les 13 titres (et clips) qui ont fait notre mois de février

De Hamza et sa bande de kids à Ariana Grande, en passant par Modeselektor, en pleine montée.

Hamza – HS feat. SCH

Le prochain album de Hamza, Paradise, s’annonce déjà comme l’un des plus fous de l’année. Les featurings y sont peu nombreux, mais suffisamment alléchants et éclectiques pour éveiller la curiosité d’à peu près tout le monde : Aya Nakamura, Christine and The Queens, Oxmo Puccino et SCH. Sorti le 25 janvier, le premier extrait nous avait déjà conquis. Le second, en featuring avec SCH, auteur d’un des meilleurs albums de 2018, a définitivement fini de nous convaincre. Une seule issue : se retrouver « HS » en écoutant un morceau aussi maîtrisé. La musicalité d'Hamza et le flow saccadé du S fusionnent à merveille, et la connexion Bruxelles-Marseille ramasse la concurrence de ce début d’année.

Ariana Grande – fake smile

Seulement cinq petits mois après le très applaudi Sweetener, Ariana Grande sort un nouvel album. L’année 2018 de la chanteuse a été pour le moins difficile. Transformer ça en deux excellents albums relève du miracle. Sur thank u, next, sorti le 8 février dernier, Ariana Grande fait sonner une pop plus légère et enchaîne les bons (et très bons) morceaux avec une facilité déconcertante. On aurait pu piocher au hasard, mais jetons notre dévolu sur le très beau « fake smile », sur lequel elle raconte comment, malgré son exposition et après tout ce qu'elle a vécu, elle refuse de cacher ses émotions. Morceau qui commence sur un magnifique sample d’« After Laughter (Come tears) » de Wendy Rene. On appelle ça un combo gagnant.

Kari Faux – Leave me alone

En 2014, Kari Faux sortait le clip de son tout premier morceau intitulé « No Small Talk » (comprendre « pas de blabla »). Le potentiel tubesque du titre se voyait renforcé par un twerk au bord d’une piscine couverte, un bob Burberry bien vissé sur les oreilles. Quelques semaines plus tard, Childish Gambino en réalisait un remix et faisait de Kari sa protégée. Trois mois après, elle quittait son Arkansas natal pour les palmiers de Los Angeles - un choix salutaire pour son début de carrière. Depuis, qu’elle rende hommage à Daria, héroïne incontestée des années 1990, ou s’érige contre la standardisation du désir avec « Fantasy », Kari Faux affirme son envie de tracer sa route tranquille. Et enfonce le clou avec « Leave Me alone », son dernier titre en forme d’hymne anti-relou envoûtant pour aborder, tranquillement, la fin de votre hiver célibataire.

Alpha Wann – CASCADE REMIX

Ceux qui ne connaissaient pas Alpha Wann avant la sortie de son album UMLA, en septembre dernier, ont dû s’en mordre les doigts. Car on tient là l’un des meilleurs rappeurs de France, et en tout cas le plus techniquement ahurissant. C’est ce qu’on pouvait lui reprocher pendant longtemps : faire passer la technique avant le reste. Son album est venu contredire tout ça, et un titre incarne cela à merveille, « Cascade Remix ». Alpha Wann y affirme être « le dernier rappeur qui rappe » et on n’est pas loin de le croire. Alors oui, le morceau date de septembre 2018, mais le clip est sorti il y a quelques jours et ça vaut le coup de le remonter. Juste pour éduquer les personnes qui ne connaîtraient pas encore Alpha Wann en 2019.

Shay – Notif

Dans la famille des albums les plus attendus de l’année, je demande celui de Shay. Depuis son retour en fanfare avec « Jolie » le 30 novembre dernier, la rappeuse belge s’est (à nouveau) imposée comme un talent à suivre de très, très près. La semaine dernière, après s’être fait harceler sur les réseaux par des fans amoureux d’elle, Shay dévoilait le troisième extrait de l’opus, « Notif ». L’attente impatiente était largement récompensée : le morceau est génialement entêtant. Bon courage pour vous sortir le refrain de la tête. « Si tu donnes ta parole, est-ce que t’auras les mots, pour dire que tu aimerais me suivre jusqu’à la mort même si je me désabonne, » y pose-t-elle d’une voix douce mais fatale. Franchement, nous, on te suit.

Saintard – Paradoxe

Vous ne connaissez pas encore Saintard, mais vous avez jusqu’à l’été et la sortie de son premier Ep, Calor, pour l’apprivoiser. Saxophoniste, compositeur, producteur ayant notamment bossé Feu! Chatterton, Enchantée Julia ou Prince Waly, Saintard fait partie de ces nouvelles têtes difficiles à classer. Entre le r&b, le spoken word, le jazz, la funk, l'artiste parisien se présente au monde avec une nonchalance contagieuse, toujours groovy, et parvient à rester romantique et élégant en chevauchant un tracteur tondeuse dernier cri. Beaucoup d’amour, beaucoup d’humour, une instru solaire, une barque et un lover saxo à la main : vous allez adorer le « Paradoxe » de Saintard.

Ta-Ra – OG Love Key

Vous connaissez Ta-Ra, la chanteuse la plus cosmique de France ? Si la réponse est non, il est temps de s’y mettre. Il y a quatre ans, avec « Lil Bit » et deux Ep, elle quittait le cosmos et posait les pieds sur terre à notre plus grand plaisir. En 2017, Myth Syzer ne s’y trompait pas en produisant une partie de l’envoûtant SunrayZ. Cette année, elle est de retour avec le projet Rare1, sorti la semaine dernière : un voyage dans le système solaire qui emprunte au rap, au r&b et invite des MC chinois au détour d'un morceau pour partager la lumière. Ta-Ra croit fort à l’astrologie, et surtout au destin. Les choses arrivent pour une raison. Donc si vous lisez ces lignes, c’est parce que vous étiez destinés à aimer sa musique.

Sean – Mercutio

Le mois de février a été pour nous l’occasion de découvrir un nouveau venu dans la grande école du rap français. À seulement 20 ans, le parisien Sean a déjà une esthétique sonore (et visuelle) bien marquée, déroulée sur un premier Ep, Mercutio, à venir en avril. Son rap y est romantique, lourd, chanté, parlé, la voix y est profonde ou saturée, modifiée pour faire parler le personnage son alter ego, ce fameux Mercutio, qui traverse tout le projet. « Dans le morceau titre, il y a une conversation entre moi et cet alter ego, nous expliquait-il récemment. Comme une exorcisation : moi et mon vice qui essaient de s’entendre mais n’y arrivent pas. » Une entrée en matière réussie pour ce new comer. Si le rap français est Vérone, vous savez maintenant sur qui compter.

Mahalia – Do Not Disturb

Mahalia est un prodige de la musique. Comme ces jeunes génies du foot que les clubs s’accaparent à peine sortis de l’école primaire pour sécuriser le futur de l’équipe, Mahalia est signé sur un gros label depuis qu’elle 13 ans. En même temps, elle écrivait son premier morceau à 8 ans – pas étonnant. Avec Jorja Smith, IAMDDB ou Cleo Sol, la chanteuse d’aujourd’hui 21 ans incarne le renouveau de la soul britannique. Une voix chaude et vibrante qui rythmait l’album Diary of me, sorti en 2016. Depuis, quelques Ep sont venus confirmer son art surdoué, et chaque morceau est un instant de bonheur à partager. « Do Not Disturb » est une marche de plus vers le succès amplement mérité de la chanteuse.

The Toxic Avenger & Greg Kozo – A1

Si vous êtes fans de techno lourde, belle et sombre et que vous êtes passés à côté du max Modular Session #1 de Greg Kozo et The Toxic Avenger, c’est qu’il y a un problème. Dans sa conception, ce disque est déjà exceptionnel. Après quatre petits jours de travail dans une maison en Auvergne, les deux producteurs ont enregistré le projet en live, en une prise et en n’utilisant qu’un synthétiseur modulaire. Le résultat est puissant et le premier track suffit à vous happer dans un autre monde. « A1 », c’est le genre de son que l’on met aux alentours de 4h du matin pour faire rester ceux qui doutent de la réussite de la soirée. Avertissement : cette montée n’est pas forcément « safe for work » - à vous de voir.

Triplego - Rihanna

Nouvel extrait de l’album de Triplego à paraître le 8 mars prochain, « Rihanna » creuse l'inquiétant sillon dans lequel le duo montreuillois s’impose tranquillement, le tout, à force de titres névrotiques et sensuels. Entre le spleen de la ville et les filles d’un soir, « Rihanna » peint une nuit ambiance Lost in translation, où perdus sans trop savoir pourquoi, les deux rappeurs égrènent des punchlines qui oscillent entre ironie et compliments – au choix : « t’es une Bad Gyal comme Rihanna » ou « j’allume mon bédo dans ta schneck en feu ».

Modeselektor feat Tommy Cash - Who

La mention de Modeselektor vous rappelle votre première montée de MDMA, le jour où votre copine Ophélie vous lâchait pour se baigner dans le jacuzzi de l'espace fumeur de la Villa alors que vous la cherchiez pour danser sur Dancing Box ? Oubliez le frisson de honte qui vous a parcouru en découvrant votre visage déformé et la peine que vous avez eu à la retrouver, Modeselektor a grandi - et vous aussi. Pour vous, fini les carrés VIP, pour le duo, terminé les (géniaux) feats avec TTC. L’heure est venue de laisser place à Tommy Cash. Et de reprendre une montée.

Slowthai - Peace of Mind

À l'heure du Brexit et de la résurgence du nationalisme, difficile d'envisager le futur du Royaume-Uni sans incertitude. Heureusement, côté musique, on peut se reposer sur Slowthaï - rappeur de 24 ans originaire de Northampton dont le rap semble avoir été arrosé d'essence pour décrire, dans les flammes, la tragédie d'un monde qui court à sa perte. Ne vous fiez pas à son titre, « Peace of mind » n'a rien de la séance d'ASMR dont vous avez (peut-être) besoin. Slowthaï nous y apprend que ses seuls moments de quiétude sont ceux où il regarde le plafond dans son lit. C'est un peu triste mais c'est sans doute aussi ceux durant lesquels il pense à ses meilleurs morceaux.

Retrouvez i-D sur Facebook, Instagram et Twitter.