé sa voie. « Je me suis toujours exprimée de manière créative, » assure la jeune femme de 23 ans. Frustrée par son cursus photo, elle se tourne vers la sculpture puis commence à travailler sur une série de peintures à la cire. « Je me sentais détachée de ce que je faisais. Je voulais sentir une connexion et affirmer ma voix. » Cela dit, n'allez pas croire qu'elle a abandonné à jamais la photo. Au contraire, son approche très intime de ses sujets et son esthétique onirique en font une photographe très suivie dans le milieu de la mode. Elle a déjà shooté pour Jalouse et L'Officiel. Avec son travail, Carlotta cherche à démêler les multiples facettes de l'expérience féminine. Elle explore les thèmes du sexe ou de la réification. Mais attention à ne pas étiqueter son travail « féministe ». « Je suis féministe. Je suis un artiste. Mais mon travail ne tend pas à être féministe, » assure-t-elle, sûrement bien conscience de la tendance croissante qu'ont certains artistes à s'accrocher à la corde féministe dans l'unique but d'attirer l'attention sur leurs œuvres. « C'est devenu une esthétique. Quelque chose de cool pour attirer les gens. On doit faire attention à ne pas y diluer le message du féminisme. » Alors, ce que réserve le futur à Carlotta ? Pas mal de choses, en fait. Quand elle n'enfile pas le costume de mannequin ou qu'elle ne flâne pas avec ses potes dans East Village, c'est qu'elle est enfermée dans son studio, et que la magie n'est pas loin. Et alors qu'elle s'est mis en tête de faire de la vidéo, on est assez sûre de la recroiser assez vite.

Texte Tish Weinstock

Torraine porte un pull Hardeman, un jean Diesel et des boucles d'oreilles Toga.

Torraine Futurum, artiste

« J'avais prévu d'arriver sur cette planète, » assure l'auto-proclamée extra-terrestre Torraine Futurum. « Mais pas de manière aussi forte et tumultueuse. » La femme n'est pas tombée sur terre en tant que l'artiste/mannequin que l'on a pu apercevoir sur le podium de Gypsy Sport ou dans un clip de Carly Rae Jepsen (Boy Problems) avec Tavi Gevinson et Barbie Ferreira. Non, c'est une horrible année 2014, pendant laquelle la jeune new-yorkaise a tout perdu (« Et je vous assure que ce n'est pas une hyperbole »), qui lui a présenté l'occasion de tout recommencer à zéro. Ou, comme elle le dit, « l'occasion de penser à la personne que je serais si j'étais seule sur terre. » Elle a documenté cette transition dans une série d'autoportraits cathartiques appelée Transgression : A Self-Centered Art Project. Le but étant de cimenter pour toujours dans le temps ces années formatives - et toutes les fantaisies, les désirs, les lettres d'amours et les frustrations qui allaient avec. « Je crois en l'art. Je pleure en écoutant des chansons, en regardant des photos ou des films. Et même des coiffures et des maquillages. L'amour et l'art sont les deux choses les plus pures que l'homme a à sa disposition. Et tu ne peux pas toujours faire l'amour, mais tu peux toujours faire de l'art. »

Texte Matthew Whitehouse

Tavi porte une robe Erdem.

Tavi Gevinson, actrice et rédactrice en chef de Rookie

Aussi accomplie qu'elle est belle, l'actrice et rédactrice en chef Tavi Gevinson continue de creuser son sillon, d'étonner et de constamment défier ceux qui doutent de l'énergie de la vingtaine. En 2016, Tavi a fini une série de représentations à Broadway, a commencé à répéter pour sa prochaine pièce - du Tchekhov -, a interviewé de nombreux invités pour le podcast de Rookie qui se lance cet automne, et a travaillé avec ses six collègues sur le contenu éditorial de son site, au succès déjà retentissant. « Je n'aurais jamais imaginé que mon blog deviendrait ça, mais je me sens chanceuse d'avoir Rookie pour écrire, pour me sentir moi-même, et le théâtre pour être quelqu'un de nouveau. » Fondé en 2011, le site Rookie a lancé une nouvelle vague de sites centrés sur les femmes, avec une approche nouvelle, intelligente, encourageant les filles à penser différemment ; à célébrer ce besoin salvateur d'être soi-même plutôt que de suivre le statut quo médiatique. L'effet est non négligeable. Cinq ans plus tard, nous sommes inondés de collectifs Instagram et de fanzines fait à la main qui redéfinissent l'expérience de la jeunesse et de la féminité. Tavi s'en réjouit : « Je suis heureuse que de plus en plus de personnes se trouvent la confiance nécessaire pour s'auto-publier et trouver leur communauté ! Rookie ne peut pas être tout et pout tout le monde, mais si ça encourage quelqu'un à créer quelque chose de nouveau, ma mission est accomplie ! »

Texte Lynette Nylander

Jamia porte un haut Kenzo et des boucles d'oreilles Annie Costello Brown.

Jamia Wilson, écrivain et activiste

Jamia Wilson est écrivain, activiste féministe et faiseuse de mouvement. Directrice de Woman, Action, & the Media (WAM !) elle est une voix prépondérante dans le combat pour l'égalité du genre dans les médias. « Quand une grande partie des histoires, de la sagesse et des expériences de la population est omise par le discours public, tout le monde en pâtit, » affirme-t-elle, notant au passage que seulement 5% des positions de poids dans les médias sont tenues par des femmes. « L'absence de voix féminines renforce les stéréotypés passéistes et sape le pouvoir des femmes. »

Après avoir contribué à une collection d'essais sur l'impact de Madonna sur la vie des femmes, Jamia écrit en ce moment un livre sur le féminisme pop de Beyoncé. « Beyoncé envoie aux femmes un message de grande valeur : vous êtes la PDG de votre propre vie, » explique Jamia. « Beyonce déplace le débat, de 'soyez forte dans la structure d'un autre' à 'formez et gérez votre propre structure', passez à l'acte et transformez ce ssystème obsolète. »

Ce n'est pas une surprise, d'apprendre que Jamia écrit pour Rookie, le magazine en ligne pour adolescents créé par Tavi Gevinson. « La représentation, c'est très important, et l'équipe de Rookie a bien l'intention de présenter des filles et des jeunes femmes sans les marchandiser ni les sexualiser, » assure-t-elle, rappelant que le site est également un allié affirmé du mouvement #BlackLivesMatter.

Texte Charlotte Gush

Credits


Photographie Petra Collins
Stylisme Stella Greenspan
Coiffure et maquillage Silvia Cincotta avec YSL Beauté. Assistance photographie Lumia Nocito. Assistance stylisme Alexandra White, Chris Lee. Production Caroline Stridfeldt, Natalie Pfister. Assistance production Rachel Kober. Modèles Selah Marley. Jamia Wilson. Marilyn Minter. Maia Ruth Lee. Tavi Gevinson. Torraine Futurum. Lumia Nocita. Carlotta Kohl.

Tagged:
Marilyn Minter
Petra Collins
tavi gevinson
Mode
Carlotta Kohl
Maia Ruth Lee
The Female Gaze Issue
jamia wilson
selah marley
torraine futurum
lumia nocito
regard féminin