on a dribblé (et discuté) avec riccardo tisci et kobe bryant

Cette saison, le célèbre créateur italien Riccardo Tisci signe une collaboration avec NikeLab. L'occasion pour lui de réunir ses deux passions – le basket et la mode – et d'improviser un match avec son icône de toujours, Kobe Bryant.

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oct. 23 2017, 10:41am

Avant de devenir le designer superstar que nous connaissons tous, et avant qu'un accident ne lui redessine le destin, Riccardo était fan et joueur de basket. La semaine dernière, dans un hall sportif parisien restauré par Nike à l'attention de la jeunesse du 19ème arrondissement, le créateur italien fêtait le lancement de sa nouvelle collaboration avec NikeLab, Victorious Minautours , une réinterprétation de classiques tels que la Air Force 1, la Destroyer Jacket ou la toute nouvelle Oxford Shirt. Mais surtout, une collection qui traduit à merveille la dualité de Riccardo Tisci : quand l'esthétique street rencontre la sophistication de la mode. La fête était l'occasion pour lui de renouer avec sa destinée première en dribblant avec son icône, l'écrasant champion de basket Kobe Bryant. i-D les a rencontré tous les deux pour parler d'esprit sportif, des bienfaits de l'impatience et tenter de prédire le futur – tout ça avant que Riccardo, Kobe et Neymar Jr (c'est pas une blague) n'improvisent un match de basket sur le terrain.

C'est la première fois que vous vous rencontrez, tous les deux ?

Kobe : Ouais, à l'instant !

Riccardo : Oui, c'est la première fois.

Chacun connaît le travail de l'autre ?

Riccardo : Si je connais son travail ? Bien sûr, c'est le King !

Kobe : Je dirais que le travail de Riccardo est émotionnellement très créatif, et visuellement très stimulant. La mode sert aussi a faire passer un message, à l'interpréter en émotions. Riccardo fait partie de ces designers qui peuvent te prendre un design et en faire de l'art. Voilà ce que je sais de son travail.

Riccardo, je sais que tu es un grand fan de basket, comment cette passion a commencée ?

Riccardo : Je suis tombé amoureux de ce sport, puis je l'ai détesté. Quand j'étais jeune, j'étais un joueur plutôt prometteur, je jouais énormément entre 9 et 14 ans, puis j'ai eu un accident de voiture et j'ai dû arrêter. Pendant un bon moment, je n'aimais plus du tout le sport. Mais le basket a toujours été important pour moi. Je viens d'une famille très pauvre et le basket était très démocratique. Tout le monde, riches et pauvres, venait jouer au même niveau. Mais pendant les quelques années qui ont suivies mon accident, je n'arrivais plus à apprécier aucun sport. Et puis quand j'ai eu 25 ou 26 ans, je me suis remis à adorer le basket, jusqu'à en faire l'une de mes principales inspirations pour mes collections, un peu plus tard. Ce n'est pas simplement le jeu qui m'intéresse, mais aussi les joueurs, qui sont de véritables rock stars aujourd'hui. C'est pour ça que la collection s'appelle « Victorious Minotaurs », parce qu'ils font partie de la mythologie. Ce sont des héros modernes.

Kobe, quelle est ta relation avec la mode ?

Kobe : Ma vision de la mode s'est toujours basée sur le sport. La nouvelle génération s'intéresse de plus en plus à la mode. Pour moi, elle a toujours été en lien avec le jeu. En gros : est-ce que ce que je vais porter va m'aider à être meilleur dans mon sport ? Quel genre de matière me faut-il pour 'améliorer ? Mon approche de la mode s'est toujours articulée autour de la performance. Je suis un geek. Autrement, on peut dire que j'aime porter des fringues belles mais confortables.

Riccardo est certainement le designer qui a le plus contribuer à l'avènement du sportswear dans la mode ces 10 dernières années...

Riccardo : On dit toujours revenir à la rue. C'est de là que tout commence. C'est aussi pour ça que j'adore le basket. Il se joue juste là, dans la rue. Le sportswear a pris beaucoup d'importance dans la vie des gens. Pendant longtemps, on n'osait pas y toucher.

Kobe : Le sport est une représentation en direct de nos vie. Et Riccardo l'a bien compris. Il a pu parler aux gens avec une profondeur accrue parce qu'il a compris que ce n'était pas qu'un jeu, mais une véritable culture.

Tu penses que le succès d'un champion se joue aussi dans le style et l'attitude ?

Kobe : Mon style s'arrêtait à faire tout ce qui me rendrait meilleur au basket. Le reste ne m'importait pas. Donc quand je rentrais sur le terrain, je voulais être sur de la précision de ma tenue et de mes baskets. Je voulais être certain de la fonctionnalité de la chose, mais le style demande aussi beaucoup de créativité et d'imagination.

Vous collaborez tous les deux avec Nike depuis plusieurs années. Comment ça se passe ?

Kobe : Oui, moi depuis 2003 ! Pour moi, c'était réellement un rêve devenu réalité. Ce qu'il y a de bien avec Nike, c'est qu'on se pousse mutuellement à aller plus loin. La première fois que j'ai collaboré avec Nike, j'avais une idée de campagne très précise, mais je pensais qu'elle était peut-être un peu limite, que ça ne passerait pas. Mais quand je l'ai présentée aux gens de Nike, ils n'ont eu aucune peur, ils ont foncé. Depuis ce moment-là, on n'a jamais arrêter de bosser ensemble. On a compris que l'important c'était le challenge. Les grosses compagnies préfèrent parfois jouer la sécurité. Ce n'est pas le cas avec Nike.

Riccardo : Honnêtement, cette collaboration est une de mes meilleures expériences. Ils m'ont appris plein de choses, mais sont aussi toujours prêts à apprendre. Ils ont pris un risque avec moi, en travaillant avec un designer classique. Quand j'ai commencé à travailler avec eux j'étais un leader à Givenchy mais j'ai dû m'asseoir et les écouter, leurs connaissances technologiques étaient incroyables. Mais quand je veux les pousser plus loin, comme avec cette collection dans laquelle j'ai introduit des jupes, une chemises, ils m'écoutent et prennent eux aussi des risques.

Vous prenez tous les deux un break dans une vie très intense. Ça fait du bien ?

Riccardo : Je bosse depuis 30 ans maintenant. J'ai décidé de me prendre un peu de congés. Je n'ai jamais arrêté de travailler depuis mes 19 ans. Ça me semblait être le bon moment pour ralentir un peu, passer du temps avec ma famille, mes sœurs et ma mère, qui a 89 ans.

Kobe : Comme tu dois le savoir, j'ai pris ma retraite du basket il n'y a pas si longtemps. Je suis prêt à repartir de zéro. C'est assez excitant, en fait. C'est génial de revenir à cette étape fondatrice : tout reconstruire, pierre par pierre.

Le monde a beaucoup changé depuis que vous avez commencé dans la mode et la basket. Que pensez-vous des nouvelles générations ? Comment vous connectez-vous avec elles ?

Kobe : Je pense qu'il en va de notre responsabilité de leur apprendre qu'il n'y a pas de raccourci vers le succès. En grandissant et en regardant Riccardo ou moi, tu peux avoir envie de te dire « j'ai envie de faire comme eux, maintenant ! » mais il y a beaucoup de choses à franchir avant. Beaucoup de travail et beaucoup de concentration. Il faut être à la fois patient et impatient. Il faut forcer le destin et vouloir réussir tous les jours, vouloir le succès aujourd'hui. Ces nouvelles générations doivent avoir une patiente impatience.

Riccardo : Tout le monde est obsédé par les millenials. Mais honnêtement, je pense qu'ils vont très bien. Ils n'ont besoin de personne pour savoir où ils vont.

Cette nouvelle génération ne fait plus la différence entre une icône de la mode, un sportif ou une pop star... Qu'est-ce que ça dit de notre époque, selon vous ?

Riccardo : Je suis très timide. Pendant des années, ça a été très dur pour moi de parler en public. La seule manière que j'avais de m'exprimer, c'était mes designs. Mais je trouve ça très bien, que la mode soit suivie à ce point aujourd'hui, et qu'elle fasse partie intégrante de la pop culture.

Kobe : Même si tu ne veux être ni designer ni joueur de basket, il y a une chose à retenir : le monde entier est ta bibliothèque. Tout est à portée de doigts, et tout le monde devrait en prendre conscience.

Par curiosité, c'était quoi votre première paire de Nike ?

Riccardo : Air Force 1.

Kobe : Moi, des Jordan 1988.

Riccardo : De mon côté ce n'était pas vraiment lié au basket. Quand j'avais 16 ans, la mode et le hip-hop étaient des phénomènes colossaux. Tu voyais des filles comme Madonna ou Neneh Cherry mélanger le sportswear, le bling-bling, le cuir et les sneakers. J'adorais ça.