« elle manifeste toujours son féminisme » – cass bird à propos de maria grazia chiuri

Découvrez en exclusivité sur i-D la nouvelle vidéo croisière Dior signée Cass Bird. Nous l'avons rencontrée pour discuter du pouvoir du regard féminin, de l'histoire et de l'indispensable féminisme de Maria Grazia Chiuri chez Dior.

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nov. 20 2017, 10:22am

Pour sa première collection croisière chez Dior, Maria Grazia Chiuri a célébré les femmes indomptables et le Far West, en arpentant les déserts pittoresques de Santa Monica. Si la plupart des participants exploraient cette région très rurale pour la première fois, la photographe née et élevée à Los Angeles y était comme chez elle. « J’ai grandi dans ces collines, j’ai passé toute mon enfance ici et l’équipe de Dior s’y est sentie immédiatement à l’aise, explique Cass Bird dans un email. J’étais capable de photographier l’endroit où j’ai grandi, donc pour moi c’était une association parfaite, » ajoute-t-elle. Un moment retranscrit dans un film spécial qui voit la collection Croisière 2018 portée par les chouchous d’i-D et les habituées de Dior, Ruth Belle et Grace Hartzel. Avec en bande-son le punk rock psychédélique de La Femme, Always in the Sun, et la superbe voix d’Hartzel – nous sommes retournés à Calabasas pour revivre la croisière Dior depuis son commencement.

Bien que Calabasas ait gagné sa notoriété internationale grâce à Keeping Up With the Kardashians, le projet est aux antipodes de la télé-réalité et de ses artifices. « Je voulais explorer une autre facette de la ville, connectée au monde extérieur et à l’idée de nature, expliquait Maria Grazia Chiuri en mai dernier. C’est trop facile d’en rester à Hollywood et à son tapis rouge. » Au lieu de ça, Chiuri s’est rapprochée des peintures de la grotte de Lascaux, de la vie et de la mort de Georgia O’Keeffe et des chamans féministes. « Ces femmes avaient du courage et de la volonté, remarque Bird. Leur mysticisme est sous-jacent, il traverse toute la collection et m’a rappelé la longue période où les femmes étaient persécutées pour cette simple raison. C’est un geste audacieux de la part de Maria. »

« Les femmes sont souvent définies par les autres, nous rappelait Chiuri en mai. Aujourd’hui, nous devons nous définir nous-mêmes, et cibler nous-mêmes ce que nous voulons. » Ces 12 derniers mois la première designer de chez Dior a su faire dialoguer l’héritage fort de la maison et sa singulière idée de la mode pour créer pour les femmes d’aujourd’hui. En revisitant les dessins d’une collection Dior datée de 1951 et en y insufflant un air neuf et californien, la collection croisière 2018 de la marque est un insoupçonnable mélange des genres. « Dans le passé, la mode a souvent été imposée aux femmes, et souvent par les hommes, explique-t-elle. Aujourd’hui, une nouvelle génération à l’envie de s’exprimer par elle-même. » Alors si Chiuri ne fait que partager son point de vue, elle encourage aussi la femme Dior à s’exprimer selon ses propres termes. « Chez Dior, Maria Grazia Chiuri exprime une forme de féminisme, ajoute Bird. Elle explore toutes les complexités et toutes les contradictions qui construisent une femme. »

Avec Chiuri et toutes ses collaboratrices, la photographe s’est attachée à redéfinir ce que voulait dire être une femme aujourd'hui : « Historiquement, le fait d’être une femme a toujours été vu soit comme une extension ou comme une opposition du fait d’être un homme. Tant qu’on n’occupe pas le même espace, on ne peut pas vraiment identifier les différences entre les hommes et les femmes, s’il en existe ». De Bird elle-même à Collier Schorr en passant par Annie Leibovitz et toute une nouvelle génération dont Harley Weir, Petra Collins et bien plus, les photographes femmes renversent les codes de l’image de mode et bouleversent la manière que nous avons de penser les vêtements et de regarder les mannequins qui les portent. Mais pour Bird, cette hausse du nombre de femmes aux manettes de l’image n’est pas suffisante. « Il y a toujours eu des femmes photographes, des contributions féminines, mais l’histoire les a effacées. Si nous voulons raconter l’histoire de la manière la plus honnête possible, il faut s’attacher à raconter toutes les histoires. »

« Si les gens ne devaient en retenir qu’une chose, j’espère qu’ils saisiront bien à quel point j’ai été charmée par ce que les gens appellent la culture de la jeunesse, explique Bird. On nous donne la permission de faire des erreurs, d’exprimer nos émotions de manière grandiose, et tout ça devrait s’arrêter à 21 ans ? Cette notion crée un monde de privation et d’agression. Nous devrions nous accrocher à cet idéal, mais personne ne le fait suffisamment. »