pasteur et gay, j'ai photographié l'amérique puritaine des années 1970

Après huit ans de pratique religieuse en tant que pasteur chrétien, le photographe Greg Reynolds a fait son coming-out et partage aujourd'hui ses souvenirs.

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mai 4 2016, 10:50am

De la fin des années 1970 au début des années 1980, Greg Reynolds a été pasteur au sein de la Communauté Chrétienne Interuniversitaire. Il menait des groupes de prière et d'étude de la Bible, entreprenait des voyages missionnaires à l'étranger et prêchait la bonne parole aux spring breakers sur les plages de Floride. Mais Greg était aussi en conflit interne avec son homosexualité. Il a fait son coming-out en 1983, juste avant de quitter l'église dans la foulée et de déménager à New York pour étudier à Columbia pour devenir photographe. Vingt-cinq plus tard, il redécouvre les premières photos qu'il a prises au moment où il vivait encore dans sa communauté religieuse. Des clichés rassemblés dans un ouvrage, Jesus Day : 1978-1983. Ses portraits très personnels ne sont pas de simples souvenirs, mais bien une plongée dans le quotidien évangéliste du sud des États-Unis. 

Parle-nous de ton éducation.
Je suis né dans les années 1950 et j'ai passé les deux décennies suivantes à grandir dans le Kentucky, où la religion et l'évangélisme sont omniprésents. J'ai eu une éducation baptiste et j'ai fait partie d'un ministère évangélique à la fac. Il y avait des mouvements étudiants qui voyaient le campus comme un microcosme et qui voulaient faire de cette espace un lieu de mission et de dévotion à Jésus. D'une certaine manière, l'approche paraissait bien plus libérale que mes racines baptistes du sud. Une fois la fac finie, je me suis engagé dans la Communauté Chrétienne Interuniversitaire en tant que pasteur de la jeunesse, pendant 8 ans. On était vraiment sincères dans nos croyances. On pensait que notre message changerait les choses, la vie des gens, le monde. Mais en même temps, je devais gérer le fait d'être homosexuel en secret. Ma sexualité refoulée m'a forcé à examiner de près ma foi et moi-même.

À quel moment est né ton intérêt pour la photographie ?
Un autre pasteur m'a offert un appareil 35mm pour mon anniversaire, en 1978. J'avais pris des cours à l'école, mais je ne connaissais aucun photographe - je n'évoluais pas dans un environnement où l'art importait. Je voulais simplement prendre des photos qui me plaisaient. Je ne me mettais aucune pression et je ne voulais pas devenir quelqu'un, mais la photo est devenue une passion.

Tu as rencontré d'autres gays durant tes missions ?
C'est très étrange : en parlant aux autres, je réalisais que j'avais des sentiments homosexuels, mais je me disais que dieu m'aiderait à les surmonter. Je n'y ai jamais vraiment cru, mais je voulais le croire. Je voulais croire que je serais guéri. J'avais une copine. J'ai essayé ce genre de relations, toujours en vain. J'essayais de me trouver, mais je ne rencontrais aucun autre gay, personne pour me donner de conseil ou me rassurer. Et à l'époque, il était possible d'être en couple sans partager de sexualité puisqu'il était impossible d'avoir des rapports avant le mariage. Donc en tant que chrétien et homosexuel qui ne pouvait laisser libre cours à ses envies, l'environnement m'était sans danger. Mais c'est aussi cette impression de sécurité qui a rendu cet endroit difficile à quitter.

Qu'est-ce qui t'as poussé à faire ton coming-out ?
Mes deux dernières années dans l'organisation furent les pires. Ce conflit interne devenait intenable. Je voyais un psy chrétien. Il était plutôt ouvert et libéral, et voulait simplement que je me trouve. J'en avais trop fait pour être hétéro. J'ai réalisé le choix qui se présenter à moi : sublimer ma personne ou être moi-même. Dans cet environnement, je ne pouvais pas être gay. La seule solution était de partir. J'ai été pris dans le cursus Cinéma de l'université de Columbia et j'ai déménagé à New York en 1983. Quand j'ai fait mon coming-out, j'ai eu l'impression de m'échapper d'un souvenir. Je passais du sud des États-Unis, ou presque tout le monde était chrétien, à un groupe de personnes qui m'étaient totalement inconnues. En 1983 et 1984 il y avait d'importants changements politiques et on prenait de plus en plus conscience du Sida. C'était assez effrayant de faire son coming-out à ce moment-là. Mais en y repensant, le faire à cette époque a certainement été décisif pour moi. 

Qu'est-ce qui t'a poussé à publier ces images ?
Le projet s'est lancé au moment où j'ai découvert des boites de diapos et commencé à les regarder, 25 ans plus tard. La distance et le temps passé me donnait l'impression d'observer la vie de quelqu'un d'autre. Avec cette distance, je peux revisiter cette vie différemment. Ces photos semblent propres et innocentes. Mais mon regard aujourd'hui est plus conscient, plus intentionnel. 

Que t'a apporté cette expérience ?
Même pendant les années qui suivirent mon coming-out, je n'étais pas sûr d'avoir fait le bon choix. J'avais toujours un sentiment de culpabilité. D'une certaine manière, tout ça m'a permit de confronter le passé et d'y apporter une conclusion. Certains de mes amis m'ont dit que j'avais toujours l'air gêné quand j'évoquais cette période de ma vie. Ce n'est plus le cas. 

greg-reynolds.com

Credits


Texte Emily Manning
Photographie Greg Reynolds