on a retrouvé le modèle de « l’origine du monde »

Une histoire de toisons pubiennes, dans laquelle interviennent George Sand et Alexandre Dumas fils.

par Marion Raynaud Lacroix
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25 Septembre 2018, 10:19am

L'origine du monde de Gustave Courbet via Wikipedia

En 1866, Gustave Courbet peignait L’Origine du monde, un tableau représentant un corps de femme tronqué, offrant son sexe ouvert à la vue du peintre et – plus de deux siècles après – à celle des visiteurs du Musée d’Orsay. Ceux qui ont un jour eu droit à une analyse de l'image sur rétroprojecteur géant ne sont plus à convaincre : entre gêne et fascination, peu de tableaux parviennent à aspirer le regard comme celui-ci en demeurant - malgré notre époque saturée d’images - un tel objet de trouble et de rejet.

Auréolée de mystère, les multiples analyses de l'oeuvre n’ont jamais dit qui en était réellement le modèle. Longtemps discutée, l’hypothèse selon laquelle il s’agirait de la maîtresse de Courbet a été démentie, La belle Irlandaise arborant une chevelure trop rousse pour que sa toison pubienne puisse être celle du tableau. En 2013, c'est l’hebdomadaire Paris Match qui prétendait avoir retrouvé le visage du tableau, alimentant un peu plus fantasmes et élucubrations au sujet de son modèle. Cette fois, c’est un ouvrage écrit par Claude Schopp, à paraître le 4 octobre, qui semble résoudre l'énigme. Selon lui, la femme sans tête ne serait autre que Constance Queniault, ancienne danseuse de l’Opéra et maîtresse de Khalil-Bey, diplomate franco-turc, flamboyante figure du tout Paris et commanditaire du tableau.

Pour Sylvie Aubenas, directrice du département des estampes et de la photographie de la BnF, cette hypothèse a 99% de chances d’être la bonne. Pourtant, un véritable hasard précède cette découverte : Claude Schopp n’a jamais eu l’intention d’enquêter sur la femme du tableau mais plutôt sur les lettres échangées entre Georges Sand et Alexandre Dumas fils, dont l’auteur est un spécialiste. Dans une lettre, ce dernier s’épanche sur Courbet, auquel il s'oppose au sujet de la Commune et affirme : « On ne peint pas de son pinceau le plus délicat et le plus sonore l'interview de Mlle Queniault de l'Opéra ». Saisi à la lecture de ce non-sens, Claude Schopp confronte la transcription étudiée à l’original conservé à la BnF. C’est là que l’évidence s’impose : il n’a jamais été question de l'«interview » de Mlle Queniault mais plutôt de son « intérieur ».

« Ce fut comme une illumination, explique le chercheur à l’AFP. D'habitude je trouve en travaillant beaucoup, là j'ai trouvé sans chercher. C'était injuste ». Une injustice qui devrait accorder une pause à deux siècles d’hypothèses en tous genres mais ne fera probablement pas taire les rumeurs qui entoureront pour toujours la toison pubienne la plus mystérieuse au monde.

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