quand raf rencontre robert

L'oeuvre de Robert Mapplethorpe était à l'honneur lors du défilé printemps/été 2017 de Raf Simons au Pitti à Florence.

par Anders Christian Madsen
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17 Juin 2016, 4:29pm

L'art sur l'art. Un thème récurrent de la Pitti Immagine Fashion Week de Florence, où les œuvres d'art de la ville - de la Renaissance à l'architecture fasciste et tout ce que cela induit - sont utilisées comme toiles de fond de nouvelles créations. C'est exactement ce qu'à fait Pucci en 2014, en recouvrant le baptistère du Duomo. Cette saison, Karl Lagerfeld a décidé d'exposer ses photos au-dessus de tableaux de la renaissance accrochés dans le Palaza Pitti. Pour sa troisième participation au rodéo florentin - quatrième si l'on compte son défilé Jil Sander en 2010 - Raf Simons est retourné là où tout à commencé : la délabrée Stazione Leopolda où il construisait en 1998 un appartement dans lequel il a fait vivre trois jeunes hommes le temps de l'installation. En 2005, il fêtait le dixième anniversaire de sa marque via une rétrospective et un défilé aux jardins Baboli. Fidèle à l'esprit florentin, la collection printemps/été 2017 qu'il a présenté jeudi à la Stazione Leopolda était une rencontre, un entrechoc de formes et d'artisanat. Les mannequins portant ses pièces historiques étaient déjà assis et en place alors que le public pénétrait l'endroit, massif. Et quand Michel Gaubert a appuyé sur play pour lancer l'adaptation de The Cold Song de Purcell par Klaus Nomi, des jeunes hommes pâles et maigres sont apparus au milieu de la foule, avec des photos de Robert Mapplethorpe imprimées sur leurs vêtements.  

« Je voulais un défilé dans lequel chaque garçon représente une œuvre. Je voulais vraiment me présenter en curateur. Beaucoup d'autres l'ont fait pour le travail de Mapplethorne, mais toujours en l'exposant en galerie, toujours dans le même contexte, toujours sous la même forme. Donc le plus gros défi était justement de casser les codes et de ne pas montrer son travail dans une galerie, mais en le connectant à mon univers, »
« des célébrités, des fleurs, des auto-portraits, des polaroïds »

indique Simons après le défilé. Il a été approché par Mapplethorne, a passé deux après-midis à parcourir les archives du photographe - - pour finalement décider d'y aller à fond. « Je connaissais pas mal de chose de lui, mais il y avait beaucoup de photos que je n'avais jamais vues. J'ai été frappé par l'impact qu'ont eues certaines des personnes photographiées : des artistes que j'admire qui sont décédées, comme Alice Neel, par exemple. J'aime beaucoup le Willem de Kooning, et je leur ai dit qu'il était primordial de juxtaposer ce genre de travaux avec ce qui nous était plus familiers, et aussi ses œuvres plus controversées, ses scènes de sexe. Elles ont été bannies des musées. Je pense que c'est important de tout montrer. » Et c'est ce qu'il a fait, incluant notamment la photo de bite la plus élégante jamais prise, fièrement arborée sur un haut par Jonas Gloer, qui a dans le passé posé nu pour Willy Vanderperre - également dans l'assemblée. 

Avec les clichés disséminés un peu partout dans les pièces à la Raf, son travail sur Mappelthorpe ne s'est pas non plus transformé en exercice de style gratuit. Il a encadré ces photos entre quelques confortables manteaux, amples chemises ou simples t-shirts - révélant plus que montrant. Mais on retrouvait Mappelthorpe lui-même sur quelques éléments - cuir et casquette à l'appui. "Si on regarde le travail de Mappelthorpe, il s'agit aussi pas mal de lui, en tant que personne. Certains artistes ne sont pas autant connectés à leur œuvre mais là, oui. Il arrivait même à rendre une fleur sexuelle. Ça, c'est un élément à prendre en considération" explique Raf Simons. (Il a eu accès à toutes les archives mais devait demander la permission pour chaque personne prise en photo, dont certaines étaient impossibles à retrouver. "Je suis revenu pour les gens. Ils vous soutiennent, ça nous aide à faire plus", a-t-il confié. Florence est la ville natale d'énormément d'artistes qui ont marqué l'histoire de l'art. La ville évoque la création et, toujours, la fusion entre le passé et le présent. 

C'est exactement ce que Simons a fait avec cette collection. Mais c'est surtout une fois de plus la démonstration de l'incroyable connaissance qu'a Raf de son public. "Ce n'est pas si important pour moi que tout soit expliqué et analysé. Si ça marche, ça marche. C'était un challenge. Je voulais le rendre pertinent pour un public qui ne passe pas nécessairement sa vie dans des galeries. M'adresser à d'autres générations. Pas seulement à ceux qui s'y connaissent en art." Dans cette industrie, l'éternelle question reste : est-ce que la mode est de l'art ? Certains diraient non. C'est certainement la direction qu'à prise Raf avec cette collection qui n'a pas incorporé Mappelthorpe dans les vêtements mais plutôt l'inverse, et ce d'une façon finalement assez naïve, donc juste. Plus qu'un hommage pompeux, la collection, articulée autour de l'idée du t-shirt de fan, permettra surement à toute une génération d'apprendre à connaître le travail d'un des photographes les plus importants du 21ème siècle. 

Credits


Texte Anders Christian Madsen
Photographie courtesy of Raf Simons

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