détroit, la ville retrouvée

Ben Burgess est parti à la rencontre des habitants de Détroit, son appareil photo en main, pour renverser les clichés associés à la ville et célébrer son effervescence artistique et créative. Rencontre.

par Kasumi Borczyk
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04 Juillet 2016, 4:26pm

Photography Ben Burgess 

Bien avant que Détroit ne se déclare en faillite à l'été 2013, la ville était déjà le terrain de jeu de nombreux photographes. Ses bâtiments qui s'effondrent et ses volets fermés s'étendant sur des kilomètres ont hanté l'objectif de la jeunesse créative. Parmi eux, Ben Burgess, originaire de Melbourne, est reparti sur les traces de la ville fantôme. Non plus pour en capter la décrépitude qui y règne, mais plutôt la vie alternative qui rend Détroit plus forte et sereine qu'hier. Son corpus d'images et son futur livre, tentent de rendre hommage à la renaissance de la ville.

Tu es d'origine australienne mais as choisi de te concentrer sur Détroit. Quelle était l'idée derrière ta série ?
J'avais envie de parler de Détroit sans m'attarder sur le versant pessimiste qu'on a l'habitude de servir au monde depuis la déclaration de faillite de la ville en 2013. Mon but, c'était de donner la parole à ses habitants. Je suis un outsider qui regarde et tente de comprendre la ville, sans la juger. Donc j'ai discuté avec les locaux, beaucoup. Le livre rassemble les tirages de mon expérience sur place et des textes écrits par des poètes et journalistes de Détroit. 

Détroit est clairement vue à travers un prisme négatif depuis sa faillite. Comment t'es-tu débrouillé pour en tirer le meilleur et le positif ?
C'est assez drôle en fait. Quand je suis arrivé là-bas, il faisait très beau et ce simple phénomène météorologique a suffi à me montrer la ville sous son plus beau jour. Le soleil brillait, je marchais dans la ville et jamais de ma vie je ne m'étais senti aussi bien dans un endroit inconnu. Tous ceux que j'ai rencontrés avaient du temps à me consacrer et l'envie de dialoguer. Je n'ai jamais ressenti ni la solitude, ni la violence et la peur dont on m'avait parlé. Alors oui, le nombre de maisons laissées à l'abandon est conséquent, les incendies criminels continuent de croître dans la ville. Mais la plupart des locaux essaient juste de s'en sortir. La jeunesse, la première, se bouge et tente de rendre à la ville ses lettres de noblesse. 

Pourquoi Détroit, précisément ?
À force d'en entendre du mal, j'ai ressenti le besoin de me faire ma propre opinion de cette ville, tristement médiatisée. Et j'ai toujours été un grand amoureux de la scène musicale née là-bas, dans les années 1990, à l'époque où la créativité était florissante. Aujourd'hui, ces élans créatifs ressurgissent d'autant plus fort. Tout le monde rivalise d'ingéniosité pour tirer la ville vers le haut - des projets associatifs pullulent, des potagers, des fermes urbaines et des workshops de poésie pour enfants se montent tous les jours.

En tant qu'étranger, tu n'as jamais eu l'impression de parler à la place des habitants ?
Si et c'est pour cette raison que je suis parti à la rencontre des locaux, les premières victimes de la médiatisation de la misère. D'habitude, je suis plutôt discret et incognito lorsque je prends des photos. À Détroit, j'ai fait en sorte que tout soit fait dans les règles et avec l'accord de mes modèles. On se sent toujours un peu voyeuristes dans ce genre de situation délicate : j'ai fait le maximum pour que leurs paroles et leurs pensées soient retranscrites avec le plus de justesse possible. Ce livre est une façon de leur rendre hommage, de les présenter sans les représenter. 

@_benburgess

Credits


Texte : Kasumi Borczyk
Photographie : Ben Burgess

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