un documentaire raconte la vie des adolescentes à new york en 2016

All This Panic, le premier film de Jenny Gage et Tom Betterton, décrit avec justesse et sans jugement la vie de 7 adolescentes new-yorkaises aujourd'hui. On a interviewé les deux réalisateurs pour en savoir un peu plus.

par Alice Newell-Hanson
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21 Avril 2016, 9:39am

Le premier documentaire des photographes Jenny Gage et Tom Betterton, All This Panic, a été projeté en avant-première au festival du film de Tribeca la semaine dernière. Il a été tourné en trois ans et demi et au plus proche des sujets et des figures qu'il déploie. Elles parlent depuis leur chambre, ou en battant le trottoir, main dans la main. Le film suit sept filles en train de grandir, rêver, se battre, boire, draguer, planifier et évaluer leur avenir.

Les personnages centraux, Dusty et Ginger, vivent au bout du même bloc d'immeuble que Gage et Betterton, à Brooklyn. "On les voyait aller à l'école, avec un jour les cheveux roses, le suivant les cheveux verts," raconte Gage. "Ça m'a rappelé cette période de ma vie. Cette transformation très importante. Il y a plein de choses qui se passent, très rapidement."

Betterton et Gage, qui ont eu une fille tous les deux, ont bossé de longues années en tant que photographes de mode pour des magazines tels que Vanity Fair ou le Vogue italien. Mais ils ont tout de suite su qu'il leur faudrait immortaliser ces filles et leurs amis en mouvement et en son. Gage : "Ils nous arrivait de prendre des photos de Dusty et Ginger, juste histoire de. Mais on voulait vraiment entendre leur voix. On voulait qu'elles racontent leur histoire."

Comment avez-vous abordé la transformation de trois ans et demi d'images en quelque chose de cohérent ?
Tom : On avait entre 130 et 140 heures d'enregistrement. C'était une étape très intéressante. On a demandé de l'aide à un scénariste super talentueux qui a observé les images avec nous. On a parcouru tout ça et pris des notes sur ce que l'on voyait des personnages. On en a tiré des arcs narratifs. C'était marrant, on s'est rendu compte que tous les petits détails qui semblaient très importants pour les filles et pour nous au moment du tournage l'étaient beaucoup moins en considérant un arc narratif étalé sur trois ans et demi. On avait d'un coup une super vision globale des choses.

Les filles ont eu une réaction similaire en voyant le résultat final ?
Jenny : On ne leur a rien montré avant d'avoir un première version montée. Elle n'avait aucune idée du résultat, donc elles étaient toutes assez nerveuses. Mais elles ont toutes adoré le film et ont toutes été très coopératives. Comme l'a dit Tom, c'était marrant de réaliser que la plupart des moments qu'elles pensaient voir dans le film n'y étaient pas. On pourrait se dire qu'on n'y retrouvera pas les premières cuites, ce genre de trucs. Et en fait on s'est vachement plus penché sur ces moments d'entre-deux, où l'on peut vraiment toucher du doigt ce qu'il se passe en elles-mêmes.

Est-ce que, par moment, les filles jouaient le rôle d'adolescente, plutôt que d'être elles-mêmes ?
Tom : A certains moments, on pouvait clairement voir qu'elles s'étaient dit, "Oh, j'ai une super histoire à raconter", et qu'elles s'étaient entraînées à la raconter, comme des actrices. On laissait faire, tout en essayant de les en détourner et de les amener vers autre chose. On a essayé de les épuiser au point qu'elles n'aient plus la force ni l'endurance de jouer la comédie et qu'elles soient obligées d'être naturelles.

Avant de voir le film, je me disais que ces filles auraient le cuir un peu plus épais, en ayant grandi à New York, mais ça ne transparait pas du tout.
Jenny : Je pensais aussi qu'elles seraient plus dures. Et je me suis rendue compte que grandir présente un tas de caractéristiques universelles. Peu importe où l'on grandit. J'ai toujours considéré ce film comme une lettre d'amour à l'attention des adolescentes. J'ai l'impression que cette période de la vie d'une fille est aussi importante et spéciale qu'elle est négligée. Je suis vraiment contente qu'elles aient ce journal intime, à vie, pour s'en souvenir.

Vous avez été témoins de moments très difficiles de la vie de certaines filles. Est-ce que vous êtes intervenus quand les choses tournaient mal ?
Jenny : C'était particulièrement dur avec Lena et Ginger. Lena était sur le point de finir à la rue, et ses parents se sont battus pour que cela n'arrive pas. De temps en temps, on proposait notre aide. Et Ginger, bien sûr, qui choisit de devenir actrice en sortant du lycée… En tant que femme, plus âgée, tu la regardes, elle et sa vie, et tu sais que tout se passera bien. C'est très difficile mais elle réalise qui elle est, ce qu'elle veut, elle va de l'avant en laissant le malheur derrière elle. Ces filles sont une vraie source d'inspiration, et je pense qu'elles feront toutes de grandes choses.

Qu'est-ce qui vous semble unique dans le fait de grandir en 2016, comparé à vos propres années d'adolescents ?
Tom : C'est exactement le même processus. Simplement on dirait que le volume a été poussé au maximum. Tout est plus intense. Plutôt que de traîner avec quelques potes et te regarder dans le miroir sans être sûr d'apprécier ce que tu y vois, tu as les réseaux sociaux, et tu te reflètes sur Instagram et Snapchat.  

Tom, toi qui n'a jamais été adolescente, tu as eu des surprises pendant le tournage ?
Tom : Déjà, j'ai été surpris de leur ouverture. De voir à quel point elles étaient courageuses et confiantes. Sans jamais se concerter, elles nous ont dit individuellement qu'elles étaient prêtes à tout faire sauf parler en termes négatifs les unes des autres. Avec ce choix, elles ont réalisé une partie de ce film. En aucun cas on aurait pu faire un film dans lequel elles se seraient battues et déchirées.

Quel effet ça faisait, d'être les témoins si proches de leurs conversations les plus intimes ?
Tom : On a décidé de tout tourner de manière très, très intime. Nous n'avions pas de zooms, du coup si nous avions besoin d'un plan serré, il fallait se rapprocher à quelques centimètres de leur visage. C'était intentionnel. En tant qu'homme il est clair qu'à certains moments, c'était moi qui rougissais.

Dès le début, j'ai mis un point d'honneur à placer la caméra dans la chambre de telle sorte qu'il y ait un point de vue vivant. Je n'ai pas voulu prendre de scènes d'illustration ou de prises de vue supplémentaires. Du coup, comme on ne pouvait pas compter sur ces plans de coupes, nous devions rester sur les filles, tout le temps. De cette manière on entre pleinement dans leur monde. Je n'ai jamais vu de film fait de cette manière, et j'avais un peu peur qu'en le finissant trois ans plus tard nous ne puissions pas tout monter de façon cohérente.

Qu'est-ce qui a changé dans la vie des filles depuis la fin du tournage en juillet ?
Jenny : Lena et Olivia, qui étaient à la fac quand on a fini de tourner, y sont encore. Olivia est toujours avec sa copine. Il se trouve que Lena est avec le garçon que l'on aperçoit dans sa dernière scène, à la fac. Ginger est toujours avec sa copine. Et Delia et Dusty n'ont toujours pas de copains ! Ivy et Gabe sont séparées, mais Gabe vit dans le Lower East Side et elle a trouvé du boulot. Et Ginger, lors des questions-réponses, quand le film est projeté, précise toujours qu'elle a désormais un travail ! Son père est très fier. 

Credits


Texte : Alice Newell-Hanson
Capture du film All This Panic courtesy Tribeca Film Festival

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