Schwefelgelb

10 groupes qui réinventent l’EBM (et la rage des 80's) en 2019

Un genre musical énervé, crasseux et en sueur.

par Patrick Thévenin
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16 Mai 2019, 8:50am

Schwefelgelb

Aux débuts des années 80’s avec l’arrivée des premières boites à rythmes et synthés à prix abordables, toute une nouvelle génération de musiciens se pique de l’envie de faire du punk - le genre subversif et à la mode de l’époque - mais sans guitares, seulement accompagnés des machines. Nait alors l’Electronic Body Music ou EBM. Si l’origine du mot EBM reste floue, certains l’attribuant à Kraftwerk, qui par la voix de Ralf Hütter et à propos de l’album « The Man Machine » parle de Körpermusik (body music,ndr). D’autres attribuent la parenté du genre au duo allemand D.A.F, pantalon en cuir et débardeur blanc, dont le premier tube, « Der Mussolini », sème la panique dans les hit-parades.

Dans la foulée du mouvement naissant vont suivre tout un tas de groupes loin de faire dans la dentelle : SPK et leur dance industrielle, Front 242 et leurs uniformes de guerre, Nitzer Ebb et leurs scansions vocales, Borghesia qui hurle son amour du poppers, The Neon Judgement et leurs ambiances troubles ou The Weathermen et leur ironie sous jacente. Toute une génération de producteurs et groupes qui vont transformer les synthés et boites à rythmes en armes de guerres et l’esprit de la new-wave en guérilla urbaine. Alors que la new-wave devient commerciale et le royaume de garçons coiffeurs tirés à quatre épingles, l’EBM est un vaste doigt d’honneur à cette récupération pop, mode, et top 50 des musiques électroniques. Un genre énervé, crasseux et en sueur, où les boites à rythmes ont pris le pouvoir, où les sons tirés des synthés ont la douceur de la tôle froissée et où les vocalistes adoptent le tempo des prêcheurs révolutionnaires.

Aujourd’hui avec le retour de la techno lourde et fonctionnelle sur le dancefloor et la mode des soirées warehouses, pas étonnant qu’une nouvelle génération d’artistes sans concessions reprenne le flambeau de l’EBM jusqu’au bout de la nuit.


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Originaire de Berlin, formé il y a plus de dix ans et déjà deux albums en poche, ce duo de garçon est sans aucun doute celui qui symbolise le mieux la nouvelle vague EBM que l'on voit exploser un peu partout en ce moment. Sid et Eddy opèrent une techno froide, martiale et robotique, où se mélangent la rigueur de Front 242 et l’homo-érotisme de D.A.F. Leurs prestations sur scène, entre machines maltraitées et danse mécanique, synthés crades et sueurs physiques, est une bouffée d’endorphines sans pareille.

Multiple Man

Les jumeaux australiens de Multiple Man, groupe formé il y a à peine cinq ans, se moquent des étiquettes synthpunk ou Body Music qu’on passe leur temps à leur coller dans le dos et préfèrent dire qu’ils font du « Future Punk ». On utilisera plutôt à leur égard le Future Funk, tant on retrouve chez eux ce groove électronique et industriel qui secouait la ville anglaise de Sheffield dans les années 1098 avec des groupes comme Cabaret Voltaire, Heaven 17, Human League ou Chakk.

Visitor

Signé sur Detriti Records, un des labels responsables du retour sur le devant de la scène de l'EBM, le duo canadien Visitor ne change pas d’un iota une recette qui a fait ses preuves : synthés acérés comme de l’acier, basses projetées en avant et rythmiques accélérées et décalées. Le tout porté par une voix fantomatique et filtrée qui donne à l’ensemble un goût de carcasses accidentées, de sang qui tiédit et de fin du monde.

Alessandro Adriani

Grand fan devant l’éternel du son des années 1980, de la cold wave à la minimal synth, du gothique à l’indus, au point d’avoir lancé le très réputé label Mannequin, l’italien Allesandro Adriani repense à sa manière - maligne - l’ADN de l’EBM pour l’enrichir de sons acid ou de rythmes techno énervés. Le mélange hors-norme se révélant au final explosif comme un bonbon Menthos glissé dans une bouteille de soda !

Zarkoff x Cyborgs on Crack

Depuis 2006, ce jeune croate s’ébat avec talent dans la scène electro-dark, sur les réminiscences de la new-wave, de la techno linéaire et sans chichis, parfaite pour danser en regardant l’horizon. Pour sa première sortie sur le label de Helena Hauf (à qui ont ne la fait pas question diggin), Zarkoff s’est associé aux Cyborgs On Crack (fan des mélanges improbables entre rave music et italo-disco) pour un pur concentré d’EBM gavés de synthés testostéronés qui semblent resurgir d’une K7 perdue au fond d’une cave.

Sarin

Signé sur le label Aufnahme + Wiedergabe (un des principaux label pourvoyeur de new EBM), originaire d’Iran et basé à Berlin, le musicien et vidéaste Sarin, ne fait pas dans la dentelle en reprenant toute l’énergie rythmique et le terrorisme par le beat de l’EBM, puisant autant chez Front 242 (pour la rigueur) que les Weathermen (pour un certain second-degré). Tout ça se passe du côté du pays qui a fait de l’EBM sa frite musicale, à savoir la Belgique.

Florence Foster Fan Club

Signé sur le label Wave Records basé à Sao Paulo, qui s’est fait une spécialité de fouiner du côté le plus obscur des années 1980, les deux garçons croates du Florence Foster Fan Club puisent dans la brutalité physique de l’EBM qu’ils accompagnent de vocaux doux, un peu comme du Depeche Mode période « Black Celebration » grossièrement poli au papier de verre.

Sumerian Fleet

Chez Dark Entries, le label de San Francisco à qui on peut faire confiance les yeux fermés quand il s’agit de retrouver les influences de la décennie 80, on retrouve derrière Sumerian Fleet un vieux routard de l’électro en la personne d’Alden Tyrell (star du label Clone) accompagné de Mr Pauli et du vocaliste Zarkoff. Si pas de doute, les couleurs primaires de l’EBM avec boite à rythme en avant, son bien là, Tyrell va voir aussi du côté des outsiders de l’EBM comme Fad Gadget ou Cabaret Voltaire.

Divider

Influencé à ses débuts par l’EBM de groupes cultes comme Nitzer Ebb, Front Line Assembly ou Die Krupps, et évidemment D.A.F, comme en témoigne le titre de son dernier EP, Divider a depuis fait évoluer sa musique vers des territoires plus sombres, brumeux et tortueux, portés par un rythme autarcique qui fait le plaisir des habitués de la techno sombre du Berghain.

Phase Fatale


Projet bis de l’américain Hayden Payne installé à Berlin, Phase Fatale combine l’esprit mécanique des beats EBM avec une conception de la techno qui vire vers la musique industrielle. Peu étonnant dans ces conditions que le label Ostgut Ton se soit empressé de le signer.

Pour ceux qui aimeraient en connaître plus sur les origines du genre, le label PIAS sort une compilation fort à propos « Dancing in Darkness, EBM, Black Synth & Dark Beats from The 80’s »

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