les critiques n'ont rien compris à the get down

C'est épique, coloré, et incroyablement ambitieux. Mettez les avis négatifs de côté - n'écoutez que les sirènes du Bronx.

par Oliver Lunn
|
01 Septembre 2016, 8:34am

Netflix a lâché quelques 120 millions de dollars pour The Get Down, sa nouvelle série sur la naissance du hip-hop dans le Bronx en ruine de 1977. 120 millions, et ça se voit. La reconstitution des rues new-yorkaises n'est rien qu'épique, les tenues du casting (gargantuesque) sont fantastiques et les détails millimétrés. Ça n'a pas lésiné sur la thune, mais les critiques semblent y voir un gâchis abyssal, convaincues que cet argent aurait trouvé meilleur usage dans la prochaine saison de Stranger Things.

Les plus virulentes voient dans The Get Down la déception de l'année. "C'est délibérément niais," assure le Sunday Times. "Une ambition créative mal-pensée qui retombe comme un soufflé," rempile Variety. "Ça se veut brut et subversif, sans jamais savoir comment y parvenir," achève Slate.

Ce consensus semble venir du fait que la série (qui se tient quand même un joli 8,6/10 sur IMDB) échoue(rait) à nous téléporter avec crédibilité dans le New York des années 1970. Là-dessus, ça fuse en tous sens. Les effets spéciaux ne sont pas réalistes, qu'ils disent. Les images d'archives du Bronx sont intégrées maladroitement et les Puma rouges aux pieds des protagonistes sont trop propres. Un peu d'indulgence : évoquer et invoquer le Bronx des années 1970, ses allures de Far West, ses immeubles en miettes et ses rues couvertes de graffitis était la partie la plus piégeuse de la production de la série.

Malgré ça, The Get Down tient la barre haute et ces critiques sont clairement injustes. Les archives old school ne sont pas là pour se fondre avec homogénéité dans le récit. Elles ne sont là que pour ajouter de la couleur, nous montrer que oui, les rues à l'époque avaient l'allure d'un lendemain de bombardement. Utiliser ces images revient à intégrer une ligne en début d'épisode ou de film : "Tiré d'une histoire vraie." Juste pour attirer notre attention sur la folle attention du détail de cette reconstitution. Pour ce qui est des baskets Puma trop neuves et des survêt' trop propres, n'allez pas croire que les chargés des costumes ont merdé. Bien au contraire, on est au plus proche de la réalité de l'époque. Toute personne qui a vu Fresh Dressed - ou n'importe quel documentaire sur les sous-cultures new-yorkaises des années 1970 - le sait bien. C'est peut-être difficile à croire, mais la plupart de ces gosses s'attelaient à ce qu'on pense que leurs fringues sortaient tout droit de l'usine. Si tu n'étais pas frais, propre et brillant, tu n'étais personne. Un des mecs dans ce documentaire poussait le délire très loin ; il racontait : "Je me suis acheté une nouvelle paire de sneakers chaque jour pendant plus de sept ans." Bref, ça se passait comme ça. 

D'autres critiques ont quant à elles eu du mal à avaler les décors luxuriants et les visuels chargés du premier épisode réalisé par Baz Luhrmann. Pour faire simple, ils reprochent à Baz d'avoir fait du Baz : le montage flashy d'un faste visuel. Et attention, on peut reconnaître que ça peut être lassant, le mec aime (trop ?) en mettre (trop ?) plein la gueule. Mais toute personne ayant déjà posé les yeux sur l'un de ses films savait à quoi s'attendre. Ces critiques auraient tout aussi bien pu rédiger leur papier avant la diffusion de la série. Tout ce qu'elles avaient à faire ici, c'est un effort minime pour s'ajuster au(x) rythme(s) unique de The Get Down.

Un autre reproche qui est fait : le bordel narratif. Alors oui, on nous y vend énormément d'histoires et d'intrigues - la naissance du hip-hop, l'histoire d'amour entre Ezekiel et Mylene, la guerre des gangs, le graffeur homosexuel (ou bisexuel ?), les complications d'une chanteuse en devenir, la politique d'urbanisation, les références à la mythologie kung-fu - mais jamais elles ne se gênent les unes les autres. L'histoire est en fait bien plus cohérente que ce que ces critiques veulent laisser penser. Notamment parce qu'elles ont toutes un point commun, le personnage d'Ezekiel, parfaitement joué par Justice Smith. C'est à travers lui que l'on vit la naissance de cette nouvelle culture, sa première block party et ses premiers mots rappés avec hésitation au son du vinyle. Il est le pilier de la série.

Mais là ou The Get Down mérite le plus de louanges, c'est bien dans sa manière de ressusciter le New York des années 1970 : les immeubles squelettiques, les wagons du métro recouverts de graffitis, les clubs louches et leurs ruelles adjacentes tout aussi évitables. Regarder cette série c'est être instantanément transporté dans l'univers de The Warriors et Wild Style. Un monde aussi terrifiant qu'attirant qui va piocher dans notre admiration sans fin de la culture hip-hop old school. Et pourtant les totems de l'époque - les bérets Kangol, les pattes d'eph ou certains tics de langages - ne sont jamais utilisés jusqu'au cliché. Ce qui est finalement assez étonnant lorsqu'on apprend que la série a été vendue comme un croisement entre The Wire et Glee

Habituellement, j'approche l'œuvre de Baz Luhrmann avec une prudence extrême. À ma grande surprise l'histoire m'a embarquée et j'ai su nager à l'œil sous le joyeux bordel du cinéaste.

De la même manière, c'était surprenant de ne pas entendre pléthore de tubes de l'époque, de rappels. À la place on a droit à la batterie Vitamin C de Can, récurrent tout au long de la série, et base musicale du son du personnage de la chanteuse en herbe, Mylene Cruz, Set Me Free. Ok, sur la fin la chanson commence un peu à saouler. Mais au moins ça n'apparaît jamais comme un ajout d'après-coup opportuniste. Comme quelqu'un qui lâcherait un tube disco des années 1970 pour bien nous rappeler que la série prend place dans la même période que Saturday Night Fever.

Habituellement, j'approche l'œuvre de Baz Luhrmann avec une prudence extrême. À ma grande surprise l'histoire m'a embarquée et j'ai su nager à l'œil sous le joyeux bordel du cinéaste. Et au final c'est aussi simple que ça : l'histoire est superbe. C'est super de regarder Ezekiel écrire ses rimes pour les refiler à ses potes ; c'est super d'observer Shaolin Fantastic (Shameil Moore, déjà vu dans Dope) transpirer au-dessus de ses platines ; c'est super de voir le groupe entier donner vie à son premier son devant une foule endiablée de block party. On est à 100% avec eux, on les suit dans leur aventure, alors qu'ils ne laissent derrière eux dans les rues du Bronx que des yeux brillants et des visages impressionnés. Il faut simplement vouloir les suivre, vraiment. D'une certaine manière, le problème c'est Stranger Things. La série qui suivait allait forcément avoir l'ombre handicapante de Winona Ryder peser sur son destin. Pour certaines personnes, c'était d'avance incomprables. Et c'est d'ailleurs le cas. Comparer tout ce qui sort de Netflix avec Stranger Things c'est comme comparer toute la filmographie de Larry Clark avec Kids. Vous ne pourrez qu'être déçus.

Il y a tellement de critiques qui sont tombées avec violence sur The Get Down que regarder la série maintenant revient à se laisser tenter par un plaisir coupable, presque inavouable. Mais ce n'est pas Glee. Il n'y a rien de honteux à tomber en pamoison devant l'aspect épique de la série, sa palette de couleurs vivaces, sa narration tentaculaire. Tous ceux à qui c'est arrivé vous garantiront qu'on est loin, très, très loin de la "déception de l'année"

@OliverLunn

Credits


Texte Oliver Lunn

Tagged:
Netflix
bronx
Baz Luhrmann
The Get Down
années 1970